« En mai, fais ce qu’il te plait ! » Voilà un adage qu’en ce vendredi 7 mai, les quelque 700 femmes réunies dans un des amphithéâtres de Sciences-Po, ont décidé d’appliquer et pas que pour un mois… En effet, « la liberté n’est jamais un acquis, c’est un processus : il faut sans cesse se libérer », dixit l’écrivain Eliette Abecassis. Et c’est bel et bien sous le signe de la liberté que les « Etats-généraux de la femme » furent placés.

Exit la langue de bois et les grands discours pompeux à la sauce politiquement correcte. C’est une assemblée de femmes à la beauté plurielle, à la fois sophistiquée et sauvage, à la féminité assumée et revendiquée qui s’exprime de façon désinhibée, sincère, vraie. Dans cette enceinte, le temps d’une journée, la parole est cinglante, amusante, vivante !

Tout commence par une déferlante, une grande vague d’émotion qui accompagne l’entrée de la présidente d’honneur de ces états-généraux de la femme : madame Simone Veil. Des mains et des yeux ont rougi à force d’applaudissement et de larmes de reconnaissance. Cette longue et respectueuse standing-ovation, véritable holà des cœurs, imprègne immédiatement la salle d’une ambiance qui ne permettra pas à la médiocrité de s’installer. Ces états-généraux sont condamnés à la qualité : qualité des interventions et de la réflexion.

Il est 10 heures du matin et tous les sens sont en éveil. Elles savent, les femmes présentes, que cette journée est importante : c’est leur journée, une journée à part, une journée rien que pour elles. Pour l’homme venu prendre possession du précieux « grimoire » contenant les 24 formules pour améliorer la vie des femmes et des hommes, pas facile de prendre la parole. Replacer dans un mouvement gracieux de la tête, une mèche blonde de « Prince charmant », ne semble pas être la meilleure entrée en matière. François Fillon, qui de toute façon n’est pas blond, opte pour l’humour et s’adressant à l’organisateur, le magazine Elle, il souligne l’évolution des mœurs d’un : « Beaucoup d’hommes feuillettent votre journal… J’en suis ! » La réaction est unanime : Bravo monsieur le Premier Ministre !

Tout est prêt pour aborder le thème de la première table ronde : « Femme et Pouvoir ». Logiquement, les intervenantes sont essentiellement « les femmes de pouvoir ». Mais contre toute attente, loin de se crêper le chignon à coup d’arguments musclés, ces dames se mettent à badiner sur un sujet ô combien important… la drague. Et c’est un régal !

Sur ce sujet, de curieuses alliances se forment : Nathalie Rykiel (présidente de la maison Sonia Rykiel) et Nathalie Kosciusko-Morizet (secrétaire d’état chargée de la prospective et du développement de l’économie numérique) sont d’accord pour dire que le pouvoir rend sexy les hommes mais pas les femmes. Sur ce thème, Anne Lauvergeon (présidente du directoire d’Areva) nous raconte une anecdote : un jour, elle est en compagnie de Christine Ockrent et de Christine Boutin lorsque le sujet tombe. Christine Ockrent et Anne Lauvergeon s’accordent à dire qu’en effet, dès lors qu’elles ont accédé à de hautes responsabilité, les hommes ont tout bonnement arrêté de tenter leur chance avec elles. Mais, à leur grande surprise, Christine Boutin s’est exclamée : « Mais non ! Ce n’est pas vrai ! » C’est la journée de toutes les révélations.

Avec cette montée en puissance des femmes, une espèce d’homme est en voie d’apparition, « les maris de ». Cette fois, ce sont les ennemies naturelles, Cécile Duflot (secrétaire nationale des Verts) et la reine du nucléaire, Anne Lauvergeon, qui se retrouvent. Eh oui, il semblerait que ce ne soit pas toujours facile d’assumer d’être « le mec de Cécile Duflot », ni d’être appelé « M. Lauvergeon » sachant qu’Atomic Anne a gardé son nom de jeune fille.

