A l’heure du déjeuner, la tension est palpable dans la petite cour de la mairie de secteur des 2e et 3e arrondissements. Venus des clubs de foot et des centres sociaux du secteur, les enfants trépignent. La maire de secteur socialiste, Lisette Narducci, a voulu conserver le secret jusqu’au bout. « Ils savent juste qu’ils vont rencontrer des stars de l’OM, mais je ne leur ai pas dit qui… C’est la surprise. » Un brin éventée… Les responsables de l’Acsa de Félix-Pyat égrainent au téléphone les stars attendues. 2 sur 3. Presque un sans faute: « Ouais… Ben Arfa… Hilton et Brandao… Ouais, t’y as vu, quand même, du beau monde… »

Le portail s’ouvre. Les minots plongent en nuée vers les véhicules qui font leur entrée. José Anigo, Brandao et Taïwo sont de la première fournée. Ben Arfa est venu avec sa voiture personnelle. Comme sur le terrain, le petit génie lyonnais affecte l’air distant des mecs peu concernés. En short à carreaux, Taïwo arbore un grand sourire. Sous une casquette, Brandao a la mine réjouie. Impressionnés, les enfants et les plus grands restent à sage distance. Tout le monde s’engouffre dans l’une des salles de réception déjà bien garnie. Joueurs et élus s’entassent sur la petite tribune. Les minots poussent. Le cordon de sécurité est très vite dépassé. Peu importe.

« C’est un bonheur et un honneur de vous avoir avec nous, se réjouit Lisette Narducci. Le bonheur de rendre heureux tous ses gamins qui vous adorent. L’honneur de recevoir les idoles de tous les Marseillais. Je crois qu’il est logique que cela se passe ici : dans le secteur, nous avons le premier club de supporteurs de l’OM, les Winners. » Effectivement, dans la salle, les t shirts orange sont presque aussi nombreux que les maillots bleu et blanc. « Nous avons aussi le plus célèbre des supporteurs : René Maleville. » A ses côtés, ravi, l’ex-patron de bar et élu d’arrondissement fait semblant de cacher sa crinière grise. Même l’OM l’utilise dans ses campagnes de pub. « Nous avons aussi parmi les clubs de foot parmi les plus reconnus de Marseille. » « Ouaais ! », répond l’assistance.
 

Toujours prompt à exalter la fibre populaire, José Anigo insiste sur le «plaisir partagé.» «C’est l’espoir et l’avenir de Marseille que nous avons là devant nous. Ce sont eux qui nous soutiennent à chaque match. Et peut-être que, parmi vous, il y a une future star de l’équipe.» «Ouais ! Moi !», crie un minot. Tout le monde s’esclaffe.

José Anigo sort un gros sac. « Oh ! Vous n’êtes pas venus les mains vides », applaudit Lisette Narducci. « Celui-là, c’est pour vous », lui répond Anigo. Elle enfile le maillot floqué Cana sans faire bouger son chignon. Si c’est pas du métier. L’heure est à la signature de ballons et aux autographes. La meute est lâchée. Les idoles s’y prêtent sans barguigner.

Gentille hystérie
Venu avec sa fille et son fils, le vice-président des Winners, Rachid Zeroual est heureux. « Les quartiers populaires soutiennent l’OM. C’est aux Marseillais, que le club appartient en premier. C’est normal que les joueurs viennent à eux. » Et l’instant est d’autant plus précieux que le titre est enfin à portée de main. Zeroual fait la moue. « Moi, je suis né supporteur et crèverai supporteur. Cela fait 17 ans que l’on attend un titre. On n’est jamais sûr de rien, surtout avec ce qui se passe en ce moment. » Allusion voilée au prochain départ de Gerets, aux rumeurs concernant l’éviction de Pape Diouf, bref, à l’habituelle salade olympienne…

On approche Anigo qui reprend aussitôt sa casquette de minot des quartiers. « Je viens des quartiers nord, Ben Arfa vient aussi des quartiers et Brandao est un enfant des favelas. Alors on est tous conscients de la chance que l’on a. Surtout en cette période de crise où c’est dur pour tout le monde. Pour nous, l’important est de redistribuer un peu de bonheur pour que ces minots là se disent, qu’à leur tour, peut-être, si ils font tout pour, ils auront leur chance. »

Autour, l’effervescence continue. D’abord atone, Ben Arfa se fait vite brancher par des supporteurs d’origine tunisienne comme lui. Son masque distant tombe bien vite : il est un minot comme eux. On lui présente un Lyonnais. « T’es Lyonnais ? Qu’est-ce tu fous avec ce maillot alors ? », rigole Ben Arfa en pointant OM sur son bedon. « J’suis comme toi, j’suis à Marseille maintenant », rigole son vis-à-vis.

Un peu plus loin, Taïwo n’en peut plus. « Je n’ai pas mangé. Je suis crevé. Laissez-moi un peu. » Rien n’y fait. Les gremlins déferlent par vagues : autographes, photos, poignées de main. Un peu plus loin, grand sourire imperturbable, Brandao en est à sa quarantième photo de groupe. Les minots sont gavés d’autographe jusqu’à plus soif. « Ils vont faire des jaloux une fois rentrés à la Belle de Mai », glisse un éducateur sportif.

Une dernière photo dans la cour, ballons en l’air, pour la presse locale et les stars se dirigent vers les voitures. Dans un coin, une fille haute comme trois pommes -deux bleues, une blanche- s’amuse à faire des jongles. Avec autographe ou sans, un ballon est un ballon, c’est fait pour jouer non ?

Benoît Gilles (Marseille Bondy Blog)

Photos : Jean-Paul Duarte (collectif à-vifs)

Benoît Gilles

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