Si le changement dans les quartiers de Bondy nord s’est fait attendre, il a laissé de côté le voisinage, les commerces et tout ce qui en découle. La reconstruction du tissu social sera longue.

Le « carré », le « bleu »… ou Bondy Nord. Je viens chercher un ami qui réside tout près de la tour Grandgousier, en phase de démolition, dans l’idée de rénover le quartier. Mais à quel prix ? Lorsque je demande à mon ami l’image qu’il a de son quartier, il soupire : « C’était mieux avant, ils nous ont tous séparés, mes amis d’enfance sont loin, dans la tour y’a des squats, des trafics, des boîtes aux lettres toutes défoncées… Ça commence même dans mon bâtiment, l’autre fois, ils ont mis le feu dans la cave, je te jure ! »

Il était agacé, ajoutant qu’il ne savait vers qui se diriger, les gardiens ne prenant pas compte de ses plaintes, son père vire quotidiennement les jeunes de son bâtiment. Des jeunes qui changent de tête chaque jour, il affirme qu’ils n’habitent même pas dans les alentours : « Ils ont cassé les lampadaires, pas de lumière la nuit, j’ai failli tomber plusieurs fois en sortant de chez moi. Mais dis-moi, tu veux faire quoi ? Ça fait plus d’un an qu’on a reçu une foutue lettre pour avoir des codes et des interphones, mais rien ne se fait. Et, on nous prive de tous les commerces de la tour, je dois traverser le pont et aller à la limite du Blanc-Mesnil quand je veux aller à l’épicerie. L’Oasis, en bas de la tour, qui a bercé notre enfance, n’est plus là… Franchement, je vois que des mauvais points à ces changements qui ne font profiter que ceux qui partent ! »

Ambiance angoissante, la nuit, il n’y a pas une ombre de lumière. La mère de mon ami explique ce qu’elle vit au quotidien : « C’est l’insécurité, mais on ne peut pas partir, notre immeuble ne va pas être démoli ! Encore heureux que les habitants de la tour soient partis, les derniers habitants étaient complètement délaissés, ils se ravitaillaient en eau chez nous, il y avait des rats, des inconnus dans l’escalier sombre. Mon amie vivait au 15ème étage, sans ascenseur elle ne pouvait même plus m’inviter, alors on se croisait au marché… Mais bon, Dieu l’a épargnée… Et je n’imagine même pas ce qu’est devenue la tour aujourd’hui ! »

Sur ces mots, je comprends une nouvelle fois que la politique de la ville n’atteint pas les réels problèmes, elle relègue des quartiers et prive les habitants, qui souhaitent juste un peu de sécurité et quelques commerces. Elle atteint ses objectifs partiellement, certains sont « défavorisés », ils n’habitent pas dans le lieu qu’il faut.

« C’est la faute à pas de chance » Pourquoi utiliser des sommes énormes pour des projets qui ont des retombées aussi néfastes ? Mon ami et sa mère ne savent plus à qui s’adresser, que faire et commencent à s’habituer à l’idée de vivre dans ce que la majorité des gens appelle désormais « les quartiers difficiles » Je sais que bientôt ils ne s’énerveront plus… Comme bien des personnes habitant dans les quartiers « difficiles », qui finissent par accepter leur condition, celle de défavorisée, comme le nomme aisément les médias, entre autres.

Cette construction médiatique amène à l’idée que c’est la faute à personne. L’Etat invite les collectivités territoriales à se poser la question sur la relégation et l’enclavement des quartiers, puis celles-ci invitent les municipalités à le faire… Ce cercle vicieux, qu’incarne la décentralisation, fait monter une pression dans les quartiers. Puis finit par venir une forme de malheureux consentement des habitants, s’entendant rabâcher qu’ils sont délaissés. La rénovation urbaine, d’accord, mais en prenant en compte la totalité des concernés.

Sonia Bektou

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