Si être le « mari de » n’est pas simple, être la « femme de » reste difficile comme l’évoquera un peu plus tard, Eric Woerth (ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique), rappelant la polémique qui a touché son épouse lors de sa nomination chez Hermès. Cette dernière s’était alors défendu d’un: « Pendant 25 ans, je n’ai été la femme de personne. Maintenant que mon mari est ministre, depuis à peine trois ans, je devrais en payer les pots cassés ? »

Une autre table ronde commence : « Changer les règles – Réinventer le travail ». Sur ce thème, la journaliste Michèle Fitoussi (Elle), cite l’idée originale émise par une femme lors d’une des nombreuses tables rondes organisées un peu partout en France : « Avec les divorces et les familles recomposées, les hommes, en moyenne, font plus d’enfants que les femmes. Si on les forçait à prendre systématiquement un congé parental à chaque naissance, alors peut-être que les employeurs commenceraient à regarder d’un autre œil l’embauche des hommes. » Toute la salle applaudit.

Profitant de ce moment d’exaltation, une dame d’un certain âge, se présentant fièrement comme étant une arrière-grand-mère, prend la parole et rappelle que lors des états-généraux de Versailles, on ne manquait pas d’humour. Car de l’humour, il faut en avoir lorsque vous êtes dans une assemblée d’hommes et que l’un d’entre eux, histoire de vous clouer le bec, vous agresse d’un vulgaire : « espèce de mal-baisée ! » Ce à quoi la jeune femme d’antan a rétorqué vivement : « la faute à qui camarade ? » La salle explose et ce sont des rires de joie et de solidarité…

Autre table ronde indispensable : « Liberté, maternité, sexualité ». La très médiatique psychanalyste Claude Halmos, attaque tout de go la fameuse culpabilité qui pèse sur les épaules de toutes les mamans, celle qui consiste à faire croire que les intérêts professionnels des femmes sont forcément en contradiction avec l’intérêt des enfants. Selon elle, un enfant a besoin de savoir qu’il a une place mais pas toute la place ! C’est bien la raison pour laquelle « le monde n’est pas une vaste nursery ».

La question de la conciliation travail-famille et de la culpabilité qui en résulte se retrouvent partout, et donc aussi dans la dernière table ronde, celle concernant « les stéréotypes ». Ainsi Brigitte Grésy, inspectrice des affaires sociales, attaque très fort en brossant le portrait d’une situation banale : une femme, précédée de son ventre arrondi, débarque au bureau et croise son supérieur qui surpris l’interpelle : « Vous êtes enceinte ! Mais, je croyais que vous aimiez votre travail. »

Eh oui, les stéréotypes ont la vie dure mais plutôt que de faire la peau à Barbie, une femme dans le public propose qu’elle devienne ingénieur, voire même geekette… Pour Marianne James, ex-jury de la Nouvelle Star, c’est Blanche-Neige l’ennemie à abattre. Elle n’avait que 6 ans lorsque sortant du cinéma, elle se tourna vers ses parents pour leur dire : « Mais qu’elle est con cette Blanche-Neige de passer tout son temps à faire le ménage pour sept nains crados ! Vaut mieux être la belle-mère ! »

Le seul hic c’est que, même sans être belle-mère, comme le souligne la modératrice du jour, la journaliste Audrey Pulvar (I Télé) : « Une femme, lorsqu’elle se montre ferme, on dit d’elle qu’elle a mauvais caractère, voire qu’elle est hystérique. Alors que pour un homme, on dit qu’il a du caractère. » Ça laisse encore pas mal de grains à moudre vous ne trouvez pas ?

Frédérique Bedos

Légende photo du bas : Inès El Laboudy, Marie-Françoise Colombani, Valérie Toranian, Khadija Ichou, Stéphanie Varet (de gauche à droite), Latifa Zahi (premier plan).

Frédérique Bedos

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