Dans la classe de « Bac Pro compta » du Lycée Lagrange de Bondy, deux étudiants seulement n’ont pas l’identité française. Tous proviennent de l’immigration. Se sentent-ils pour autant les enfants de la République? « On est obligé d’avoir les papiers français si on veut travailler… » Osant rappeler que le passeport n’est pas qu’une carte de crédit, que l’identité est autre chose qu’un enregistrement administratif, les langues se délient:

 

« Le niveau du bac régresse. Toute la motivation du monde ne suffit plus à trouver un débouché. La discrimination des employeurs nous décourage. Le nord-est de Paris n’a pas d’université. La plus proche est à Saint Denis et l’IUP de Bobigny est en train de se dissoudre… On nous abandonne, pour pas qu’on s’en sorte, pour qu’on s’en aille! »

 

La banlieue n’est manifestement pas à l’heure républicaine: « Y en a marre! Faut qu’on nous tende la main! » Si aucun élève n’a entendu parler du système des zones franches, tous demandent la même chose: « Qu’on ouvre des entreprises! »

 

Le débat s’oriente vers ce qui touche leur quotidien: « La seule structure de Bondy nord, le Palais des Sports, est presque toujours fermée. Pour aller là-bas, il faut s’inscrire, 250 euros par trimestre! » Une étudiante de Drancy, ville voisine du quartier nord, n’en revient toujours pas: « Là-bas, les gens sont entassés. Il n’y a que des magasins discount. En comparaison, Bondy sud, c’est Paris! » Les étudiants de Bondy nord se désolent que leurs petits frères et sœurs ne bénéficient plus du même encadrement. Les bénévoles ne suffisent pas. Mentionnant l’existence de la maison de quartier Balavoine, l’un répond que « c’est pour passer le temps, juste pour apprendre le français ». On comprend que le problème réside également dans la diffusion de l’information. Quelqu’un parle alors de la Maison Georges Brassens, au sud de Bondy: « Un endroit chaleureux qui organise beaucoup de choses. Faut juste se renseigner. » Une étudiante habitant Aulnay-sous-Bois compare la situation à sa ville: « Au nord, c’est le ghetto. Au sud, il y a la gare, le conservatoire, la rue piétonne et les décorations de Noël. »

 

 

Par Blaise Hofmann

 

 

 

 

 

 

Blaise Hofmann

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