Le week-end dernier, nous étions conviés à la projection d’un film au cinéma municipal André Malraux. Pas pour regarder le dernier Spielberg ou autre superproduction américaine, mais pour découvrir bien mieux : le dernier film de Christophe-Emmanuel Del Debbio, intitulé Banlieues sous le feu des médias. Ça ne vous dit rien ? Normal, c’est un film qui dérange. Le film est composé de deux parties. La première présente un condensé de la manipulation du traitement de l’information par les grandes chaînes hertziennes, avec en tête la championne TF1 et son animateur phare « Jean-Pierre Pernaut». L’originalité du film réside dans le fait qu’il n’y a pas vraiment de commentaire explicite, seulement des images qui suffisent, à elles seules il est vrai, à susciter l’esprit critique du spectateur, quel qu’il soit.

 La seconde partie donne la parole à des jeunes d’Aulnay-sous-Bois, qui réagissent en regardant la première partie du film ; à un éducateur-médiateur dans la ville de Clichy-sous-Bois, Samir Mihi ainsi qu’au créateur du Bondy Blog, notre mentor Serge Michel.

Dans la salle, malheureusement, peu de monde, mais beaucoup de rires. Etonnant pour un film dénonciateur. De quoi riaient les spectateurs ? Ils riaient d’évidence : dans la salle (essentiellement constituée de Bondynois, pour ne pas dire entièrement), on savait déjà que les médias français, lors des incidents d’octobre 2005, relataient les faits d’une manière qui est loin d’être fidèle à la réalité, notre réalité. Néanmoins, on a pu découvrir les faces cachées des rédactions, les subtilités que le film met en exergue. Comme le choix des journalistes envoyés spécialement sur le terrain lors des émeutes : des reporters de guerre, mais également des journalistes au teint étrangement basané… comme par hasard.

Banlieues sous le feu des médias, un film qui dérange, forcément. À la fin de la projection du film, le réalisateur présente son travail : journaliste ayant notamment travaillé pour l’émission Arrêt sur images sur France 5, il confie n’avoir eu recours qu’à du matériel plutôt rudimentaire pour monter son film : des enregistrements vidéos, un ordinateur et du temps, beaucoup de temps. On a un peu envie de dire « tout ça pour rien ? ». En effet, le film n’est pas diffusé dans toutes les salles de cinéma. Seulement une salle à Paris, le cinéma L’Entrepôt dans le 14ème arrondissement, et cinq salles en région parisienne. Quant à la réaction des médias eux-mêmes, pas de grande surprise. Le réalisateur a véritablement été censuré. Il raconte même l’une de ses anecdotes où des vigiles lui ont interdit l’entrée d’une grande radio, alors qu’il y avait été invité.

Banlieues sous le feu des médias, un film à voir, absolument.

Hanane Kaddour et Chou Sin

Hanane Kaddour

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022