Vendredi 22 septembre, la projection de « Indigènes » en présence de l’équipe du film dans la salle de l’étoile en plein milieu de la Courneuve attire les foules.
Une dizaine de classes de collégiens et de lycéens du département sont venues accompagnées de leurs professeurs.
La production a tout organisé pour que ce film joue un rôle pédagogique auprès des jeunes générations, afin que celles-ci sachent quel rôle ont joué les tirailleurs dans l’Histoire de France et en particulier durant la deuxième guerre mondiale.

Pour le coup l’ambiance est surchauffée car plus que le film ce qui fait évènement auprès des élèves c’est la présence de l’équipe, auréolée de la palme de d’or de l’interprétation masculine au dernier festival de Cannes.
Mais emploi du temps oblige, le débat aura lieu avant le film, ce qui en soi n’a pas beaucoup de sens. Mais les jeunes sont déjà touchés que les comédiens se déplacent pour discuter avec eux.

Avant le film, une brochette de conseillers à la culture, de conseillers généraux, régionaux squattent les devants et disent combien ils sont contents (blah… blah..) …combien ils soutiennent (blah blah….). La salle est tout de suite plus difficile à tenir.

Puis arrive l’équipe du film, enfin une partie. Rachid Bouchareb, le réalisateur et Samy Nacéri. L’acteur de Taxi fait des ravages à l’applaudimètre. Après tout on est au cinéma !
La discussion est un peu tendue, tout le monde est un peu mal à l’aise. Les profs ont bien essayé de préparer ce débat mais, sans avoir vu le film, les jeunes se décoincent difficilement. La première question tombe : « Il est où Djamel Debbouze ? »
« Sur une autre projection » répond sèchement Rachid Bouchareb, un peu agacé.
Il explique combien il était important pour lui de venir à La Courneuve. Lui qui a habité Bobigny jusque l’âge de 25 ans et qui a mis plus de 10 ans pour mettre en place ce film qui rend hommage aux tirailleurs Africains.
Il est vrai qu’avec « Indigènes », il a fait un film politique dans le vrai sens du terme. Il porte le combat pour la revalorisation des pensions des tirailleurs Africains, gelées en 1959. Il se bat avec d’autres armes, beaucoup plus puissantes et plus populaires.
Comme il l’a répété sur les plateaux télé, le film a été projeté à l’Elysée et Jacques Chirac vient d’annoncer qu’il a décidé de mettre fin à cette incroyable injustice.

Samy Nacéri dit avec beaucoup de sincérité sa joie d’être dans cette salle. Il explique que ses profs d’Histoire, qui pourtant étaient de bons profs selon lui, ne lui avaient jamais dit que des membres de sa famille s’étaient battus pour la France. Il termine en disant : « Il faut juste savoir que dans l’Histoire de France, il y a eu Marie Antoinette, Louis XIV mais il y a nous aussi, nos familles, nos grands parents. L’Histoire de le France, c’est aussi notre Histoire. »

Tout va un peu vite, les élèves participent peu, ils ont l’air un peu déçus. L’équipe s’en va, la salle s’éteint, les premières images du générique arrivent.

Puis la salle s’allume à nouveau. Interrogations !
Et là, arrive comme une bombe Djamel Debbouzze, qui traverse la salle en courant.
C’est l’euphorie totale. Tous les jeunes se lèvent pour l’acclamer. Les portables sortent par dizaines pour prendre des photos.
Veste Adidas, bob vissé sur la tête, c’est impressionnant ce que Djamel peut avoir comme pouvoir sur les jeunes. Avec lui, pas de détails, pas de manières, tout le monde se détend.
Il commence comme dans ses spectacles en disant : « Sur la tête de ma mère, comment je suis content d’être là !» .Des mots simples et efficaces. Il parle de la nécessité pour les jeunes de connaître leur propre Histoire. Il leur demande d’interroger leurs parents, leurs grands parents. Quand un jeune lui coupe la parole pour faire le malin, il lui lance : « Ta gueule, tu vois pas que je suis en train de parler !». La vanne laisse sur place le gamin qui se fait chambrer par toute la salle.
Puis Djamel repart comme il est venu, en courant sous les cris du public.
Le film peut alors commencer.

Mohamed Hamidi

Mohamed Hamidi

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