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LE CAP DU CAPA. Deuxième épisode. Leur cerveau est en ébullition. Comme Latifa, ils vont manger du commentaire d’arrêt et du cas pratique et boire de la jurisprudence jusqu’à plus soif. En vue : le concours d’avocat.

Tous les jours je m’imagine, le jour du grand oral, les professeurs et les professionnels sont devant moi et me demandent : mais pourquoi voulez-vous devenir avocate ?

A ce moment précis, dans ma tête y’a les jupes d’Erin Brokovich incarnée par Julia Roberts, la mignoneté d’Ally McBeal et les costumes trois pièces d’Harvey Specter. Y’a l’envie de crier « objection » même si en France les avocats ne font pas ça, envie de me pencher des heures sur de la jurisprudence pour trouver LE CAS qui fera gagner mon client. C’est aussi simple que ça, chaque fois que j’ai un coup de mou, une envie de glace et de bord de mer, je me dis non, pense aux escarpins que tu devras acheter pour ne pas avoir l’air d’un sac dans ta robe d’avocat. A ce propos, j’ai réfléchi concernant la fixation de mes honoraires. Une heure à dispenser mes précieux conseils vaudra une paire d’escarpins (Manolo Blahnik, cela va de soi) et une journée de travail, le sac luggage de chez Céline. Parlons en mode, pas en argent, c’est vilain.

Ok pendant que je me fais le film de mon hypothétique vie en essayant quand même de me concentrer sur « les actions paulienne et oblique » la France entière est en vacances mais où ? Dans un camping de la Rochelle ? Chez l’habitant à Berck mais ça vaut le coup parce que la fenêtre de la chambre donne sur le beffroi ? Génial. Au mieux, t’es en train de draguer de la mineure (ou du mineur ?) à Marrakech. Original. Et si t’es au Seychelles, à Punta Cana ou dans n’importe quel endroit qui donne envie, j’étudie tous les moyens possibles pour te coller un procès.

Y’a de ça aussi dans l’envie de devenir avocat, avoir la naïveté de penser que sitôt le concours en poche personne ne nous aura plus. A croire que finalement la loi c’est toi. Que tu en fais ce que tu veux, que tu lui fais dire ce que tu veux. Mais moi aussi je veux accuser, défendre la veuve et l’orphelin et Liliane Bettencourt aussi parce que je ne veux pas mourir de faim. Je veux avoir autant de followers que Maître Eolas. Je veux qu’on me serre la main avec des larmes dans les yeux, la gorge et un chèque à mon nom dans le fonds de la poche. Je veux lever la main droite et dire je le jure.

En attendant, ça fait deux jours que je ne me suis pas lavée, que je ne suis pas sortie de chez moi et seul le livreur de kebabs voit mon état se détériorer chaque jour. Hier je me suis même endormie sur mon cours de procédure administrative, quand je me suis levée la feuille toujours collée à mon visage, j’ai regardé l’heure, il était minuit passé.

Merde, J-30.

Latifa Oulkhouir

Oh mon barreau ! (1/3)

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