« Idir tu sors ? », « Euh non les gars je suis un peu fatigué, demain peut-être », J’ai du dégainer cette phrase une dizaine de fois, un odieux mensonge à l’endroit de mes amis pour couvrir mon évasion de Bondy. Le but ? Rejoindre Gwladis sur Paris, une superbe fille des îles qui m’a complètement ensorcelée. Quelques longues nuits de marche pour raccompagner la belle, des retours sur Bondy en taxi et 86 euros de dépenses diverses, c’est ce que m’a coûté la compagnie de cette jolie mulâtresse. Tout ça pour quedalle ! 80% de nos conversations tournaient autour de son mec qu’elle avait laissé au pays, moi qui croyais que les filles se lâchaient en vacances… Enfin il est inutile de pleurer sur le lait renversé d’autant que les 20% de palabres restantes ont mérité selon moi l’écriture de ce post.

Gwladis est une béké, c’est ainsi qu’on nomme en Guadeloupe les populations blanches installées sur l’île depuis plusieurs générations. Ce sont pour la plupart d’authentiques enfants du pays, dont les familles n’ont pas l’influence des grandes fortunes insulaires, cette douce enfant se plaît bien dans son coin de paradis, à une exception près : elle et sa famille ressentent ce qu’on connaît bien à Bondy, une discrimination à l’embauche. La mère de Gwladis est au chômage depuis une longue période et mon amie qui a activement recherché des petits boulots pour l’été n’a jamais eu de réponse positive. Étonnant au vu de son excellente présentation, qui permet souvent aux jeunes maghrébines et noires de banlieues d’avoir moins de difficultés à trouver un emploi que leurs frères. N’oublions pas aussi le fait qu’elles réussissent mieux à l’école, ne soyons pas misogyne.

Que viennent faire les discriminations dans cette histoire ? Gwladis m’affirme que la plupart des interlocuteurs sensés étudier les candidatures de sa mère et d’elle-même sont basanés, elle a senti comme une volonté de revanche de certains cadres noirs pour toutes ces années où ils ont du arracher de haute lutte leur poste à responsabilité. Elle est bien consciente que ce sont les blacks qui souffrent le plus de discrimination de manière générale, mais dans son île elle m’affirme qu’elle n’est pas la seule béké à ressentir cette hostilité. C’est d’autant plus navrant que ce sont toujours les mêmes qui trinquent, les gens modestes, ici les Européens particulièrement intégrés à la culture de l’île puisqu’ils parlent créole.

Que penser du témoignage de Gwladis ? En posant des questions dans la communauté guadeloupéenne et en faisant quelques recherches sur internet, il faut admettre que son sentiment est partagé par un certain nombre d’insulaires. D’un autre coté la Guadeloupe ne brille pas pour son marché de l’emploi, il est possible que certains blancs se soient si bien intégrés au fil des générations qu’ils connaissent la même situation que la majorité des guadeloupéens : des difficultés à l’emploi, indépendantes des discriminations, qui les poussent souvent à s’expatrier vers la métropole.

Toujours est-il qu’un racisme anti-blanc existe, on ne peut le nier, avoir la couleur du Doliprane n’est donc même pas une protection contre la xénophobie. Finalement, 86 euros dépensés pour découvrir un pan de cette saleté, je vais me consoler avec ça.

Idir Hocini

Idir Hocini

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