Khalifa est jugé au tribunal correctionnel de Bobigny en comparution immédiate. On lui reproche d’avoir détenu, cédé et acquis de l’héroïne ainsi que de la cocaïne. Les faits sont les suivants : en  janvier 2010 la brigade des stups a reçu un appel anonyme faisant  état d’un trafic de stupéfiants orchestré par deux individus à Stains, en Seine-Saint-Denis. Des investigations ont été menées sur des numéros de téléphone.

Un certain nombre de personnes condamnées pour trafic de stupéfiants était contacté sur les numéros Khalifa. Le juge des  libertés a autorisé leur mise sous écoute. Cette procédure a permis de prouver que ces individus faisaient commerce de stupéfiants. Les preuves sont accablantes : sur une photo on peut voir le principal utilisateur de la ligne téléphonique procéder à une transaction de substances illicites. Plus tard, les deux clients qui figuraient sur la photo ont avoué que Khalifa était effectivement leur dealer en cocaïne.

Celui-ci est vite  interpellé dans un hôtel Formule 1, à Stains. Au cours de la perquisition, 170 euros et un gramme d’héroïne ont été saisies, ainsi que les téléphones servant aux transactions. Placé en garde à vue, Il reconnaît son implication dans l’affaire.

Après le rappel des faits, voici  l’échange entre la présidente de la cour  et Khalifa : « Vous vendez 10 à 15 boulettes par jour. C’est quoi une boulette ? demande la magistrate. – C’est un gramme, 40  à 50 euros, répond l’inculpé – Vous vous approvisionnez où ? – On me les ramène – Qui ? – J’ai peur des représailles. – A quel moment vous payez la transaction ? – Quand je n’ai plus rien. – Quand est-ce que vous payez la marchandise ? – Quand j’ai fini  les 10 grammes. – Et ça fait combien ? – Bah faut compter, Madame. Bon… Cela fait 350 grammes par jour et un bénéfice de 15 euros par gramme. – Le lieu du trafic maintenant. Vous disiez que vous vendez à Saint-Denis. Vous vendez où exactement ? – Je ne connais pas la rue… C’est près du secteur Midas à côté d’un collège et pas loin de la piscine la Baleine à Saint-Denis. – Vous avez été interdit sur le département de la Seine-Saint-Denis et sur le département du Val d’Oise… Ça ne vous pose pas de problème ? – Si, un peu. – Faudrait peut-être commencer à vous expliquer mieux que çà, je ne vais pas me contenter de trois mots à chaque réponse ! »

La parole est donnée au Parquet qui n’émet aucun doute sur la culpabilité du prévenu. « On parle de drogue dure et non de trafic de cannabis. C’est un trafic organisé et on agit sciemment en complicité avec d’autres individus. Quand je regarde Monsieur, je me rends compte qu’il n’y a aucune prise de conscience. Il pourrait quand même faire profil bas et éviter de s’expliquer avec peu de honte et une telle décontraction. Par ailleurs, il n’a aucune conscience des risques qu’il fait courir aux toxicomanes, il n’a même pas honte de dire qu’il trafique. Je demande à l’encontre de Monsieur une peine de dix-huit mois d’emprisonnement avec six mois de sursis. Je veux également que Monsieur parte immédiatement en prison et que son argent soit saisi. »

L’avocat de Khalifa considère qu’il est le maillon faible d’une grande chaîne basée sur le trafic de stupéfiants, autrement dit qu’il prend tous les risques. Eh oui, effectivement, il n’a pas conscience des risques qu’il prend en vendant des drogues : « Quand on a à peine 18 ans et qu’on habite au Clos Saint-Lazarre, on ne s’improvise pas trafiquant », argumente l’avocat. Khalifa est un jeune homme qui a déjà connu, mineur, une première incarcération de quatre mois, en juin 2010. Il a été placé à sa sortie sous contrôle judiciaire.

Son avocat désapprouve les réquisitions du procureur : « Si vous le remettez en prison, vous allez le détruire. J’aimerais à mon tour vous demander deux choses : d’une part, de  prendre conscience que vous êtes en train de juger un individu qui vient d’avoir 18 ans, d’autre part, n’imposez pas l’incarcération comme une normalité. »

Le verdict tombe. Le tribunal correctionnel déclare Khalifa coupable des faits qui lui sont reprochés et le condamne à dix-huit mois d’emprisonnement, dont cinq assortis d’un sursis, plus une mise à l’épreuve de deux ans.

Mimissa Barberis

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