Moussa a 11 ans lorsqu’il arrive du Maroc et se retrouve au neuvième étage d’un immeuble de la cité Blanqui de Bondy, trois étages au dessus de Denis. Ils deviennent les meilleurs amis du monde. Les moments de galère, le foot en bas de la cité, ils partagent tout. A la fin des années 90, la cité dérape. Le petit frère de Moussa a des embrouilles avec des jeunes du quartier. Sa mère décide de déménager à Bondy Nord. Quelques temps plus tard, Denis et sa famille quittent aussi le quartier, car la ville a décidé de détruire la partie centrale de la grande barre, pour donner de l’air à la cité Blanqui. Moussa entre en conflit avec sa mère. Il s’en va seul respirer l’air du 77, vadrouille un peu, fait les quatre cent coups. Denis, lui, fait sa vie. Il se marie jeune, devient papa d’un petit garçon. Denis et Moussa n’habitent qu’à un kilomètre l’un de l’autre, mais ne se croisent plus. Ils ne sont plus dans le même délire.

Lorsqu’ils se retrouvent quelques années plus tard, Moussa est revenu sur le droit chemin. Un « grand » de la cité Blanqui l’a fait entrer dans sa boîte comme conducteur d’engin. Denis n’a pas trop le moral. Son couple patine, son job à Intermarché le fatigue. Moussa le fait embaucher, le forme à la conduite d’engins. Ils retrouvent l’amitié de leurs 17 ans. Denis se sépare de sa femme et se retrouve seul dans son grand appart. Moussa lui remonte le moral mais galère pour se loger. Alors ils s’installent en collocation, et ça dure depuis quatre ans. Lorsque l’un est du soir, il prépare en rentrant la gamelle pour celui du matin, et vice-versa. Quand Denis reçoit son fils de huit ans, c’est Moussa qui se met aux fourneaux. L’été dernier, ils partent tous deux au Maroc. Sans savoir que Moussa retomberait sur une de ses cousines, son amour d’enfance. Il l’épouse sur le champ. Denis est de la fête. Aujourd’hui, Moussa court les administrations françaises pour faire venir sa femme. Denis l’aide dans ses démarches. Si tout va bien, elle sera là cet été et les deux amis devront à nouveau se séparer… jusqu’à la prochaine fois.

Mohamed Hamidi

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