À Noisy-le-Sec, trois fois par semaine on sort les gants, on monte sa garde dans cette toute nouvelle salle : Noisy Boxing Club. Le club de boxe est à l’initiative de trois amis, Foued, Miloud et Cyril. On y met les poings sur les I, les jabs sur les T. Lansala a enfilé les gants.

« J’étais l’entraîneur de Miloud à l’époque, il boxait en haut niveau et Cyril s’entraînait dans la même salle de boxe », lance Foued. Les gants, le ring tissent des liens solides qui donnent naissance à ce projet à l’image de leur vision de la boxe. « Dans les salles de boxe, c’est spécial, il y a souvent des embrouilles. Il y a plein d’entraîneurs et ça crée des rivalités. Ici on est sur la même longueur d’ondes, je connais Miloud depuis vingt-cinq ans et Cyril depuis sept ans » confie Foued, le temps que tout le monde se met en place.

19 heures 30, le son des cordes à sauter fend l’air dans une salle aménagée selon le principe du noble art. Chacun arrive et s’affaire sans ménagement, faisant honneur à ce sport de combat datant du XVIIIe siècle : la boxe anglaise. Le rythme s’accélère crescendo, par palier d’intensité selon les instructions de l’un des coachs. Personne ne semble faiblir. Discipline, effort, dépassement de soi, respect sont les mots d’ordre dans cette salle de boxe qui sens encore le neuf.

Après quarante minutes d’échauffements intenses, c’est l’heure d’enfiler les bandes. C’est parti pour du shadow boxing en binôme sous l’œil attentif des coachs, corrigeant les défauts techniques. On simule le combat, mais l’effort n’est pas des moindres. Les gouttes de sueurs perlent sur tous les fronts sans distinction, sans altérer leur motivation. À chaque gong, on change de partenaire, les boxeurs font face à des nouvelles stratégies, des nouveaux jeux de jambes.

photo-81Gants, dentiers et casques sont de sortie, les choses sérieuses commencent. Il y a des combats d’un côté et de l’autre des entraînements individuels. C’est la pédagogie à la dure qui prime : « oui ça fait mal, c’est avec les coups qu’on apprend » lance le coach. Les coups pleuvent, sous les multiples conseils de Miloud : « grandis toi, il y a en bas et en haut, action-réaction, allez on boxe…  » Pendant ce temps, il y a des leçons individuelles de l’autre côté de la pièce. On se focalise sur la cadence de frappe et les déplacements sous les conseils de Foued. Ils vont bientôt participer à leur tout premier match. 3

Dans leurs yeux, il n’y a que de l’excitation, la peur est restée sagement au vestiaire. « Je suis un vrai passionné de sport. J’ai commencé par le foot, j’ai ensuite pratiqué un peu de boxe thaï, après je me suis mis à la boxe » me lance Sofiane un jeune de 22 ans après sa leçon particulière. « On va dire que la passion pour la boxe s’est transmise de père en fils. Ce sport m’a permis de me canaliser dans la vie de tous les jours. J’évite les histoires, car je ne veux pas perdre ma licence, me dit-il sereinement. Je vais bientôt monter sur le ring. J’aimerai débuter une carrière dans cette discipline, après on verra bien … »

Dans l’autre salle, les jeunes bossent sur des sacs de frappes, coachés par Cyril. Le cardio et l’endurance sont de rigueur. On cogne et on oublie la routine et les frustrations quotidiennes. Ils se réunissent pour l’ultime sentence : pompes, abdominaux, gainage. Certains visages font la grimace.

photo-80Après l’effort, le réconfort.

Une surprise de taille fait irruption à la fin du supplice. Hassan N’dam l’ex-champion du monde WBA 2012 vient leur prodiguer des conseils, car deux d’entre-eux vont monter sur le ring le 19  janvier pour leur premier combat. L’attention est à son comble face au champion. Le temps d’une photo, ils peuvent croire davantage à leurs ambitions respectives. Ce moment inoubliable restera gravé dans leurs mémoires où un grand frère avec un palmarès impressionnant leur montre la voie à suivre.

Fight !

Le jour j est enfin arrivé. Dans le public, tout le club est assez fébrile. L’attente est longue et le stress monte pendant que des matches opposants d’autres club défilent. Chacun veut en découdre, porter les gants à la place des camarades en action. Les athlètes  montent sur le ring  et c’est un carton plein pour Noisy Boxing Club. Les deux jeunes boxeurs célèbrent leurs victoires de leurs premiers matchs. C’est des mois d’effort et de privation qui prennent fin dans un scénario qui conforte un peu plus le rêve de Kévin et de Sofiane. Rien n’est joué, le retour à la dur réalité : l’entraînement, car les prochains matchs arrivent à grand pas. photo-82

« Tout le monde veut être fort, les jeunes viennent à la salle avec l’envie d’apprendre à cogner. Quand tu mets les gants, tu peux être le plus grand dur de ton quartier, mais quand tu montes sur le ring il n’y a que toi et ton adversaire. C’est là que tu vois réellement à qui tu as à faire et que les petits jeunes apprennent à savoir qu’il y a toujours plus fort que soi » me confie Foued avant de fermer la salle.

Lansala Delcielo

 

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