C’est l’histoire d’un mec qui est né un certain 28 juillet 1965 à Gaillac, dans le Tarn. Quand tu habites là-bas on « t’oblige à jouer au rugby ». Et vu son gabarit, il sera vite première ligne du club, « les têtes pensantes » comme il dit. « Parce que pour être première ligne il faut savoir planter un clou dans une planche avec un marteau et non une chignole », si tu passes le test tu rentres au club sinon malheur à toi : on te met au foot. Et le foot à Gaillac, c’est pas le sport le plus pratiqué, « si tu vois ce que je veux dire ». En plus le rugby c’est aussi un sport d’insertion sociale : « tu rentrais bosser à la mairie », mais attention « rigolez pas y’en a qui y sont encore ». Ou alors à EDF comme il l’a fait à Bordeaux. A EDF«  c’était pépère », alors ça lui a laissé du temps pour mener à bien sa carrière sportive.

« Aujourd’hui on est au pied du mur, il va falloir le construire. On est pas venu là pour être ici », les fameuses phrases d’avant match, il s’en rappelle. Que de beaux souvenirs le rugby, jusqu’à ce funeste jour de 1992, à l’occasion du tournoi des cinq nations où il est expulsé pour une fourchette (doigts dans les yeux de l’adversaire) durant le match France-Angleterre : « Je savais que j’allais morfler. » Cela lui vaudra un an de suspension, il signera ainsi la fin de sa carrière internationale. Il était suspendu comme un jambon dans une bodega : « la machine à hématomes » s’ennuyait. Il s’entraînait la journée mais le weekend il restait chez lui.

C’est pendant cette période qu’il se met à la boxe, sur les conseils d’un ami. Au moins avec les gants, impossible de faire une fourchette. Il baisse sa garde et contre tout avec son nez. Il n’est pas devenu Mike Tyson. L’année de suspension étant enfin finie, il revient au rugby : « Quand tu es joueur de rugby, tu penses qu’à ça : tu manges rugby, tu vis rugby, tu dors rugby. » Or, pendant plusieurs années, il fait tout pour revenir à son niveau international mais il n’y parvient pas. Il décide alors de mettre un terme à sa carrière.

La reconversion a été terrible. Aucun diplôme en poche, ses journées ressemblent à un quotidien banal : Télé. Jusqu’au jour où sa femme, Krystel Moscato, lui conseille d’entraîner. Mais il trouve ça vite « chiant », il se sent impuissant. Du coup, il rentre à la radio en tant que chroniqueur sportif. Boulot « pépère », « tu arrives il est 12h-12h30, tu lis l’Equipe pendant deux heures car le soir faut faire tomber un débat. » « Quand on veut, on peut… Mais il faut qu’on le puisse », c’est un peu le type de débat qui ressort sur RMC.

Et puis il y a le cinéma. Tiens le cinéma parlons-en. Il en a marre de ces « rôles de cons » qu’on lui propose ( Pompom dans le Fils à Jo, Astérix aux jeux Olympiques, Camping 2). Il sait pertinemment que « Nespresso » (comprendre Georges Clooney) ne va pas l’appeler pour jouer un premier rôle, mais lui ce qu’il veut c’est être cow-boy. Il était prêt à tout pour rentrer dans la grande famille du cinéma, mais le problème, selon son agent, est qu’il n’est pas assez « banquable » (avec l’accent anglais s’il vous plaît, il faut comprendre qu’on ne peut pas mettre énormément d’argent sur lui), lui il est plus « bancale ». Parce que pour rentrer dans ce milieu là, il faut être connu ou faire des pubs « comme l’autre barbu pour du poker ».

Il se rappelle aussi de sa fin de carrière dans un club parisien très « créatif » : le Stade Français. Ces souvenirs où le frère de Dalida (ami de Max Guazzini, Président du club) et ses idées « spéciales » ont fait leur apparition, ou encore les débuts du calendrier des dieux du stade. Mais tout ça c’est bel et bien fini. Dorénavant il se consacre au théâtre, à la radio, au cinéma. Il s’est même essayé à la chanson en 2007 avec la Moscadance, malheureusement quand l’ovalie se prête au jeu de la chanson, ça mérite un gros plaquage. Mais il n’oubliera pas une chose : « Le rugby c’est l’école de la vie ».

D’ailleurs le rugby d’aujourd’hui, il en parle avec passion dans sa loge rustique : « Tout me plaît dans ce rugby là, ce sport a connu une évolution très professionnelle. Les choses, pour moi vont sans cesse dans le mieux avec bien entendu les problèmes d’oseille, de blessures mais ça c’est dans tous les sports. Le rugby garde son esprit tout en progressant techniquement. En effet, le mur, ma fois pas très dégueulasse, du rugby ressemble à quelque chose et pour moi ce sport est dans une bonne ascension. » Alors, bien entendu que les terrains lui manquent, mais il faut savoir tourner la page : « Y’a un temps pour mettre des culottes courtes sur un terrain et à un moment donné il faut les rallonger ces culottes et mettre des pantalons. »

Ce qui le pousse sans arrêt à conquérir de nouveaux fronts c’est cette recherche incessante de compétition : « Quand tu as une formation de sportif, tu essaies tout au plus de t’approcher de quelque chose que tu ne pourras certainement jamais toucher. » Il se qualifie d’instable, il a du mal à rester au même endroit tout le temps : « Je veux connaître autre chose que le sport, c’est pour ça que je diversifie mes jobs. » Mais pour lui, tout est lié, tout ce qu’il fait se présente dans une logique de comédien : « La radio, c’est quelque chose de vivant qui varie tous les soirs et le one man show c’est un scénario où tu t’adaptes, où tu réagis avec ton public. »

Oui, Vincent Moscato « s’accroche aux branches » comme il peut. Pour l’instant il veut se consacrer à sa carrière de comédien avec son one man chaud au théâtre du Gymnase, il met en effet toute son énergie sur les planches. C’est pour cela qu’il avoue ne pas vouloir commenter les matchs de la coupe du monde au mois de septembre. Certes le rugby fait parti de sa vie, mais il en parle tous les soirs à la radio, pour lui ça suffit.

Jessica Fiscal

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