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Depuis dix jours les migrants, évacués de Porte de La Chapelle, errent dans la capitale. Après une première expulsion lundi 2 juin, certains migrants se sont installés clandestinement sur l’esplanade de la halle Pajol (XVIII°). Alors qu’un rassemblement solidaire et citoyen s’est organisé lundi 8, pour revendiquer le droit d’asile aux migrants, la police a procédé à une nouvelle expulsion, musclée cette fois-ci. A la demande des bénévoles présents et face à la situation, le jardin partagé du Bois Dormoy a ouvert ses portes le soir même. Une trentaine de migrants ont alors trouvé un refuge temporaire et leur nombre ne cesse d’augmenter. Hier on en dénombrait 140. Face à l’ampleur du mouvement, l’association ne gère plus et pose un ultimatum aux pouvoirs publics. Le départ des migrants est imminent, il est prévu demain à 17h30.
Bondy Blog : Dans quelle ambiance s’est passée l’installation des migrants lundi dernier ? L’entrée du jardin partagé est libre ?
Agathe Ferin-Mercury : A la suite du rassemblement de la rue Pajol, qui s’est fini en eau de boudin, nous avons été contacté en pleine nuit par les bénévoles. Etant donné que nous n’appartenons à aucun groupe politique et que notre association est totalement apolitique, nous avons ouvert nos portes. Ils étaient 30 lundi et mardi lors du recensement, ils étaient 140. Ce soir ils doivent surement être plus…L’entrée est libre et c’est pourquoi nous sommes totalement débordés. On bloque personne ça serait contraire à nos principes, il y a aussi beaucoup d’allées et venues. Ils restent en contact. C’est leur force d’être nombreux, donc ils essayent de rester soudés.
Comment assurez-vous l’état sanitaire du lieu ?
Il y a beaucoup de bénévoles qui gèrent la logistique, heureusement des associations qui ont l’habitude sont venues distribuer des repas (comme la chorba pour tous, Entraide citoyenne). Des médecins qui travaillent pour des associations de quartier et une infirmière sont aussi venus ausculter les migrants. La pharmacienne de la rue nous a aussi fait des prix, donc il y a une vraie solidarité dans le quartier. Mais nous on peut plus gérer, en fait on gère plus rien. Nous avons donc fait un ultimatum à la mairie, à l’Etat, on ne sait pas vraiment à qui s’adresser.
Avez-vous eu des contacts directs avec les migrants ? Qui sont-ils ?
Ils sont dans le bois donc évidemment nous sommes en contact avec eux. La population y est vraiment très hétérogène, il y a des Soudanais, des Erythréens, quelques Tchadiens je crois, il y a sûrement d’autres origines mais en majorité ce sont des Soudanais et des Erythréens. L’échange se fait en plusieurs langues. Il y a quelques personnes qui parlent anglais et français donc ils traduisent pour les autres.
 
Dans quel état, physique et moral sont-ils ?
Ils sont énormément fatigués, il n’y a pas de conditions d’hygiène décentes. Ils font ce qu’ils peuvent pour se maintenir, ils mettent la tête sous le robinet par exemple. On leur a donné la liste des douches publiques donc ils essayent de se maintenir… Sinon il y en a qui ont été touchés et blessés pendant l’intervention policière (lundi dernier) donc l’infirmière et le médecin qui étaient là ont bossé tout l’après-midi d’hier et aujourd’hui.
Comment avez-vous contacté la mairie de Paris ? Quels retours avez-vous eu ?
Vu qu’on n’a pas de contact avec la mairie, l’ultimatum est passé par un communiqué de presse qui a été relayé par les réseaux sociaux. Le cabinet devait nous rappeler cet après-midi mais rien n’a pas été fait. Si je me base sur le communiqué du lundi 8, Anne Hidalgo pensait à un lieu dans les deux semaines. Pour nous, deux semaines ce n’est pas possible.
De quelle manière préparez-vous leur départ, prévu demain ? L’avez-vous annoncé aux migrants : quels ont été leurs réactions ?
On en a parlé à un petit groupe, ensuite l’information s’est propagée. Là, ils sont pour la plupart en train de tenir un conseil en face du bois, ils discutent entre eux. La plupart de ceux avec qui j’ai discuté m’ont dit qu’ils comprenaient totalement notre décision et qu’ils allaient partir sans problèmes, puisque même pour eux ce ne sont pas des conditions idéales. Je ne sais pas si cet avis fait la majorité donc j’espère que ça va se dérouler dans le calme. La police sera surement là étant donné qu’elle est très présente dans le quartier de la Goutte d’Or (XVIII°), j’imagine qu’elle sera là mais je n’en sais rien.
Propos recueillis par Pénélope Champault
 
 

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