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Cent vingt sujets proposés par une bonne centaine de lycéens; dix-huit enseignants associés à l’opération; huit étudiantes de l’école de journalisme de Sciences Po disposées à « coacher » les élèves. Ces dernières semaines, une formidable machine s’est mise en place pour donner la parole à des lycéens des banlieues de France. Ils viennent d’une douzaine d’établissements en zone d’éducation prioritaire que j’ai visités, dans l’Est (Moselle), le Nord (Pas-de-Calais), la région parisienne, à Lyon et dans le Sud (pour l’instant Perpignan, en attendant Marseille).

Je ne sais pas encore de quoi ce dispositif extraordinaire va accoucher. A ce jour, une vingtaine de textes sont arrivés, et il en vient régulièrement, avec cette lenteur obstinée qui signale une envie profonde. Ces textes ne sont pas toujours parfaits, il a fallu suggérer de couper ou de préciser, il a fallu parfois secouer la pensée pour aller plus loin que les évidences. Mais ces textes ne laissent jamais indifférent, pas seulement pour leur sincérité ou leur fraicheur d’expression, mais surtout pour les points de vue qu’ils amènent.

Il en est de malicieux (le récit d’une banale journée de lycée ou celui d’une tentative manquée de mariage forcé), de graves (un jeune qui interpelle ses compagnons de cité sur leur manque d’ambition), il en est d’insolites (l’interview d’un adolescent qui n’attend que ses 18 ans pour voter FN), ou de tendres (une histoire d’amour entre un Roméo noir et une Juliette blanche)… Je ne parle pas bien sûr des dizaines de sujets qui pour l’instant n’ont été que proposés, et qui peut-être sont en travail, peut-être n’existent que sur mes listes.

Dans les lycées que j’ai visités ces dernières semaines, j’avais l’impression de débarquer comme un commando: j’étais parachuté devant une classe, avec deux heures pour convaincre, et puis je devais décrocher pour aller ailleurs! Ma proposition tenait en une phrase: voilà le Bondy Blog, je vous propose de l’utiliser pour vous exprimer… En deux heures pourtant, les sujets tombaient comme des fruits mûrs – comme si l’appétit était là, comme si l’envie de s’exprimer et de prendre la parole ne demandait qu’à être réveillée.

De la coupe aux lèvres, il y a une distance. Tout l’enjeu désormais est que l’enthousiasme allumé lors de ces brèves et intenses rencontres ne s’éteigne pas. Tous les élèves qui s’expriment ici sont en Terminale, c’est pour eux l’année du bac et en plus ils font une préparation Sciences Po. Le Bondy Blog est une charge de travail supplémentaire. On peut parler de journalisme citoyen. On peut parler, plus simplement, de jeunes gens qui portent sur leur univers, celui de la banlieue, un regard qui n’appartient qu’à eux.

J’espère que leur enthousiasme vous touchera autant que moi, qui les ai rencontrés.

Alain Rebetez (L’Hebdo)

Alain Rebetez –

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