« Il y a des mecs qui ne veulent pas mettre de préservatifs. Avec mon copain je l’ai déjà fait sans. J’ai fais un test et je n’ai rien. On s’aime mais il n’entend rien. J’avais la trouille de lui en parler, je transpirais, j’étais gênée et lui s’est énervé quand je lui en ai parlé. Je ne l’ai pas vu pendant une semaine et puis il est revenu en me disant que j’avais raison, qu’il allait en mettre. Ensuite il m’a dit que si j’insistais pour mettre un préservatif c’est que je ne l’aimais plus et qu’il allait trouver une autre copine. Je l’ai prévenue que s’il me trompait c’est la guerre ».

 

Prendre des risques cela fait partie de la vie. Se poser un milliard de questions quand on est jeune aussi.

Depuis juin dernier, Tête-à-tête accueille les 13-25 ans dans un espace ouvert d’information et d’écoute au coeur du centre commercial Rosny-2. Sexualité, VIH, drogues ou violences : aucun sujet n’est tabou.

«Pour que les jeunes viennent à nous, il faut oser aller là où ils vont ». C’est en partant de ce principe que le Conseil général de Seine-Saint-Denis, soucieux de développer la prévention des conduites à risque auprès des 13-25 ans du département, a innové en mettant à leur disposition, en pleine galerie marchande, un endroit accueillant où ils peuvent trouver les réponses aux questions qu’ils se posent.

Sur les 45 000 visiteurs quotidiens de Rosny-2, la moitié a en effet moins de 25 ans. « L’importance du flux et la nature du lieu permettent en outre de garantir une certaine discrétion », analyse un animateur. L’accueil y est libre et l’anonymat respecté. Les jeunes vont, viennent et reviennent à leur guise. Divers outils interactifs (ateliers, expos, cabines multimédias et coin vidéo) leur permettent de s’informer sur le corps, l’amour, la contraception, les IST et le sida, les violences, le tabac, le cannabis ou encore l’alcool, sans rien avoir à demander. Néanmoins, une équipe pluridisciplinaire (psychologue, assistance sociale, éducateurs, etc.) est présente pour les mettre à l’aise, les renseigner, les écouter et les orienter. Dans une ambiance design et sur fond musical, les jeunes peuvent aussi naviguer entre le vidéo Matton – pour s’exprimer devant une caméra –, la cabine d’essayage – pour apprendre à poser des capotes à l’abri des regards – ou encore le Totem distributeur de préservatifs.

 

Un box destiné aux entretiens a été prévu. « Cet espace a de suite servi. Très tôt, on a eu des jeunes avec des problématiques lourdes. La présence parmi nous d’une assistante sociale connaissant bien les ressources départementales s’est révélée être un grand atout ». Tête-à-tête entend également bientôt organiser des « consultations cannabis » afin d’aider les jeunes qui vivent difficilement leur consommation. L’objectif du projet est de coller aux besoins du public. « La sexualité et la consommation de produits sont au coeur de notre démarche, mais si d’autres thématiques émergent, autour du mal-être, du suicide ou autre, on réfléchira aux moyens de les traiter. Ici, tout a été conçu pour être modulable ».

 

L’espace a déjà reçu plusieurs centaines d’adolescents, mais aussi un grand nombre d’adultes, dont des parents déroutés, venus chercher des conseils pour mieux gérer le comportement de leur enfant. L’équipe reconnaît cependant que le public ciblé a encore du mal à venir. « Il faut que nous développions la communication et les partenariats. Nous aimerions aussi aller à la rencontre des jeunes dans Rosny-2. Pour l’instant, nous n’en avons pas le droit », regrette-t-il. Toutefois, l’équipe a d’ores et déjà des raisons de se réjouir : « Après une petite visite de curiosité, certains jeunes repassent, souvent avec un copain ou une copine. En outre, nous commençons à recevoir des adolescents non scolarisés des quartiers qui, eux, ont peu accès à l’information. »

Sada Fofana

Sada Fofana

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