Avec le Covid-19, le pays est face à la plus grande crise sanitaire de son histoire récente. Et les alertes émises par les professionnels de santé, comme l’évolution de la situation chez nos voisins italiens, laisse présager un débordement de la capacité sanitaire française.

Malgré les mesures prise, plusieurs éléments laissent à penser que le virus est déjà en dissémination silencieuse dans bien plus de territoires qu’on ne peut le mesurer et que la vague de nouveaux cas ne va faire que croitre de manière exponentielle.

Face à cela, nos quartiers sont en première ligne, particulièrement exposés au développement de ce virus. Faut-il rappeler qu’un ouvrier a une espérance de vie huit ans moins grande qu’un cadre supérieur ? Tous les publics n’ont pas la même capacité individuelle à se prémunir face à la maladie.

C’est un fait majeur qu’il faut avoir sans cesse en tête à l’heure de construire les politiques publiques et sociales face au Covid-19. Un virus ne fait pas de distinction de classe, une épidémie si !

Comment expliquer cette surexposition à la propagation du virus ? Plusieurs raisons se conjuguent.

  • La non-appropriation du message de santé publique
  • Le recours tardif aux soins : les pauvres attendent beaucoup plus avant d’aller consulter (peur d’avancer des frais, tolérance à la douleur et aux symptômes plus importante, impression que « ça va passer tout seul »…)
  • Une offre de soins déjà saturée, une médecine de ville insuffisante, un Samu débordé…
  • Des pathologies chroniques surreprésentées dans nos QPV : diabète, maladies cardio-vasculaires… Les habitants sont plus fragiles et ont plus de risques de développer des formes sévères du Covid-19
  • Les centres d’hébergement nombreux à recevoir des publics sur 1 ou 2 nuits, la sur-occupation de nombreux logements et le risque accru de transmission que cela implique, avec des porteurs de virus plus volatiles qu’ailleurs

Le nombre de personnes sans-abri ou en hébergement précaire dans nos territoires est évidemment à prendre en compte. Il ajoute au risque de propagation du virus. Mais, avant tout, pour se confiner à domicile, il faut déjà avoir un domicile…

A la conjugaison de ces facteurs de santé publique s’ajoutent des enjeux de cohésion sociale. La défiance à l’égard des messages officiels, la circulation d’informations erronées ou de hoax, la difficulté d’accès au gel hydroalcoolique, l’absence de revenus de sécurité pour faire face à la crise…

Ici, les réactions peuvent être imprévisibles. La peur et l’appréhension irrationnelle de la pandémie peut conduire à certains comportements que l’on a vus, conduire à des erreurs individuelles et collectives aussi.

Voilà pour le constat. Mais, malgré ces risques importants, ces territoires ont de la ressource et il convient de le souligner. Les habitants des quartiers recèlent de résilience et de courage. Le président de la République l’a souligné à raison jeudi soir : la solidarité et la fraternité sont des remparts plus que pertinents pour enrayer la pandémie.

Pour utiliser ces leviers et d’autres encore, Banlieues Santé a préparé et finalisé un plan d’actions qui doit permettre à nos quartiers prioritaires « Politique de la Ville » de faire face à cette crise. Ce plan, que nous avons voulu concret et réalisable dès aujourd’hui, nous le tenons évidemment à disposition des pouvoirs publics et de tous les acteurs de la santé. Nous profitons de cette tribune pour les appeler, toutes et tous, à se réunir et à agir vite dans une direction commune.

Que chacun soit acteur de cette lutte

La condition de cette réussite est le lancement d’un élan populaire à l’échelle locale. Une mobilisation intelligente mais avant un message de santé publique qui parle à tous, qui rassure. Il faut que chacun(e) se mobilise, que chacun(e) soit le garant de son premier cercle et de son réseau. Que chacun(e) veille sur les plus fragiles, les personnes âgées, malades ou isolées.

Jamais le besoin de cohésion n’a été aussi fort. Vous vivez avec une personne vulnérable ? Essayez de garder une chambre pour elle et limitez vos contacts : pas de bises ou d’accolades, les repas pris séparément, permettez-lui de prendre elle-même sa température si besoin, veillez à ce qu’elle prenne son traitement habituel…

Vous connaissez une personne vulnérable, une personne âgée dans votre immeuble ? Appelez-la, par téléphone ou par interphone. Allez toquer à sa porte pour échanger – en gardant la porte fermée, même si vous l’aimez beaucoup. Demandez-lui si elle se sent bien, si elle a assez de médicaments, si elle n’a pas de fièvre. Demandez-lui si elle a besoin de quelque chose.

Si c’est utile, faites-lui ses courses, en vous lavant les mains avant et après, déposez-les devant sa porte et sans contact. Demandez-lui de désinfecter les emballages, de jeter les contenants avec des gants de ménage et de se laver les mains pendant au moins une minute après. Laissez-lui un numéro de téléphone et prenez régulièrement de ses nouvelles.

Si vous présentez vous-mêmes des symptômes comme la fièvre et la toux, limitez vos contacts et suivez les recommandations des autorités. Pour toutes et tous, un numéro vert est accessible pour répondre à vos questions et vos inquiétudes : 0800 130 000. Elle ne délivre pas de conseils médicaux mais répond à vos questions sur la pandémie et la conduite à suivre.

Enfin, un dernier conseil : soyez rassurants ! Ne pas céder à la panique est indispensable pour que chacun garde un comportement rationnel. Les choses vont s’arranger mais, pour le moment, que chacun(e) participe à limiter la propagation de ce virus.

Soyons solidaires et prudents à la fois. C’est sur ces deux jambes que nous avancerons, toutes et tous, vers la sortie de cette crise.

Solidairement,

Banlieues Santé

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