L’initiative prend forme à la suite des terribles événements qui ont secoué la France à la fin de l’année 2015, et aux réactions peu fraternelles qui s’en sont suivies. La conférence de presse se tenait d’ailleurs aux abords du stade de France, au 21 de la rue Jules Rimet, à quelques mètres à peine de l’un des lieux des attentats du 13 novembre. Pour Patrick Braouezec, l’endroit est symbolique et cet observatoire permet de « réagir et montrer que la fraternité existe sur ce territoire ».
Le constat
Rien de neuf sous le soleil, mais il est toujours bon de faire des rappels. La Seine-Saint-Denis est un département « stigmatisé », tant politiquement que médiatiquement, l’ensemble des intervenants du jour s’accorde à le dire, Braouezec en tête. Les inégalités y sont également plus fortes qu’ailleurs. Selon Catherine Choquet, présidente de la ligue des droits de l’homme en Seine-Saint-Denis le territoire ressemble à « un pays en développement, ou un pays émergent ». Pour Didier Ménard, médecin aux Francs-Moisins (Saint-Denis) à la moustache fournie et un brin désuète, la métaphore médicale est de mise. Le pragmatisme aussi : « Une théorie s’impose selon laquelle chercher à expliquer les causes de la radicalisation serait de fait une justification. En tant que médecin, je ne peux pas comprendre une pathologie pour choisir un traitement adapté sans en comprendre les causes. Tout ce qui peut me permettre de bien comprendre ce qui se vit et ce qui ce dit (…) est pour moi primordial ». C’est la raison pour laquelle il soutient cet observatoire, et d’ajouter « le projet politique ne permet plus de croire en un avenir meilleur ».
Les actions
L’observatoire souhaite agir sur deux volets : la promotion des initiatives fraternelles, mais aussi une fonction d’alerte pour lutter contre ce qui porte atteinte à ce principe républicain. Aline Archimbaud détaille les actions à mettre en place à l’avenir. « Dans les mois qui viennent, il s’agira de faire signer un manifeste pour la fraternité pour entrer en contact avec le grand public. » Pour compléter, une centaine de jeunes en service civique seront mis à contribution pour entrer en contact avec les gens. Une exposition itinérante sera organisée. Un site internet a été créé, pour promouvoir les initiatives qui existent déjà. D’autres initiatives pourront être portées également par l’observatoire. Enfin, des débats seront organisé et un rapport annuel pourra être publié.
« L’idée est aussi de mettre en place un réseau de fraternités locales dans les villes du département. Nous irons voir tous les maires républicains de droite et de gauche sans à priori. » Si le réseau se veut apolitique, il est clair que le gouvernement n’est pas en odeur de sainteté. La présidente de la LDH du département ne voit pas nos représentants comme de fervents défenseurs de la fraternité. Les discours récents l’agacent : « On nous trouve des Moleenbeck partout en Seine-Saint-Denis ». Certains débats, aussi : « Le débat sur la déchéance de nationalité a fait des dégâts terribles. On nous avait promis le droit de vote pour les résidents étrangers et on nous amène la déchéance de nationalité ! »
Cet observatoire est une création originale, à la frontière entre la politique classique et le monde associatif, qui devrait à terme se transformer en association. Benjamin Pitcho, avocat à la cour et maître de conférences à l’université Paris VIII, créateur de la clinique juridique qui offre une assistance juridique pour les populations défavorisées du 93, est convaincu : « Je ne veux pas rester au stade de l’indignation. Cela ne suffit pas. Il faut travailler ensemble pour des actions coordonnées ».
Au 4 avril, l’appel compte 110 signataires allant de Sylvine Thomassin, maire de Bondy (PS), au slameur Grand Corps Malade en passant par Malamine Koné, PDG d’airness.
Mathieu Blard

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