Il faut avoir les doses de vaccins mais aussi des personnes qui souhaitent se faire vacciner”. Lorsqu’on interroge Jean-Pierre, retraité francilien venu de Lagny-sur-Marne pour se faire vacciner avec sa femme au stade de France, l’enthousiasme est loin d’être au rendez-vous concernant la réussite de la vaccination en Île-de-France.

Pourtant, depuis le 6 avril, tous les efforts de logistique sanitaire, de communication, et de moyens humains sont mis en place dans le vaccinodrome géant du Stade de France à Saint-Denis. Le temple du sport abrite désormais l’un des plus grands centres de vaccination du territoire. “Le consortium du Stade de France à mis à disposition le stade gratuitement pour ce centre de vaccination” détaille Yves Auvergne, responsable marketing au consortium du Stade de France.

Un standard a été mis en place pour favoriser l’accès à la vaccination aux plus précaires.

Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 20h depuis le 06 avril, ce centre de vaccination vise à accélérer la campagne de vaccination en Ile-de-France, surtout en Seine-Saint-Denis, département qui a été très touché par la pandémie de Covid-19. Une initiative qui s’est faite attendre et qui a soulevé de nombreuses polémiques, notamment par rapport à d’autres villes de Seine-Saint-Denis, comme Stains, qui n’avait pas de centre de vaccination avant le 26 avril.

La moitié des stands de vaccination occupés

Alors que la campagne de vaccination est pour le moment réservée aux personnes âgées de plus de 55 ans, le vaccinodrome du Stade de France ne fait pas le plein. À l’intérieur de l’enceinte, sur les quarante points de vaccination, seulement près de la moitié est utilisée pour procéder aux injections de première ou deuxième dose.

Depuis l’ouverture du centre géant de Saint-Denis, près de 36 000 doses de vaccins ont été administrées. Des chiffres au-dessus des 10 000 doses hebdomadaires prévues. Les équipes de la mairie de Saint Denis, de la Croix-Rouge, ainsi que le personnel médical et les pompiers unissent leurs forces pour cette campagne de vaccination. “150 personnes sont mobilisés par jour.” indique Yves Auvergne. Une zone de surveillance a été mise en place afin de surveiller l’état des personnes après l’injection du vaccin.

Il y avait beaucoup de créneaux disponibles sur le site !

Je suis passé par la plateforme ‘Vite ma dose ! (plateforme permettant de trouver un rendez-vous de vaccination rapidement dans son département selon les créneaux de vaccination des plateformes de santé) pour prendre rendez-vous. Il y avait beaucoup de créneaux disponibles sur le site !”, indique Jean-Louis (50 ans) originaire de Nanterre (Hauts-de-Seine), qui vient de se faire injecter sa première dose.

Le fondateur de Covid Tracker, Guillaume Rozier, met en évidence les rendez-vous libres pour le Stade de France. 

De nombreux créneaux disponibles qui tardent à trouver preneurs avec la cible actuelle de la vaccination (+ de 55 ans), dans le département le plus jeune de France où l’âge moyen est de 35 ans. Le président du conseil départemental Stéphane Troussel mais également le maire d’Epinay-sur-Seine ont d’ailleurs appelé à abaisser l’âge de vaccination en Seine-Saint-Denis afin d’adapter au mieux la campagne vaccinale au département.

Dans la file d’attente, les patients viennent des différents départements de la région francilienne, de Seine-Saint-Denis, des Hauts-de-Seine ou de la Seine et Marne comme Maria et Jean-Pierre (68 ans) qui sont venus de Lagny-sur-Marne pour se faire vacciner.  “Il n’y avait aucun centre de vaccination qui avait des créneaux disponibles pour la vaccination” déclare Marie, assise avec son mari Jean-Pierre en zone de surveillance, après avoir reçu leur première dose de vaccin. “L’initiative est bien. La prise en charge est rapide et agréable” ajoute-elle.

Le couple a pris rendez-vous sur Doctolib, une plateforme en ligne dédiée à la prise de rendez-vous qui avait suscité de nombreuses polémiques en début de campagne de vaccination car les créneaux en Seine-Saint-Denis étaient plus occupés par des personnes venant d’autres départements, et notamment de Paris intra-muros. “Par contre il a fallu insister pour la prise de rendez-vous, le site plantait à chaque tentative!” s’exclame Maria.

