Avouez ! Quand les témoins de Jéhovah sonnent à votre porte, vous leur jeter des cailloux, hein ? Hé bien, pas moi ! Moi, j’ai du cœur ! Je m’ouvre aux autres, moi ! Youyous, les chameaux, dialogue des religions et compagnie, j’y crois, monsieur ! Ouais, en fait, c’est surtout que je galérais comme un rat mort chez moi suite à une bonne sieste, en ce mois d’août où tous mes potes sont en vacances. Un témoin de Jéhovah ou un vendeur de carrelage à taquiner, c’est toujours ça de pris.

Face à ma mine engageante, ces culs-bénis m’abordent de cette façon : « Bonjour ! Est-ce que vous êtes préoccupé par le changement climatique ? – Un peu que ça me préoccupe, braves pèlerins ! C’est le mois d’aout et il pleut. – Ne vous inquiétez pas, car Dieu a dit dans la Bible, épitre 8 des psaumes de David, verset 9… – Magnifique ! Vous me rassurez bien là, mes bons chrétiens ! », m’exclamé-je candidement en entendant l’explication tarabiscotée de mes commerciaux de la religion. Là, ils sentent le bon client, vous voyez, d’autant qu’en leur ouvrant, j’avais enfilé mon tee-shirt à l’effigie du drapeau suisse, souvenir de Lausanne. La grosse croix blanche, ça les a tout de suite mis en confiance.

La conversation continue, on passe du changement climatique au respect des parents et tout le tsoin-tsoin. Ils sont un peu outrés quand je leur dis par galéjade (un nouveau mot que j’ai appris et que j’utilise tout le temps désormais), que les vieux faut les tuer à la naissance, mais je n’écoute déjà plus leur prêche. Un mal de tête affreux, un bourdonnement aigu dans ma caboche, le même que celui de Duncan McLéod quand il croise un autre immortel, me font perdre toute mon attention : un de ces témoins de Jéhovah est kabyle.

Oui, ca nous fait comme dans Highlander quand on croise un des nôtres. On a aussi nos lieux sacrés où on n’a pas le droit de se battre : les usines Fleury Michon (une mosquée dans chacun de nos petits hameaux n’y change rien, on a une réputation de mangeur de sangliers). « Enfant de la terre, mais qu’est-ce que tu fous avec eux ? », lui lancé-je dans un berbère d’épileptique. A peine surpris, il me répond : « Oh ! Tu sais, ils sont très gentils. Ils prônent une religion d’amour… » Si c’était une question de papier, il aurait dû faire comme tout le monde, épouser une grosse ; faut pas s’offusquer hein, moi, en même temps, je dis ça, je dis tout.

Je n’insiste pas sur le sujet, la conversion d’un de mes congénères, je m’en tape un peu à l’heure du goûter. Après tout, chacun fait ce qu’il veut. Vous nous en prenez un peu là-bas, on vous en prend un peu ici, c’est bon pour l’équilibre budgétaire, tout ça. Lui non plus n’insiste pas, il sent que je suis content de fêter mes anniversaires. Avec les autres par contre, des vrais bigorneaux sur un rocher, toute la Bible y passe. Ce n’est pas que ce soit particulièrement chiant, mais un grand verre de lait et un paquet de Granola m’attendent à la cuisine. Ils finissent néanmoins par conclure leurs diatribes d’un : « Alors, que pensez-vous de tout ca ? »

Ma réponse : « Ce que je pense de quoi ? De la Bible ou du réchauffement planétaire ? » Bibi, il est un peu con-con, je n’ai pas vraiment trop saisi le rapport entre Jésus, les Verts et la fonte des glaces. C’est bien évidement mon exégèse personnelle des évangiles qui les intéresse. Moi, j’ai déjà Windows Xp, je leur dis, je ne vais pas retourner à Windows 98 à quelques jours du Ramadan, tout de même… .

Idir Hocini

Idir Hocini

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