Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Dans la nuit de vendredi à samedi, en plein rêve ensoleillé, j’entends un brouhaha violent et répétitif. D’énormes coups assourdissants me font sortir de ce rêve, quand, soudain, je me rends compte qu’il s’agit de la porte de chez moi.  Mon père, à peine réveillé, traverse le couloir  Un bruit de fond  résonne dans le palier. Ce sont les pompiers de Paris qui viennent frapper aux portes pour nous demander si nous n’avons pas de la fumée dans nos appartements. Il est cinq heures du matin, et l’un des trois ascenseurs de mon immeuble est en feu. Bâtiment 18, quartier Paul Eluard à Bobigny. Voilà qu’au moment de sortir de chez moi, je constate les dégâts. Un ascenseur est entièrement carbonisé. Les deux autres ont été mis à l’arrêt. Je pense alors aux prochains jours, aux semaines suivantes, voire aux mois. J’habite au quatrième étage, ce n’est pas vraiment gênant. Mais ma voisine malade ? Tous les habitants des étages supérieurs ? Mon immeuble compte tout de même dix-huit étages !

En même temps, depuis des années maintenant, il est rare d’avoir les trois ascenseurs en état de marche. Bien qu’il y ait eu plusieurs « rénovations », la mécanique n’a jamais été remplacée, seulement les parois intérieures des ascenseurs. Les week-ends sans ascenseurs, on connait bien. Idem en été… Mais cette fois-ci, tous les habitants savent qu’il y en a pour un bon moment. Après avoir éteint l’incendie pendant près de deux heures, l’enquête en cours précise que trois départs de feu on été relevés ainsi que des matelas qui se trouvaient dans les cabines d’ascenseurs. On comprend donc que l’origine de cet incendie est criminelle. Certaines personnes du quartier pensent même que cela a été fait exprès pour pouvoir enfin avoir de nouveaux ascenseurs. Mais, dans l’immédiat, le résultat est une privation d’ascenseurs pour une durée indéterminée.

Du coup, le bailleur de l’immeuble, l’OPH93, a contacté les associations du quartier Alliance et PPVE (Premier Pas Vers l’Emploi) afin de résoudre ce problème. Kanoush, membre de l’association Alliance m’explique : « Dès qu’il a pris connaissance de l’incendie, le bailleur nous a appelé. Nous avons donc décidé de former une équipe de jeunes du quartier, notamment ceux qui sont éloignés du monde du travail, afin d’aider tous les habitants de l’immeuble. Cette semaine, une réunion est prévue afin de savoir combien toucheront ces jeunes présents du matin au soir dans le hall de l’immeuble. Nous sommes mandaté par l’OPH93, une indemnité sera versée à tous ces jeunes qui sont au service des habitants ».

Bien entendu, l’association a fait en sorte de rassembler des jeunes du quartier connus de tous. Ainsi, la confiance règne, les sourires et la bonne humeur sont au rendez-vous.  Porter une poussette jusqu’au dix-huitième étage ? C’est du gâteau ! Dans l’attente de travaux qui semblent très loin, les habitants de la tour 18 ont de quoi se faire des mollets de feu. De quoi préparer son corps pour l’été. En espérant que d’ici là, nous aurons enfin de nouveaux ascenseurs décents.

Inès El laboudy

Articles liés

  • Affaire Emmodem : l’Algérienne qu’on croyait connaître

    Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.

    Par Sofiane Zerouala
    Le 28/08/2026
  • Racisme au travail : ces violences qui abîment la santé mentale

    Au printemps, l'Institut d'études et d'actions citoyennes (IEAC) organisait un colloque consacré aux discriminations raciales au travail et à leurs conséquences sur la santé mentale. Professionnel·les de santé mentale, juristes, représentant·es syndicaux et salarié·es se sont retrouvés pour mieux reconnaître et combattre ces violences.

    Par Farah Rhimi
    Le 06/08/2026
  • Peut-on encore aimer cette Coupe du monde ?

    Passionnés de football, ils ont grandi au rythme des Coupes du monde et des exploits de leur sélection. Mais cette édition les place face à un dilemme : continuer à vibrer pour leur équipe ou prendre leurs distances avec une compétition débordée par les enjeux politiques, économiques et sociaux. Entre boycott, culpabilité et plaisir contrarié, ils racontent leurs tiraillements.

    Par Aya Alkhiyari
    Le 14/07/2026