Seulement la moitié des stands sont pour le moment occupés pour la vaccination.

Vaincre la peur du vaccin

Avec l’ouverture du vaccinodrome dyonisien et les autres présents sur le territoire français, le gouvernement espère atteindre son objectif. 30 millions de Français·es doivent avoir reçu au moins une première dose d’ici l’été. Pour l’instant, l’objectif semble être encore loin puisque actuellement, 14 millions de personnes ont reçu leur première dose.

Jean-Pierre espère que l’objectif sera atteint, mais reste réaliste en prenant en compte le nombre de doses de vaccin et la réticence de certain·es Français·es face à l’arrêt temporaire de la vaccination avec le serum AstraZeneca en mars dernier.

L’essentiel c’est de se protéger et protéger les autres pour retrouver une vie normale et les proches.

Abdelli (67 ans) est venue d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) car il n’y a aucun centre de vaccination dans sa ville. “C’était le centre de vaccination le plus proche avec celui de Pierrefitte. J’ai pris 25 minutes en transport pour venir ici », indique Abdelli. La retraitée encourage les personnes à se faire vacciner même si elle comprend les craintes qu’elles peuvent avoir par rapport aux vaccins et leurs effets secondaires. “Il faut se vacciner pour retrouver la vie d’avant mais je comprends les personnes qui ont peur des vaccins. L’essentiel c’est de se protéger et de protéger les autres pour retrouver une vie normale et les proches.” déclare Abdelli.

Une patiente parisienne en train de se faire injecter une dose de vaccin.

À la retraite, Abdelli travaille à mi-temps en tant que professeur dans les écoles françaises en Algérie, son pays d’origine. Avec les restrictions actuelles contre le Covid en Algérie, les opérations de rapatriement sont compliquées avec la fermeture des frontières algériennes. Abdelli espère retrouver ses proches au plus vite dès que la situation sera propice à un rapatriement. “J’attend mon rapatriement en Algérie depuis un moment. J’espère que d’ici l’été ce sera bon”, confie la Spinassienne.

Une plateforme téléphonique dédiée à la prise de rendez-vous pour les Séquano-Dionysiens

Pour encourager les résidents de la Seine-Saint-Denis à se faire vacciner, le département a mis en place une plateforme téléphonique réservée uniquement pour la prise de rendez-vous des personnes venant du département. “7000 rendez-vous ont été pris grâce à cette plateforme” déclare Yves Auvergne. Le standard s’occupe de prendre rendez-vous sur les plateformes pour les Séquano-Dionysiens en les dispatchant sur les créneaux horaires disponibles.

Le standard du centre de vaccination est équipé de 13 boxes dans lesquels une cinquantaine d’étudiant·e·s, qui vivent ou étudient en Seine-Saint-Denis, aident les habitants du département à la prise de rendez-vous.

Ouvert de 8h45 à 19h, ce standard tente de répondre à la fracture numérique accentuée par la prise de rendez-vous sur les plateformes. Des inégalités structurelles qui ont désavantagé les personnes âgées et précaires du département pour la vaccination. “Depuis le début de la crise sanitaire, il y a eu beaucoup de morbidité en Seine-Saint-Denis car la plupart des habitants exercent des métiers de premières de corvées. Cette plateforme va pallier les inégalités de la vaccination”, explique Brigitte Abel, manager du standard du centre de vaccination.

Les bénéficiaires nous disent que ça fait du bien d’avoir un standard qui est patient, calme. Beaucoup d’entre eux apprécient ce contact.

Le nombre d’appels peut atteindre 4000 par jour indique Sandra.”En moyenne quand la personne est d’accord pour se faire vacciner l’appel dure environ 5 minutes avant d’aboutir à une prise de rendez-vous et 10 minutes si elle est réticente pour se vacciner ou si elle à des questions”, indique la manager du standard. “Nous voulons vraiment aider les habitants de la Seine-Saint-Denis à aller dans un parcours de vaccination », ajoute-t-elle.

En attendant une ouverture de la vaccination à d’autres tranches d’âges de la population, les rendez-vous attendent toujours preneurs au Stade de France, dans une campagne vaccinale poussive en île-de-france comme ailleurs dans le pays.

Emeline Odi

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