« Ce sont des tueurs d’enfants ! ». Quelques heures après le drame, alors que la nuit est tombée à Bondy, l’émotion est palpable devant la maison de quartier Nelson Mandela. «Pourquoi ils ont fait ça, ils n’avaient pas le droit », crie une jeune proche d’Aymane, des sanglots dans la voix. Autour d’elle d’autres tentent de la calmer devant une trentaine d’habitants silencieux, choqués par la violence de la tragédie survenue dans l’après-midi de ce vendredi 26 février.

Une rivalité personnelle à l’origine du drame

Les forces de l’ordre présentes sur place ont quadrillé la rue Louis Auguste Blanqui.

D’après les premiers éléments recueillis sur place, le drame trouverait son origine dans une rivalité personnelle entre Aymane et un autre licencié d’un club de boxe de la ville. C’est après un premier affrontement violent entre les deux adolescents, que la situation aurait dégénéré vers le drame.

Aux alentours de 17 heures 30, deux individus à scooter se dirigent vers l’espace Mandela. D’après plusieurs témoignages, l’un d’entre eux, armé, aurait tiré en direction du hall de la maison de quartier via une ouverture à l’entrée. Réfugié à l’intérieur de l’immeuble aux côtés des animateurs du centre, Aymane reçoit un tir mortel dans le torse.

Il devait pas partir maintenant. Il n’a jamais rien fait.

À la tombée de la nuit, alors que les secours et les forces de l’ordre sont toujours sur les lieux, c’est l’incompréhension qui règne dans la rue Louis Auguste Blanqui. « Il devait pas partir maintenant. Il n’a jamais rien fait », pleure une autre jeune fille proche du défunt à proximité de la maison de quartier. À chaque petit groupe, ses théories sur l’origine du meurtre, mais un choc partagé devant la violence de la mort par balle d’un mineur.

À lire : Pourquoi nos jeunes s’entretuent-t-ils ?

La crainte de représailles

Arrivé sur place, l’édile de la ville, Stephen Hervé (Les Républicains) a refusé de s’exprimer, avant la publication d’un communiqué officiel. Du côté de la mairie une cellule psychologique a été ouverte, et de nombreux élus ont tenu à être présent sur les lieux, pour témoigner leur soutien à la famille de la victime, aussi pour veiller en cas de nouvelles violences.

De l’espace Mandela jusqu’au hall de la mairie, la crainte d’un nouveau souffle d’une rivalité entre les jeunes de Bondy Nord et Sud est sur toutes les lèvres. «Il faut que ça se calme Je sais pas comment ils arrivent à chercher des armes. On ne doit pas attiser la haine. J’espère qu’il n’y aura pas de représailles », lâche un élu anxieux à l’idée d’éventuelles répliques violentes.

Alors que les pistes d’un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiant se sont dissipées rapidement, le profil d’Aymane apparait comme celui d’un jeune athlète, jamais condamné par la justice. Sur son profil Facebook, son entraîneur Christophe Hamza a tenu à rendre hommage à l’adolescent mort ce 26 février. « Aymane était un bon garçon, volontaire et téméraire. Il va beaucoup nous manquer ».

Jalal Kahlioui

Articles liés

  • Othmane, 7 ans, mort dans un ascenseur : sa mère demande justice

    Le 10 octobre 2015 Othmane Esshaymi, 7 ans, meurt asphyxié dans l’ascenseur de son immeuble du quartier du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie. 6 ans après le drame, sa famille continue son combat judiciaire pour faire condamner l’ascensoriste et le bailleur. Reconnu coupable d’homicide involontaire, Otis a réussi à casser le dernier jugement sur un vice de procédure, imposant un nouveau procès à la famille.

    Par Céline Beaury
    Le 11/01/2022
  • Tirs policiers à Stains : « Je me suis vu mourir »

    #BESTOFBB Dans la nuit du 15 au 16 aout dernier, Nordine et sa compagne reçoivent près d'une dizaine de coups de feu à Stains, tirés par des policiers sans brassards, non identifiables. Près d'un mois après les faits, l'homme toujours choqué, se confie pour la première fois aux médias, pour le BB. Témoignage.

    Par Céline Beaury
    Le 23/12/2021
  • La quête de vérité de la famille de Souheil, tué par la police à Marseille

    Souheil El Khalfaoui, 19 ans, est mort début août d’un tir dans le thorax lors d’un contrôle de police. En dépit des nombreux témoignages d’habitants, la famille du jeune homme craint que la plainte soit classée au titre de la légitime défense. Réclamant la nomination d’un juge d’instruction, elle organise à partir de demain trois “Journées pour la vérité” à Marseille.

    Par Clara Lalanne
    Le 11/11/2021