Le week-end où la jeunesse s’est levée pour la planète. Vendredi 15 et samedi 16 mars, des centaines de milliers de jeunes ont marché pour le climat dans 123 pays à travers le monde. À Paris, avant la « Marche du siècle » samedi, ce sont les étudiants, lycéens, collégiens venus de tous les quartiers, ceux de Paris et ceux de la banlieue, qui ont bravé le vent désagréable vendredi pour interpeller le gouvernement français et l’opinion publique sur les conséquences des dérèglements climatiques. Ils étaient environ 30 000 vendredi, encore plus le lendemain.

Ce vendredi intitulé « Fridays for future », la jeunesse mondiale était appelée à réclamer des actions fortes en faveur de notre environnement, un rendez-vous inspiré par la jeune Suédoise Greta Thunberg. Du Panthéon aux Invalides, il s’agissait à Paris de faire entendre sa voix sur le climat avec comme arme l’humour. Sur les pancartes des jeunes, les mots sont choisis avec soin pour dénoncer l’urgence climatique : « Quand c’est fondu, c’est foutu », « Arrête de niquer ta mer » ou encore « Et 1, et 2, et 3 degrés, c’est un crime contre l’humanité ».

O’Brayan et Taylon, respectivement quinze et seize ans, en classe de seconde au lycée Claude-Bernard à Paris dans le 16e arrondissement, participent à leur première manifestation : « C’est très important de porter cet engagement auprès de nos camarades. Nous sommes la première génération qui subit les conséquences du dérèglement climatique. Aujourd’hui, nous ne voulons plus de paroles, nous voulons des actes. C’est une question de survie. Nous voulons vivre en bonne santé et avoir une vie meilleure quand nous serons grands. À l’école, à la télé, à la radio, on nous parle depuis longtemps des effets du réchauffement climatique. Il est temps de prendre des mesures fortes pour sauvegarder notre environnement. »

Sur ces sujets, nous disons tous la même chose, jeunes de banlieue ou jeunes de Paris

Avec calme, et presque avec jubilation, les jeunes, comme surpris par la foule rassemblée pour le climat, fustigent la politique environnementale d’Emmanuel Macron et de François de Rugy, le ministre en charge. Arrivés boulevard Saint-Michel, dans la foule, Adèle et Noah, âgés de 14 ans, sont venus de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Scolarisés au collège Marcelin-Berthelot, ils tiennent dans leurs mains une pancarte sur laquelle on peut lire « Pas de nature = Pas de futur ». Ils précisent que leur présence à ce rassemblement « ne se limite pas uniquement à l’ordre du jour de la marche. »

« Le gouvernement ne propose pas énormément de mesures sur la question de l’environnement et préfère tout ce qui est consommation, déplore Adèle. On a l’impression qu’il se fout complètement de nous et de notre santé. On en marre de la manière de produire. Et on doit impérativement interdire le glyphosate, et trouver des alternatives pour les agriculteurs. » Noah n’est pas moins impliqué sur la question : « Il faut qu’ils changent le système et la manière de produire. Et que les gouvernements respectent l’accord de Paris. Notre avenir est en jeu. »

L’un et l’autre soulignent la diversité des horizons sociaux qui se trouvent réunis dans la rue. « Aujourd’hui, ici, dans la foule, vous ne pouvez pas savoir qui vient de tel ou tel établissement scolaire, insistent-ils. Nous sommes sur un pied d’égalité. Il faut arrêter de diviser la jeunesse, sur ces sujets nous disons la même chose. Ce n’est pas parce que celui-là vient de banlieue et l’autre de Paris qu’ils ne sont pas égaux devant les bouleversements climatiques. Nous avons les mêmes programmes scolaires et nous sommes tous des enfants de la République. »

Ambiance bon enfant mais slogans alarmistes

Plus loin dans la foule, Flore, 50 ans, est venue d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). La maman de deux enfants se réjouit de la prise de conscience de cette nouvelle génération. « Moi qui suis préoccupée par l’état dans lequel nous sommes collectivement en train de conduire notre société et notre planète, cette nouvelle mobilisation de la jeunesse me rassure », se réjouit-elle.

Ce cri du cœur des jeunes pour le climat interpelle les riverains et les touristes croisés qui n’arrêtent pas de prendre des photos et qui, pour certains, rejoignent le cortège. À l’évidence, les jeunes ne manquent pas de soutien. Nassima, une Parisienne de 37 ans, est venue avec sa fille de cinq ans pour répondre à l’appel des jeunes. « C’est très enthousiasmant d’être là de voir ces jeunes qui s’engagent et nous interpellent tous pour notre environnement, dit-elle. Aujourd’hui, on doit mettre en avant la planification écologique. Sortir du glyphosate parce que les conséquences sont désastreuses. Arrêter cette manière de produire qui repose sur des émissions de gaz à effet de serre. Actuellement, pour sauver notre avenir et celui des générations à venir, il faut financer la transition écologique. »

Le rassemblement a pris fin dans le calme sur l’esplanade des Invalides avec des applaudissements de joie reprenant des slogans plus alarmistes : « Défendons notre avenir, construisons et exigeons une société plus respectueuse de l’Humanité et de la seule planète dont elle dispose. »

Kab NIANG

Crédit photo : Fabrice DEMIERRE

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