Mardi 2 juin, les autorités ont évacué un camp de migrants à la Porte de la Chapelle (Paris). Après avoir trouvé refuge sur le parvis de la halle Pajol, ils viennent à nouveau d’être délogés par les CRS ce lundi 8 mai et emmenés au commissariat malgré le soutien de riverains et élus. Pénélope a pu rencontrer quelques migrants ce week-end.
Il leurs aura fallu 24 heures pour trouver un nouveau terrain « d’accueil ». Les migrants de Porte de la Chapelle, désignés ainsi par la majorité des médias et des politiques, se sont installés dans le nouvel écoquartier de Marx Dormoy, à une centaine de mètres du métro (XVIII° arrondissement).
« Notre situation est vraiment critique »
Mardi 2 juin, la préfecture de police a opéré un vaste plan d’évacuation du campement clandestin, situé en dessous du métro aérien Porte de la Chapelle, justifié par un risque d’épidémie. Dès lors, les 380 réfugiés, pour la plupart Érythréens et Soudanais, ont été dispersés dans la capitale. « Notre situation est vraiment critique » déclare Ashraf, soudanais parti depuis 2011 de son pays d’origine. Le plan d’expulsion, encadré par les associations, prévoit un recensement de chaque personne, à l’intérieur du campement, pour ensuite effectuer les démarches administratives nécessaires à l’obtention du droit d’Asile. « Une centaine de personnes étaient absentes du camp lors de l’évacuation et n’ont donc pas été enregistrées » explique Coline, bénévole pour Amnesty International. Elle précise que « depuis mercredi, ces migrants dorment par terre devant les CRS » en attendant de bénéficier d’un toit temporaire ou d’être délogés une nouvelle fois.
Depuis, une dizaine d’entre eux se sont installés sur une esplanade, rue Pajol, à proximité d’une nouvelle Auberge de jeunesse et du nouveau bar branché du quartier « les petites gouttes ». Ces grandes structures en bois, anciennement « messagerie des douanes », bordent les voies ferrées et singularisent ce récent écoquartier.
Quelques matelas en mousse sont éparpillés à l’ombre des rares arbres du parvis. Certains migrants, seuls, observent la jeunesse venue se rafraîchir d’une petite bière tandis que d’autres discutent, sûrement du prochain lieu d’occupation ou du blocage administratif qui les guette. Mohammed, soudanais, 40 ans déplore sa situation et accuse les pouvoirs publics. Son papier de demande d’asile en main, il expose son cas : il est à la rue jusqu’au 18 juin, date prévue pour poursuivre les démarches administratives. Délaissés, les associations et les citoyens se montrent solidaires et s’occupent de leurs donner à boire et à manger. Sur cette même esplanade, les volontaires font le service et les migrants attendent chacun leur tour d’avoir un sandwich, fourni d’un peu de beurre, d’un quart de tomate, et d’une pomme en guise de dessert.
Hamid, 22 ans, est arrivé à Paris mercredi dernier. Sourire aux lèvres, il confie qu’« après tout ce qu’on a vécu, la vie ici est bien ». Parti d’Érythrée en janvier 2015, il a d’abord travaillé trois mois au Soudan et a entrepris, début avril, son périple jusqu’à Paris. Mais son épopée ne s’arrête pas là, il a pour objectif d’atteindre les côtes anglaises. « Je veux poursuivre mes études, pour pouvoir ensuite résoudre mes problèmes financiers. » Hamid parle anglais et c’est la raison pour laquelle il désire aller jusqu’en Angleterre. Un retour en France est envisageable, mais il devra « partir de zéro ». Autrement dit, il sera contraint d’apprendre la langue, l’étape nécessaire à une bonne insertion. Ancien professeur d’informatique, il reste très lucide sur sa situation « si je n’arrive pas à rentrer en Angleterre, je reviendrai à Paris ». Il explique qu’il « est très difficile d’entrer sur le territoire anglais depuis que les garde-côtes utilisent des scanners pour détecter le battement de cœur des migrants cachés dans les conteneurs ».
Fuir une dictature pour trouver une vie meilleure
Ces immigrés n’ont qu’une envie, travailler. Après avoir fui la dictature, traverser le Sahara, mis 25 jours pour parcourir une Libye en guerre, être accostés et secourus par les garde-côtes italiens en pleine nuit, ils n’ont qu’une hâte pouvoir gagner de l’argent. Hamid assure que son voyage, au départ d’Érythrée jusqu’à Paris, lui a coûté 30 000 dollars. Heureusement, et en dépit de sa terreur, personne n’est mort sur son bateau.
Face à cette vague massive d’immigration, 50 000 réfugiés auraient atteint la côte Italienne depuis début janvier, les divers gouvernements restent démunis et ne cessent de déplacer le problème. Les amis soudanais d’Hamid ont eu de la chance ce jour-là, ils seront hébergés le temps d’une nuit dans un hôtel de Nanterre, un repas du soir offert à la clef. Les autres marchent à la débrouille, à l’entraide, au partage des denrées alimentaires, à la solidarité.  Certains habitants du quartier, quant à eux, ferment les yeux sur ce désastre humanitaire et profitent de ce samedi ensoleillé pour emmener leurs enfants faire du roller sur l’esplanade, sous le regard fatigué des migrants.
Ashraf, 32 ans, est un ancien soldat soudanais, pays dans lequel il a combattu et s’est enfui. Comme tous ses camarades, il a emprunté la périlleuse et épuisante route vers l’Europe. Comme tous ses camarades, il est à la recherche d’une terre d’asile. N’essuyant que des refus, il vagabonde depuis 2011 entre la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, la Suède et la France dans l’espoir de pouvoir y travailler et gagner de l’argent. « Je suis à la recherche d’une maison » assure-t-il une dent en moins d’un sourire, néanmoins, sincère. « J’attends mes papiers et après je pourrais avoir de l’argent, une maison, et une vie tranquille. »
Ces hommes venus seuls ont abandonné leurs familles et survécus aux terribles conditions imposées par le trafic humain. Leur objectif est simple : améliorer leur vie et celle des leurs. Ces hommes, aux destins encore obscurs, restent animés par l’espoir de retrouver peut-être un jour leurs proches.
Pénélope Champault

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