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« Ils pourraient faire moins de bruit. Nous, on travaille, je me réveille tous les jours à cinq heures et demie du matin. » Majid, 45 ans, habite une des cités de Pierrefitte-sur-Seine. Quand il dit « ils », il veut parler des « jeunes », plus précisément des jeunes qui sont en bas de son immeuble le soir, parfois jusque tard la nuit. « Moi, je ne supporte pas de voir des gamins qui ne travaillent pas et qui se permettent de hurler jusqu’à pas d’heure », ajoute ce dernier. Le soir à Pierrefitte, il n’y a pas beaucoup de lieux où peuvent se retrouver ceux qui ont envie de se voir. Le bas de l’immeuble fait alors office de lieu de rencontre. On se voit, on discute de sa journée, on s’amuse et cela provoque des réactions souvent hostiles.

Abdel Kader, 28 ans, se plaint aussi de la situation : « Ils donnent une mauvaise image des gens issus de l’immigration. Après, tout le monde pense qu’on ne travaille pas, qu’on se contente de traîner et de toucher les aides sociales. » Abdel Kader développe son propos : « On dit tout le temps et de plus en plus que dans les cités, dans la banlieue, dans le 93, les gens ne bossent pas. Et malheureusement, en voyant des gens comme ça, on se dit que c’est assez vrai, au moins en partie. Mais moi et toute ma famille, on travaille, on a bossé, beaucoup bossé à l’école et mon père a passé sa vie à l’usine ! Le problème, c’est que ces jeunes-là, c’est une minorité, et ils ne nous représentent pas mais ils sont les plus visibles, et donc on souffre tous de leur image. »

Que répondent les jeunes gens à ces critiques et pourquoi se retrouvent-ils en bas des immeubles ? Lassana explique : « Ici on vient voir les amis, on discute sans être obligé de consommer comme dans un bar à chicha ! » Sur l’image qu’ils donnent, Lassana rétorque qu’il n’est « l’ambassadeur de personne ». Alors que Grégoire suggère à ceux qui se plaignent « d’habiter autre part s’ils sont gênés, on n’est pas dans le seizième », d’autres sont plus compréhensifs et mettent en avant le manque de communication, à l’image de Rachid : « Au lieu d’appeler la police, ils pourraient simplement nous demander de faire moins de bruit gentiment et ça pourrait régler les problèmes. »

Selon l’INSEE, à Pierrefitte, les moins de 25 ans représentaient 37,1% de la population en 1999. Alors que le taux de chômage était de 19,4% en 2006 (avant la crise), la ville compte 38,4% d’HLM parmi les résidences principales. Ces données montrent le caractère jeune de la ville, touchée par le chômage, les jeunes y étant particulièrement exposés.

Attisant la réprobation, provoquant parfois la peur, les jeunes gens passant leurs soirées ensemble sont l’objet de critiques de la part d’habitants plus âgés qu’eux ou, fait plus rarement souligné, de la part d’habitants du même âge. Outre le sentiment d’insécurité tant de fois décrit, les reproches d’un autre ordre relatif à « l’image qu’on va avoir de nous » sont courants. Ces témoignages montrent l’hétérogénéité de la population vivant à Pierrefitte, « les jeunes » ne formant pas un groupe homogène. Bien au contraire, beaucoup d’avis différents et contradictoires s’expriment dans cette catégorie, davantage statistique que formant une véritable « classe » avec une conscience commune.

Tarik Yildiz

Article publié également sur Agenda 21 Plaine Commune

Tarik Yildiz –

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