Mais qui sont ces « voleurs de poules » que nos gouvernants braquent de leurs pleins phares depuis plusieurs semaines ? Des dizaines de milliers de citoyens heurtés par les dérapages verbaux à répétition du pouvoir sont descendus samedi dans la rue pour protester contre « un racisme d’Etat » à l’encontre du « peuple le plus discriminé et le moins protégé en Europe », selon l’observation du Haut commissaire aux droits de l’homme de l’Union européenne.

Ces « bandits de grand chemin », tous mis dans la même roulote, forment en réalité deux catégories. La première, ce sont « les gens du voyages », soit près de 400 000 personnes, la plupart français. La seconde ce sont les « Roms », ils seraient 15 000, principalement originaires de Roumanie et de Bulgarie, et dont les deux-tiers sont des enfants. Le principal crime de nos compatriotes nomades est d’avoir décidé de vivre différemment au sein de notre pays. Les voici contraints de se placer hors la loi en occupant des terrains illégaux, malgré la loi Besson de juillet 2000 qui prévoyait après études et validations des élus territoriaux, 42 000 places de stationnements sur l’ensemble du territoire.

Dix ans après, seuls 14 000 emplacements existent, à peine plus d’un quart du nombre prévu, les maires des villes de plus de 5000 habitants étant les plus réfractaires à appliquer la loi. Ces derniers ne sont étrangement pas flashés par les préfets, d’ordinaire si zélés dans la course aux objectifs chiffrés. Prenons l’exemple des Hauts-de-Seine : sur les 300 emplacements théoriques réservés aux Gens du voyage, seuls 26 ont vu le jour, et ce, uniquement dans la ville de Colombes.

En ce qui concerne les Roms, la situation est encore plus complexe et pour tout dire, dramatique. Les premiers d’entre eux, venant de Roumanie, sont arrivés en France en 1989, profitant de la relative ouverture des frontières au lendemain de la chute du communisme pour fuir un pays qui les considérait et qui dans les faits les considère souvent encore comme une population inférieure descendant d’esclaves. Ils se sont d’abord installés à Nanterre. Les Parisiens les ont découverts dans le métro. A l’époque, ils les surnommaient « les Tziganes roumains de Nanterre », comme le rappelle Laurent El Ghozi, élu de Nanterre et président de la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les Gens du voyage.

Les Roms, citoyens européens depuis le 1er janvier 2007, font l’objet de mesures transitoires s’agissant de leur libre circulation à l’intérieur de l’UE. Ces mesures, dont l’une les oblige à justifier de ressources suffisantes au bout de trois mois d’établissement hors de leur pays d’origine, sont toutefois si restrictives qu’il leur est quasiment impossible de s’installer, de travailler et de vivre décemment en France comme ailleurs en Europe. La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a d’ailleurs recommandé, sans suite, leur levée immédiate.

Cette situation kafkaïenne engendre de dramatiques déficits en termes de suivis éducatifs et sociaux, et maintient les Roms dans la misère. Que pouvons-nous y faire ? On peut toujours, comme le fait le gouvernement, donner l’illusion de traiter le problème en désignant une population à une forme de vindicte, dans le but de divertir l’électorat angoissé face à la crise.

On peut aussi prendre le problème à bras-le-corps : en faisant respecter la loi Besson, associée à une véritable politique d’éducation et d’insertion. Cette politique « positive » à l’égard des 12 millions de Roms d’Europe ne peut être sérieusement menée qu’à l’échelle de l’UE, en faisant appel à la solidarité économique des Etats membres. Sinon, autant siphonner une marée noire avec un simple bidon d’essence.

Enfin, dans un souci d’honnêteté citoyenne, chacun de nous doit questionner son propre regard, rarement amène et généreux, sur les Roms, en se posant ces simples questions : ai-je cherché à connaître, à comprendre ou à rencontrer ces personnes « vivant » de l’autre côté du périph et faisant la manche dans les centres villes ?

Yacine Djaziri

Yacine Djaziri

Articles liés

  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 22/10/2021
  • À la petite boutique de Stains, le handicap a toute sa place

    Pour son premier reportage sur le terrain, Kadidiatou Fofana, en classe de seconde, s'est rendue à La Petite Boutique de Stains (Seine-Saint-Denis) qui agit pour l'emploi des personnes en situation de handicap. L'occasion pour elle de rencontrer Ophelie Esteve, qui gère les activités du lieu. Reportage.

    Par Kadidiatou Fofana
    Le 21/10/2021
  • ‘Qui va accoucher les femmes ?’ : le cri d’alerte des sages-femmes de Saint-Denis

    A l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), l'annonce de la fermeture de plusieurs lits en salles de naissance a fait déborder le vase pour les sage-femmes en sous-effectif dans tout le département, alors que c’est là que l’on compte le plus de naissances en France. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 15/10/2021