Quand on parle de sport à Bondy, on pense tout de suite à nos jeux si pittoresques : boule de pétanque au prisonnier, descente de caddie en duo, coup de poing ou vérité, concours de bouffe au flunch, Ratball, j’en passe et des meilleures.
 

Ces activités du corps que nous apprécions tous, ne sont malheureusement pas encore reconnues par les instances internationales du sport. Il reste qu’une institution donne depuis 40 ans déjà une certaine renommée sportive à notre ville : le Cercle de Karaté Français (C.K.F), qui jouit d’une réputation solide dans le monde du coup de pied bien placé.
 

Fondé en 1968 par Daniel Bienvenu, son président, le dojo a formé une bonne fournée de grands champions : 29 titres mondiaux ornent l’impressionnante salle des trophées du club. Notre temple shaolin local a su au fil des saisons s’entourer d’une certaine aura, à peine y a-t-on mis les pieds qu’on est partagé entre l’envie soudaine de rire ou de fuir: un omoplate trône dans l’entrée menaçant tout adhérant de se voir amputé de cet os en cas de retard dans les cotisations. Les maîtres du Dojo enseignent plusieurs disciplines comme le Tae-Kwondo, le Karaté, le Kung Fu, ou le full contact. Après avoir connu un passage à vide, cette association sportive semble reprendre des couleurs sous l’impulsion d’un jeune gestionnaire talentueux: Michael Foulon, qui officie également en tant que professeur de Tae Kwondo.
 

En parlant à shidochi Foulon on sent tout de suite l’influence de la culture bondynoise sur son enseignement : « oui ok le sport, le fair-play c’est mignon, j’adhère, pas de souci. Je n’enseigne pas à mes fauves (ses élèves) pour qu’ils deviennent des petites frappes sans cervelles, mais ce qui m’intéresse avant tout c’est d’en faire des individus épanouis, assidus dans leur apprentissage. En combat, je veux voir des loups qui ont les crocs ! » Mickael m’avoue qu’il est très exigeant. « Je veux qu’ils ne lâchent rien, en compétition comme dans la vie ». Du coup ses élèves donnent le maximum d’eux-mêmes, le coach Foulon possédant une tolérance somme toute limitée à l’oisiveté. On peut penser a priori qu’à force de trop s’appuyer sur la branche celle-ci finit par casser, mais un regard sur les taekwondistes du CKF suffit à démontrer l’efficacité de leur entraînement : les 13-18 ans représentent généralement la classe d’âge la plus atrophiée qui soit socialement, mais les jeunes que j’ai vus au club semblent, contrairement à l’adolescent de base, heureux de vivre. Quand je demande à Michael comment gère-t-il la défaite, il se contente de citer mon arrière grand-père qui disait souvent : « Je crie tant que le bol est sur le bord de la table mais une fois qu’il est cassé je me tais et je nettoie. Je ne suis pas un tyran, je demande juste que chacun fasse de son mieux ».
 

Michael ne rechigne pas à user d’humour lors de ses cours, « pour maintenir une bonne ambiance, affirme-t- il, sourire en coin ». Il prend par l’épaule un de ses élèves, Nasser. « Lui je l’ai recueilli il y a pas très longtemps, je l’ai sauvé des eaux la-haut au Mordor sur l’Ourcq, vous avez vu comme il est maigre. Je me suis dit que j’allais le nourrir un peu, le soigner et le prendre comme Bondynois de compagnie ». Nasser voue un véritable culte à son sensei, normal il est le seul à ne pas lâcher un copeck pour les cours, « on est arrangeant avec les jeunes qui débutent dans la vie » me chuchote le jeune professeur. Au cours enfant je fus surpris de voir des combattants d’à peine quatre ans, « quand on les prend tôt les possibilités sont infinies » lança le maître face à mon effarement. Enfin Michael projette de faire de son club une succursale avant-gardiste en matière de nouveaux sports de combat. Il cherche un maître en boxe kabyle, art martial qu’il découvrit lors d’une rixe à Bondy Nord. « C’est fou !! Ce vieil arabe était seul, un coup de dents, deux lancés de claquettes, un jeté de ceinturon, et ses trois agresseurs étaient à terre ! » Fan de Jet Lee, de Steven Seagal ou bientôt de Nordine les moustaches, rendez-vous rue Roger Salengro si vous voulez impressionner les filles ou vous défouler sur autre chose que votre petite sœur.

Idir Hocini

Idir Hocini

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