Ils soignent les autres mais qui soigne les soignants ? Au Centre cardiologique du nord, on a pris cette question au sérieux alors que la crise sanitaire a placé les personnels dans une pression intense au quotidien. C’est un de leurs collègues, Laurent Benacerraf, kinésithérapeute et osthéopathe de son état, qui a eu l’idée de les chouchouter à base de sophrologie.

Il a pris contact avec Gaëlle Piton, une sophrologue qui a l’habitude de voyager dans le département (et notamment dans ses écoles). Et c’est comme ça qu’ont pris forme ces séances gratuites de sophrologie, en présentiel ou en visioconférence. Avec un double intérêt : prendre soin d’eux et garantir aux malades la présence de soignants en meilleure forme physique et mentale.

« Comme nous étions forcément arrêtés dans nos cabinets, ça nous permettait de continuer à travailler, explique Gaëlle Piton. On s’est dit que ça pourrait être chouette de pouvoir, de manière citoyenne et solidaire, venir en aide aux soignants. On savait que nos outils permettaient de les accompagner sur la gestion du stress, la fatigue… »

Respiration, méditation, discussion…

Derrière des plateformes comme « I love sophro », un principe simple : proposer aux soignants des séances individuelles en téléconsultation. Maialen, infirmière en réanimation, a pu en profiter. « La crise a été un moment un peu difficile, on avait beaucoup de travail et d’heures supplémentaires et on était tous anxieux et fatigués, rappelle-t-elle. Ce dispositif était un bon moyen pour découvrir la sophrologie et pour déstresser. »

Comme elles, les soignants du centre cardiologue ont bénéficié de ces séances, prévues pour durer entre 30 minutes et une heure. Et débutées toujours de la même manière, par un point d’échange ou un temps d’accueil pour créer l’alliance, c’est-à-dire la relation essentielle entre le sophrologue et le patient.

Au cours de l’échange, des questions d’ordre général sont posées. « De quoi avez-vous besoin ? », par exemple, ce qui permet au sophrologue de trouver la technique adéquate. Ensuite, arrive la pratique. Souvent, il s’agit d’un temps plutôt assis ou debout. C’est d’ailleurs la spécificité de la sophrologie. Elle s’exerce rarement allongée. L’instructrice en méditation tient d’ailleurs à clarifier : « On parle de postures actives. Il y a un instant ou on ferme les yeux, on pratique les exercices. Je propose toujours à la personne d’enregistrer la séance en audio, pour qu’elle ait un support qu’elle peut utiliser après pour s’entraîner. » La session se termine par de la méditation.

Il est important de se recentrer sur soi de temps en temps

Gaëlle Piton résume ainsi les axes de travail de la sophrologie : « la respiration », qui s’accélère quand on est stressé, « le relâchement musculaire » et « la visualisation ». Elle éclaire ce dernier point : « On a tous une capacité formidable à imaginer des choses, mais notre corps ne fait pas la différence entre des scénarios catastrophistes et positifs. Comme par exemple des guérisons, des réussites d’examens. L’idée, c’est de les ressentir dans le corps. »

Comme ses collègues, Cécile, diététicienne au CCN, a adoré l’expérience : « Depuis quelques mois, je m’intéresse de plus en plus au développement personnel, souligne-t-elle. Je pense qu’il est important de se recentrer sur soi de temps en temps, et encore plus aujourd’hui avec la crise sanitaire qui nous touche. L’activité était proposée parmi d’autres et je trouvais intéressant de tenter l’expérience. »

Cécile a profité de l’autre type de séances, celles proposées à distance. « Sur Instagram, la sophrologue se connecte et accueille les internautes qui se joignent à la séance, détaille-t-elle. Ensuite, elle parle d’un thème ou de quelques livres qu’elle a lus, répond à quelques questions des internautes, et propose une séance de méditation. » 

La diététicienne évoque l’utilité de la sophrologie dans son travail : « Ça m’a permis de prendre un peu de temps pour moi d’une part, mais également quelques petites astuces pour me détendre et penser à autre chose. Je me souviens principalement de la respiration par le ventre et d’une petite méditation pour évacuer les idées, les laisser passer sans en tenir compte. Les séances s’avéraient indispensables pour mon équilibre émotionnel. »

Prolonger l’expérience ?

Maialen partage ce constat : « Ça a surtout été un moment de relaxation, ou on a pu s’échapper de tout le stress, comme une petite bulle de bien-être. Ça m’a permis de mieux travailler parce que j’étais moins fatiguée. »

Reste à savoir ce qu’il restera de cette expérience. Maialen reconnaît suivre encore « très peu » les séances de sophrologie mais elle ajoute : « Le soir, pour nous aider à dormir, Gaêlle nous a donné des techniques intéressantes. » Cécile abonde : « J’aimerais bien continuer la sophrologie, mais ce n’est pas forcément facile au quotidien. Je suis quelques séances sur internet de temps en temps. » 

Les techniques que l’instructrice en méditation leur a enseignées ont donc vocation à être utilisées de façon totalement autonome par les soignants, pour leur vie personnelle. Mais ce sont également des outils qu’ils peuvent mettre en application auprès des patients : méditation de pleine conscience sur la respiration et le son, expression de la gratitude sur les toutes petites choses du quotidien qui rendent heureux…

Les séances se sont arrêtées ce 31 mai, mais au vu du succès qu’elles ont rencontré, il n’est pas impossible d’imaginer la sophrologie s’installer plus durablement au centre cardiologique de Saint-Denis.

Hervé HINOPAY

Crédit photo : CCN

Articles liés

  • ‘Qui va accoucher les femmes ?’ : le cri d’alerte des sages-femmes de Saint-Denis

    A l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), l'annonce de la fermeture de plusieurs lits en salles de naissance a fait déborder le vase pour les sage-femmes en sous-effectif dans tout le département, alors que c’est là que l’on compte le plus de naissances en France. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 15/10/2021
  • Syndrome méditerranéen : quand le racisme et la violence s’invitent à l’hôpital

    En France, pour de nombreuses personnes racisées, l'accès aux soins peut aussi être une source de danger. Symptômes négligés, soins baclés, douleurs ignorées : des pratiques qui peuvent entraîner de graves séquelles jusqu'à des drames, souvent sous les radars médiatiques. Notre plus jeune contributrice, Kadidiatou Fofafana, s'est entretenue avec une soignante, témoin de violences hospitalières, pour comprendre la réalité du phénomène. Analyse.

    Par Kadidiatou Fofana
    Le 03/06/2021
  • Les étrangers meurent plus que les autres en France

    Professions plus exposées au Covid-19, logements plus petits, discrimination dans l’accès au soin… Tout au long de leur vie, les étrangers sont confrontés à la précarité et aux discriminations. Un drame social que l’on retrouve aussi dans le nombre de décès en France des personnes nées à l’étranger qui a augmenté deux fois plus que celui des autres en 2020. Témoignages et analyses.

    Par Pauline Chambost
    Le 04/05/2021