Ce vendredi 7 juin, le tribunal correctionnel de Pontoise (95) jugeait le policier pour homicides involontaires après l’accident ayant entraîné la mort de deux jeunes à Villiers-le-Bel en 2007. Aucune peine n’a été réclamée, le délibéré final doit être prononcé le 13 septembre.

Les familles de Moushin et Lakamy n’arrivent pas à y croire. Réunis depuis deux jours au Tribunal de Grande Instance (TGI) pour un procès tant attendu, les proches, constitués en parties civiles, viennent d’assister au réquisitoire du procureur de la République. Pendant plusieurs dizaines de minutes, il a rappelé les fautes des jeunes de 15 et 16 ans. Le 25 novembre 2007, ces deux amis ont enfourché une moto de cross de taille junior, non homologuée, dont les freins étaient hors d’usage, les pneus avaient la gomme lisse et totalement dépourvue de signalisations.

Ni l’un ni l’autre ne possédait de permis de conduire, ni ne portait de casque. Arrivant sur le carrefour à grande vitesse, d’après plusieurs témoins, ils ont refusé la priorité à droite au véhicule de police de Franck Viallet. Ces fautes, les familles ne les contestent pas. Avant l’audience, Amadou, un proche portant un t-shirt où l’on peut lire « Nul n’est censé ignorer la loi » m’expliquait : « Les torts sont des deux côtés, on a reconnu ceux des jeunes. Au policier de faire de même ». Confiant, il estimait que la relaxe n’était pas une option : « Soit le policier était en intervention d’urgence et il devait alors utiliser le gyrophare et le klaxon deux tons, soit il était en simple patrouille et ne devait pas rouler à 64 km/h (selon un rapport d’expertise, ndlr) dans une si petite rue ».

Mais le procureur exprima un avis différent. Faisant écho à l’avocat de la défense, il demanda à la juge de considérer le policier comme un conducteur ordinaire. Or, selon l’avocat, la vitesse du véhicule n’est pas la cause première de la mort des jeunes, la voiture ayant été percutée par la moto et non l’inverse. Les conséquences de l’accident auraient été les mêmes à 10 km/h qu’à 60. Pour cela, le procureur a requis un non-lieu pour le policier.

Amadou résume sa déception en une phrase : « le conducteur avait deux avocats en fait : le sien et puis le procureur de la République ». Plus loin, je retrouve Yesoud, le petit frère de Mara Kanté : « Après avoir vécu l’épopée judiciaire de mon frère, j’étais pessimiste en arrivant à ce procès ». Douseyyy se souvient du procès des tireurs :  » il y avait beaucoup plus de monde « .

Le téléphone du jeune n’arrête pas de sonner. Ses amis du quartier veulent être tenus au courant. « Même si on a tourné la page, on veut avoir la justice, la vérité. Quel que soit le verdict, il n’y aura plus de débordement comme en 2007 ». 

Le procès s’achève. La cour a donné rendez-vous le 13 septembre pour le délibéré final. A la sortie, deux femmes brandissent une banderole  : Que justice soit faite. Non aux flics voyous. Cependant, elles n’ont rien à voir avec le procès et sont des proches d’Amin Bentousi, tué par balle en 2012 par un policier à Noisy-le-Sec. Les membres de la famille des deux jeunes de Villiers prennent leurs distances, restant dignes. Depuis le début de ce procès, les deux camps ont évité toutes sortes d’amalgames, comme l’ont souligné les avocats. Un dernier respect que méritaient au moins Mushim et Lakamy.

Rémi Hattinguais

 

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