Jeudi 14 h 30. À la recherche de la CPAM de Seine-Saint-Denis à Bobigny et un peu paumé entre les bus et les trams, je demande mon chemin à un jeune homme. « Bonne journée et bon courage surtout, il y’a du monde ! » me lance-t-il. Quelques minutes plus tard, je me retrouve devant un grand immeuble moderne et austère. Un bâtiment administratif, donc devant lequel une vingtaine de personnes attend. Une femme fait entrer les gens par petits groupes. Sur les vitres, une grande affiche affirme « L’assurance maladie, c’est 28 espaces d’accueils vous offrant le même service sur tout le département ».
Dans la file, certains habitent loin. « Je viens de Rosny-sous-Bois jusqu’ici pour faire un changement d’adresse. L’assurance maladie, c’est fermée là-bas. Il n’y a aucune information, même la mairie n’est pas au courant », se plaint un homme d’une cinquantaine d’années. Pourtant, Claude Capillon, le maire (UMP) de la commune, a tenté d’en savoir plus sur la raison de ces portes closes : « Je m’en suis ému il y a quelques semaines déjà, l’antenne ayant été fermée sans la moindre communication. J’ai sollicité un rendez-vous avec le directeur de la CPAM ». Ce dernier fait actuellement le tour des mairies du département pour annoncer son plan de diminution du nombre de centres d’accueil, qui va passer à 15.
Ce plan doit être mis en place à partir de juin, mais le mouvement semble déjà bien amorcé tant certains sont ouverts épisodiquement. À la sortie, Hanane, jeune maman, est en colère. « Je viens du Blanc-Mesnil avec mes deux enfants, je suis enceinte et j’ai fait la queue pendant une heure et demie ». Les petits sont agités, et ne tiennent plus en place. Elle les rappelle à l’ordre avant d’ajouter « Je voulais des renseignements concernant mon congé maternité ». Elle n’en a pas encore fini, « il faut encore remplir un dossier, patati patata ».
15 centres au total sur le département
À Pierrefitte, même problème. Selon le maire, Michel Fourcade (PS) « La CPAM est fermée. Sur le papier elle devrait tenir une permanence, mais dans les faits c’est rarement ouvert ». Les assurés sont renvoyés sur la ville de Stains qui ouvre aussi par intermittence. « Il faut que les gens qui ont recours à la Sécu soient informés correctement et ne soient pas trimballés dans diverses agences ». À Bondy aussi les rideaux ont été tirés du « 20 avril au 2 mai », sans plus d’explications sur l’affichette.
Nicolas le Bellec a annoncé également au Parisien l’implantation de bornes en libre-service pour les opérations simples. Pour Claude Capillon « Cela ne va pas aider les gens qui ne peuvent pas se déplacer où accéder à internet ». Pas sûr non plus que les Sequanos-Dionysiens le souhaitent. Christiane, une petite mamie souriante venue déposer un papier pour une prise en charge de placement en maison de repos préfère le contact : « Je ne l’ai pas envoyée par courrier parce que la première fois que j’ai envoyé un recommandé ils l’ont perdue ». Pas sur dans ces conditions qu’elle fasse confiance à une machine. Pas certain non plus que Jany puisse régler la situation de son cousin qui ne parle pas un mot de Français sur une borne : « Je suis venu en tant que traducteur. Il n’a pas eu sa carte vitale depuis qu’il a envoyé le formulaire, il y a environ six mois et on est là pour demander pourquoi ça met autant de temps ».
Nouvelle discrimination territoriale en Seine Saint-Denis ? Si Michel Fourcade tempère, ne sachant pas ce qui se passe ailleurs, il considère « anormal de traiter les gens de cette façon ». En Ile-de-France, la CPAM affiche en moyenne un peu plus d’une trentaine de centres d’accueil par département. Un passage à quinze dans le 93 représenterait une très claire inégalité. L’élu ajoute « nous avons des populations plus fragiles et je pense qu’on devrait mettre au contraire davantage de moyens pour les accompagner ».
Mathieu Blard

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