« Je travaille avec un masque et une visière, ce que je n’imaginais pas faire il y a encore quelques mois. Mais c’est plutôt rassurant pour les gens de voir qu’on fait attention à eux, qu’on respecte les distances et qu’on fait tout pour les protéger. » Clément travaille depuis huit ans dans une petite pharmacie de quartier à Bondy, à quelques encablures de la gare.

Il est environ midi ce samedi et, pour la première fois depuis bien longtemps, le lieu est désert : « Au début de la crise, il y avait beaucoup plus de monde qu’avant, explique-t-il. Depuis quelques jours, on est revenu à un rythme normal. » L’explication est simple, selon lui : la clientèle qui affluait au début de l’épidémie pour réclamer des masques, du gel hydro-alcoolique et des médicaments a fini par se faire une raison.

Mais l’accalmie a été de courte durée. En cinq minutes, Clément est interrompu deux fois par des clients venus lui demander des masques. « Nous serons livrés la semaine prochaine, nous aurons des masques en coton, leur répond-il. Je ne sais pas quand ils arriveront précisément ni les prix de vente mais nous en aurons. »

Les masques arrivent… mais ils ne savent pas encore comment

Le gouvernement a autorisé samedi dernier les pharmaciens à commander et vendre des masques au grand public… dès lundi. Le temps d’acheminer les produits, il faudra plus raisonnablement attendre une à deux semaines pour avoir les précieux sésames dans les enseignes. Mais, là encore, le flou règne. « Les gens viennent nous dire ‘A partir du 4 mai, vous en aurez normalement’ mais on ne nous a même pas dit si on recevrait des stocks de l’Etat ou si quelqu’un irait nous en donner par un circuit officiel. »

Clément et ses collègues sont en quelque sorte livrés à eux-mêmes entre manque d’information de la part des autorités et pression des clients : « On reçoit sur notre ordinateur des notifications du ministère de la santé concernant l’approvisionnement des masques. Mais personnellement, je suis averti par la radio avant même d’être averti par ce système », témoigne-t-il avec amertume.

Face au manque de réactivité de l’Etat, la maire (PS) de Bondy Sylvine Thomassin assure sur son compte Facebook que la municipalité a distribué 30 000 masques. Les 10 pharmacies de la ville ont également été approvisionnées, déclare-t-elle.

Les gens sont raisonnablement angoissés de ne pas en avoir

A Bondy sud, au quartier Blanqui, la pharmacie des Saules a pu en bénéficier. Ici, pourtant, le coronavirus n’a pas spécialement chamboulé les habitudes : « Au début c’était un petit peu agité mais après 1 ou 2 semaines ça s’est rapidement calmé, indique Michel, le gérant. Beaucoup venaient pour des masques mais on en donnait que sur ordonnance. »

Il explique avoir été livré par son fournisseur habituel et, dans une moindre quantité, par la ville. « On est approvisionné mais pas en quantité nécessaire, dit-il néanmoins. Il y a toujours un peu de manque et on attend des informations sur les livraisons, lorsque les masques arrivent il n’y a pas forcément la quantité exacte. »

Même son de cloche à la pharmacie Drahy de la rue Jules où le gérant, Hervé Drahy, exerce dans la ville depuis 25 ans : « Le gouvernement nous a interdit de vendre des masques, regrette-t-il. Et les gens sont raisonnablement angoissés de ne pas en avoir. Si chacun en avait eu dès le début, on n’en serait pas là aujourd’hui. » déclare-t-il.

Des horaires décalés pour ne pas se croiser

Le pharmacien assure avoir fait le nécessaire une semaine avant le début du confinement pour protéger ses clients et son personnel : vitres de protections aux caisses, marquage au sol et rythme aménagé pour le personnel. « On a des horaires décalés entre nous pour que nous n’ayons pas à nous croiser sans masque, explique Hervé Drahy. On s’équipe les uns après les autres en arrivant, pour éviter que nous soyons exposés sans protection. »

A la gare, Clément a bénéficié du même type d’aménagements : « On a préféré ne plus faire de pause le midi et raccourcir un peu le soir : au lieu de faire 9-12h30 et 14h30-19h30, on ouvre de 9h à 18h. » Ce qui n’a pas empêché le jeune homme de vivre la période avec une petite appréhension : « Je suis jeune donc je n’ai jamais vraiment eu peur pour moi mais je vois des patients de plus de 75 ans tous les jours et c’est pour ça que j’ai commencé à mettre un masque. »

Avec l’arrivée des stocks de masques annoncés dans les prochains jours, Clément, Hervé, Michel et les autres pharmaciens se retrouvent en première ligne pour répondre à ce besoin pressant et urgent de la population.

Félix MUBENGA

Articles liés

  • A Bondy, le centre ambulatoire fonctionne encore

    Si l’épidémie recule, le virus, lui, continue de circuler. Dans cinq villes de Seine-Saint-Denis, des centres de dépistage montés dans l’urgence continuent de fonctionner et d’accueillir d’éventuels nouveaux patients contaminés. Reportage au Palais des sports de Bondy, où la coordinatrice Marmia Mamri nous raconte le fonctionnement de ce centre « Covisan ».

    Par Félix Mubenga
    Le 05/06/2020
  • La précarité, ce caillou dans la chaussure du système de santé français

    Dans les territoires les plus pauvres du pays, l’épidémie de coronavirus a déclenché une crise alimentaire qui pourrait subsister durant plusieurs mois. Aux distributions alimentaires, les files s’allongent et les denrées manquent. Le virus, lui, frappe toujours. Surtout les pauvres ? On peine à le savoir avec précision. Et c’est bien le problème. Long-format.

    Par Julie Déléant
    Le 30/05/2020
  • Face aux troubles de l’humeur, le confinement comme « soulagement »

    Le confinement a pu avoir des conséquences négatives sur la santé psychique de certain(e)s, comme nous vous l’expliquions le 13 avril dernier. Pour d’autres, en revanche, il a pu constituer une bouffée d’oxygène. C’est le cas de personnes atteintes de troubles de l’humeur, qui appréhendent en revanche le retour à la vie normale. Témoignages.

    Par Christophe Hosébian-Vartanian
    Le 19/05/2020