Ne plus se confronter au monde extérieur et éviter les interactions sociales. C’est ce qui a soulagé Fanny. Cette journaliste en recherche d’emploi souffre d’un trouble anxieux généralisé (TAG)  et d’anxiété sociale depuis une dizaine d’années ainsi que d’un trouble bipolaire depuis maintenant trois ans. Pour elle, le confinement a été un moyen d’apaiser son anxiété. « L’amélioration de ma condition vient plutôt d’un évitement, qui pour une fois ne vient pas de moi, explique-t-elle. Ne pas sortir, c’est éviter plein de situations sociales angoissantes. »

Même constat pour Leïla, atteinte de troubles anxio-dépressifs depuis le lycée : « J’ai pu relâcher une partie de la pression que je me mettais pour correspondre aux attentes des autres. » Le confinement a été un véritable apaisement. «  Cette situation a nettement diminué la charge sociale extérieure et m’a grandement soulagée », confie l’étudiante en socio-urbanisme. Celle qui ne se sent d’habitude pas « à la hauteur » pour accomplir certaines tâches du quotidien a vu son état psychique s’améliorer. «  C’était plus facile d’assumer d’être incapable de manger du chaud deux fois par jour, de ne pas avoir envie de sortir, de dormir beaucoup. »

Ce qui dérange le plus la jeune femme de 21 ans en temps normal est sa différence avec les autres. Un poids que le confinement lui a enlevé, puisque son quotidien casanier est devenu la conformité pour autrui. « Je pense qu’une grande partie de mes troubles vient du fait que je n’arrive pas à remplir mon rôle en société, analyse Leïla. Celui d’étudiante, de travailleuse, de jeune, de femme… Cela me culpabilise beaucoup d’être dans une sorte d’écart à la norme. »

Une peur du déconfinement ?

Le retour à la normale pourrait effrayer les personnes atteintes de troubles de l’humeur après cette période d’accalmie de deux mois. Clara, étudiante en école d’ingénieur, est quant à elle assez confiante. Celle qui souffre d’un trouble de l’humeur bipolaire explique : « Le déconfinement ne me fait pas peur car j’ai l’impression qu’être confinée a accéléré ma phase de repli sur moi-même, dit-elle. Maintenant, je pense être prête à revoir du monde. » Le contexte particulier pour les étudiants, qui ne retourneront pas en cours avant septembre, la rassure : « J’aurais sûrement été plus inquiète si j’avais dû y revenir avec tout le monde. »

Fanny souffre de trouble de l’anxiété généralisée, de phobie sociale et de bipolarité. Plus encore que le Covid-19, c’est davantage sa situation précaire de journaliste sans emploi qui la préoccupe. Trouver un travail, en pleine pandémie mondiale, est pour elle un parcours semé d’embûches. « J’avais envoyé une candidature juste avant le confinement, raconte-t-elle. Les rédactions ont sûrement dû faire face à des organisations catastrophiques et les ventes qui vont avec, donc peu de chance d’avoir des embauches en CDD de remplacement ou en ouverture de poste. »

Leïla entrevoit elle aussi la suite avec crainte. « J’ai peur d’une deuxième vague pour mes proches, ça c’est sûr. Mais je suis aussi stressée par avance de la pression sociale qui revient petit à petit, de tout ce qu’on va attendre de moi, de devoir trouver des excuses, des explications quand je n’ai pas envie ou ne peux pas sortir. »

Des premiers jours de déconfinement plutôt encourageants

Alors, leur déconfinement a été très progressif. « Je suis juste sortie faire des courses », déclare Fanny. « Le père de mon copain est passé aujourd’hui, donc situation sociale. Hier, j’ai dû gérer l’idée qu’il allait voir mon appartement et potentiellement avoir un jugement négatif, ce que provoque l’anxiété sociale. Mais ça a été ! Ça donne un aperçu de la reprise de la vie normale et de ses situations sociales. »

Clara a aussi bien vécu les premiers jours après le 11 mai. « Je suis seulement sortie hier soir pour retrouver mes amis et ça s’est très bien passé, se félicite-t-elle. Je n’ai pas l’impression que ça ait eu un impact sur mon trouble bipolaire. »

Pour Leïla, la transition a été un peu plus difficile. « Je me suis promenée avec des amis aujourd’hui. Ça m’a fait du bien de les voir. J’ai pu discuter, respirer un peu et marcher. Ça m’avait manqué ! Mais il y a beaucoup de gens dehors… Je me sens ultra-vigilante dans les lieux publics et c’est très fatigant de faire attention à soi et aux autres. »

La jeune femme a également dû sortir pour accéder à des soins psychiatriques qu’elle suit dans les locaux d’une association. « Le trajet de 45 minutes m’a épuisé. J’ai vu des violences policières sur le chemin, j’ai dû faire des changements de transports, le rendez-vous était beaucoup trop tôt pour mon horloge interne… » Elle ajoute : « J’ai l’impression que tout va trop vite dans ce déconfinement, j’étais quasiment mieux seule chez moi. »

Un avenir encore flou

Le confinement a eu des effets extrêmement divers pour les trois femmes dans leur vision de l’avenir. Pour Clara, la situation reste sensiblement la même. « C’est dur de se projeter dans l’avenir car mon humeur n’est pas stable », précise-t-elle. L’étudiante se dirige vers une nouvelle phase d’hypomanie, un trouble de l’humeur lié à la bipolarité et caractérisé par une irritabilité, des sautes d’humeur, de l’hyperactivité et des troubles du sommeil. « Je ne suis donc ni vraiment rassurée ni vraiment inquiète. »

Fanny, quant à elle, s’est confinée avec son copain. Cela l’a rassurée sur son avenir. Son anxiété sociale face à son compagnon a en effet diminué. « Avoir quelqu’un qui comprenne pourquoi tu réagis ainsi et qui t’aide à y faire face, c’est aussi quelque chose qui m’aide à me soigner. C’est surtout cet aspect-là qui me rassure pour l’avenir, parce que j’ai pu voir à toute petite échelle que je peux diminuer petit à petit l’anxiété sociale. »

Même si ses troubles anxio-dépressifs se sont apaisés, Leïla ne voit pas l’avenir d’un bon œil. «  Je ne suis pas du tout rassurée pour le futur… Je sens que c’est possible d’aller mieux, mais beaucoup de choses ne sont pas sous mon contrôle. » La jeune femme conclut, ironique : « si pour être mieux j’ai besoin d’une pandémie mondiale, je ne suis pas rendue ! »

Christophe HOSEBIAN-VARTANIAN

  • Souffrir de troubles de l’humeur n’est pas anodin. Des professionnels de santé peuvent vous aider. En cas de grande détresse, n’hésitez pas à appeler le 15 ou Suicide Écoute au 01 45 39 40 00. 
  • La situation sanitaire étant particulièrement anxiogène pour certains, si vous avez besoin d’une aide psychologique, appelez le 0800 130 000.

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