En psychologie, si l’on ne sait pas encore l’étendue des dégâts que le confinement aura sur les Français, on s’y prépare.

Il a fallu, d’abord, s’enquérir de celles et ceux déjà suivi(e)s. L’hypothèse de maintenir les rendez-vous a vite été balayée, comme le raconte Gwenola Niccolaïni, psychologue au centre médico-psychologique des Pavillons-sous-Bois : « La semaine dernière, nous n’avions pas de masques pour qui que ce soit donc par souci de sécurité, on ne peut plus demander à nos patients de venir, à moins d’être en urgence, d’être très angoissé ou d’avoir besoin d’un traitement particulier. »

Et pour tous les autres, comment gérer une période si singulière ? « Il faut normaliser le fait que l’anxiété devient la norme dans cette période », affirme Nathalie Rapoport-Hubschman, psychothérapeute à Paris. Cette spécialiste du stress, qui a travaillé pour les universités de Stanford et Harvard aux Etats-Unis, ne nie pas toutefois l’importance pour certains de maintenir un lien thérapeutique. « Il ne faut pas non plus se laisser submerger et ne pas hésiter à appeler si cela devient insurmontable. »

Des journées qui se ressemblent toutes

Les conséquences ne se mesureront pas immédiatement mais il est probable que les troubles anxieux soient plus nombreux après cette période. Plusieurs articles fleurissent sur Internet expliquant que le manque d’énergie et le malaise générés par cette période peuvent s’apparenter à un travail de deuil ou à un état de sidération. « Les humains ne vivent pas dans des bulles, il est donc normal que l’on soit dans un état de sidération, d’appréhension et de tristesse », justifie Nathalie Rapoport-Hubschman.

Gwenola Niccolaïni tente d’expliquer le lien entre confinement et troubles psychiques : « Le fait de ne pas pouvoir être avec ses proches, de ne pas savoir qui est infecté ou pas, et le fait que les nouvelles seront mauvaises avant d’être bonnes n’aident pas. »

Cet état peut générer des symptômes de dépression, comme l’hypersomnie, pour faire face à la réalité. « On remarque aussi qu’au début, beaucoup de gens se lançaient des vannes un peu comme un mécanisme de défense. A présent que l’on rentre bien dans la période confinée, cela tend à évoluer, les jours se ressemblent tous », évoque Gwenola Niccolaïni.

Pour les personnes qui sont obligées d’aller travailler, c’est aussi normal que la situation soit plus anxiogène : « C’est bien plus stressant pour les personnes qui sont dans l’incertitude, ou qui sont obligées de travailler de peur d’être licenciées, qui somme toute n’ont aucun contrôle sur la situation. Le plus important est de réinjecter du sens à ce que l’on fait : si l’on fait un métier important, si la contribution sociale est quelque chose qui nous tient à cœur, etc. »

Seul aspect pas complètement aliénant de ce confinement : les personnes devant bénéficier d’aide psychologique sont logées à la même enseigne que ceux qui n’en ont pas besoin. Un petit répit pour les premières qui peuvent parfois se retrouver moins sollicités par l’extérieur, confie Gwenola Niccolaïni.

Il faut lâcher la pression, ne pas s’en vouloir d’être moins productif

Certaines personnes évoquent un état anxieux généralisé, une réapparition de troubles obsessionnels compulsifs, des difficultés à se concentrer voire à se relaxer et un état de frustration qui s’installe… Le tout alors que, dans le même temps, se multiplient les injonctions à se sentir bien et rester productif en faisant du yoga, du pain, de la couture, en apprenant une nouvelle langue tout en s’occupant des activités manuelles des enfants et de son propre télétravail.

Une démarche contre-productive d’après Nathalie Rapoport-Hubschman : « La routine est cassée et nous n’avons plus tellement l’occasion d’avoir des interactions sociales, qui apportent de l’énergie. Il faut lâcher la pression et ne pas s’en vouloir d’être moins productif, de ne pas arriver à faire ce que l’on aurait voulu faire en temps normal. Il faut être bienveillant avec soi-même. » Pour Gwenola Niccolaïni, c’est là aussi tout l’intérêt de garder un lien thérapeutique car c’est en thérapie que l’on peut se défaire de ces injonctions.

Il faut aussi prendre en compte que le fait qu’être confiné ne veut pas spécialement dire « vacances impromptues en famille ». « C’est plus simple d’être confiné avec sa famille dans une grande maison avec un jardin, mais pour les personnes qui vivent seules dans un 20 mètres carré ou avec des d’autres qu’elles n’apprécient pas particulièrement, c’est bien plus compliqué », dit Nathalie Rapoport-Hubschman.

Des problèmes psychologiques peuvent en découler, mais ils dépendent beaucoup du narratif que l’on peut se créer. Comment une personne gère-t-elle son stress et par extension son confinement ? « Cette période peut engendrer plus d’émotions négatives et cela peut-être plus compliqué de retrouver un équilibre par la suite, d’où l’intérêt d’être vigilant et de mettre des mots sur ce que l’on ressent ». Cette méthode, utilisée en Amérique du Nord, permet de ne pas se laisser submerger par ses émotions et de prendre un peu de distance, pour profiter d’un peu de répit.

Et si c’était le déconfinement, le problème ?

Pour Nathalie Bigeon, psychologue à Tremblay-en-France, c’est plutôt le déconfinement qui va poser problème : « On va commencer à se demander comment cela va se passer, à voir notre maison comme un vrai cocon, où le sentiment de protection est majoré. Il peut y avoir des difficultés à retourner travailler à cause de ce sentiment que l’on est plus en sécurité chez soi. »

Les conséquences ne pourront malheureusement se mesurer qu’après : il y a très peu de littérature scientifique à disposition tant la situation est inédite et il va falloir du temps pour analyser la situation.

Pour Nathalie Rapoport-Hubschman, c’est un défi aussi bien psychologique que sanitaire. L’objectif, c’est que cela puisse contribuer à ce que l’aspect psychologique de tels événements ne soit plus au centre des préoccupations, mais aussi à trouver des méthodes simples pour gérer son stress et ses émotions.

Pour Gwenola Niccolaïni, le besoin d’accorder plus de fond à la psychologie et la psychiatrie, parfois considéré comme le « parent pauvre de la médecine française », se fait sentir même si il ne s’agit pas de la même temporalité : « Nous travaillons un peu dans l’ombre. En ce moment, ce qui est très important ce sont les services d’urgence. Mais cela ne veut pas dire que nous ne mettons pas notre pierre à l’édifice. »

La psychologue explique : « Nous faisons un travail en amont, un travail de prévention. Il y aura des conséquences individuelles, c’est certain. Mais il faut impérativement qu’il y ait des conséquences sur la fonction publique et sur l’importance qu’on lui apporte. Il y aura un avant et un après. »

Paloma VALLECILLO

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