Pourquoi la RATP refuse d’afficher votre campagne contre l’islamophobie ?

Si on regarde la lettre qui a motivé le refus de l’affichage de notre campagne, on nous explique que « le fait de voir des musulmans avec des drapeaux dans la main est un geste politique et religieux » (voir photo revisitant la scène du serment du Jeu de Paume). Lutter contre l’islamophobie ne concerne que le CCIF ! C’est comme dire que la lutte contre l’antisémitisme, ne concerne que les rabbins, c’est inconcevable. Tout ça démontre qu’il y a une réelle injustice car on a le droit de mettre les unes de L’Express, Le Point dans le métro qui stigmatisent les musulmans. Par contre dans le même métro, dans la même station, mettre les affiches d’une association qui dénonce le racisme à l’encontre des musulmans n’est pas toléré. C’est inquiétant pour le débat publique !

Comment expliquez-vous aujourd’hui que l’on aie besoin d’une association pour répondre à des actes qui vont à l’encontre de la devise républicaine  « Liberté, Égalité, Fraternité » ?

C’est un idéal, mais dans les faits c’est différent. Il y a encore beaucoup de manquement à cette devise, notamment pour le logement, l’accès aux ressources, aux droits. Tout ceci montre qu’on est dans une situation d’injustice. Il y a également sur le champ du racisme, des discriminations qui visent les gens selon leur couleur, leur religion. La France se considère comme le pays des droits de l’Homme, mais sur le terrain, on est bien loin de cette réalité.

Le lancement de la campagne « Nous sommes la Nation » est-il d’une certaine manière calculée ?

C’est une action planifiée minutieusement. On espère faire changer les mentalités en détruisant les clichés qui visent les musulmans. On a lancé la campagne car on a franchi un palier sur l’échelle de l’intolérable. En 2011, nous avons recensé 298 actes islamophobes. Ils sont tournés vers des institutions, des profanations de cimetières, des mosquées dégradées, des personnes qu’on discrimine qu’on agresse dans la rue. Et 85% de ses victimes sont des femmes. La lutte contre l’islamophobie est très peu reprise par le monde politique et les médias. Il fallait donc frapper un coup fort en terme de communication, pour faire reculer cette forme de racisme qui prend de l’ampleur.

Après Charlie Hebdo, c’est au tour de l’hebdomadaire Le Point de dénigrer l’islam, qu’en pensez-vous ?

Le Point, L’Express, Valeurs Actuelles n’en sont pas à leur premier coup d’essai avec leurs Unes islamophobes. Ça prouve que certains organes de presse aujourd’hui sont incapables de faire des journaux intéressants sans faire des Unes outrancières.

Quel est votre avis sur les proportions que prend l’affaire Merah et qui continue de faire les titres des journaux ?

Vu la gravité de l’affaire c’est normal qu’elle interpelle les citoyens. On se demande ce qui a poussé ce garçon à se marginaliser de la sorte, à commettre un acte violent. Il ne faut pas juste regarder le cas Merah de manière isolée, il faut regarder l’ensemble des actes de terrorisme isolés. Il faut se poser la question des parcours de Mohamed Merah, Anders Behring Breivik. Qu’est-ce qui a participé à leurs marginalisation ? Qu’est-ce qui a participé au fait qu’ils se soient tournés vers une action violente au détriment d’innocents ? Ce qui est intéressant, c’est que l’appartenance islamique de Merah est déterminante dans son passage à l’acte d’après les médias. Il était beaucoup plus que son appartenance religieuse : il était marginal, jeune, ancien délinquant et pour couronner le tout, violent. Pourtant on ne relève que le fait qu’il soit musulman, une donnée beaucoup plus explicative par rapport au reste. C’est quelque chose de très classique dans le traitement du terrorisme.

À quelques jours des élections de la présidence de l’UMP, que pensez-vous de l’histoire du pain au chocolat de Jean-François Copé ?

Cette histoire est ridicule et elle ternit la politique française ! Des hommes politiques en arrivent là pour être élu… Le premier travail d’un homme politique en règle générale, c’est de raconter une histoire qui aide les gens à se projeter dans un avenir où ils sont ensemble. S’il est incapable de le faire, je vois mal comment il va pouvoir atteindre les hautes fonctions de l’ UMP. C’est pour cela qu’on a répondu d’une manière amusante, avec cette distribution de pain au chocolat à Paris.

Pensez-vous qu’un jour, vous n’aurez plus besoin de lutter contre l’islamophobie ?

C’est l’histoire d’un pays qui va prendre en compte l’islamophobie. C’est le gouvernement qui va faire le travail du CCIF et là on pourra tous retourner à nos vies normales. On l’espère, même si ça reste pour l’instant idéaliste.

Propos recueillis par Lansala Delcielo

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