L’inconnu près de chez soi. Julia Cordonnier, photographe, a demandé à dix jeunes parisiens et dix jeunes de la banlieue nord d’effectuer un échange de quartiers, le temps, pour eux, de réaliser un travail photographique. Astrid, 25 ans, habite Epinay : « On a beaucoup de préjugés, que ce soit sur la banlieue ou sur Paris. Le fait de participer à cette expérience m’a permis de voir les choses par moi-même. Julia m’a proposé la Place Blanche, dans le quartier de Pigalle, à Paris, et j’ai accepté. La journée, il ne s’y passe pas grand-chose mais la nuit, c’est carrément un autre monde, on a tous ces touristes qui montrent leurs fesses ou leurs torses, ou qui font leur Marilyn Monroe au-dessus de la bouche d’aération qu’il y a là-bas, c’est super ! »

Sabrina, 27 ans, a photographié Aubervilliers et vu son sourire, elle ne semble pas le regretter : « Ça a développé mon sens de l’observation, ma manière de manipuler un appareil photo. » Elle se souvient d’un chien qui n’était pas chaud pour être pris en photo : « J’ai déjà très peur des chiens à la base. Un jour, un chien a failli me sauter dessus mais heureusement, il était bien attaché. A part ça, tout s’est très bien passé et si je pouvais je recommencerais l’an prochain, ça serait avec plaisir. » L’aventure, en effet, reprend en janvier 2009. Pour pouvoir vous inscrire, envoyer un mail à backstreetprod@gmail.com et tous les détails vous seront fournis.

En parlant avec Eriola, 23 ans, je m’aperçois qu’un véritable échange s’est produit entre les jeunes photographes. « Je suis d’Aubervilliers et Sabrina du 19e, alors on s’est aidé pour pouvoir aller dans le quartier de l’autre. Je lui ai présenté Aubervilliers en la guidant, en lui parlant d’endroits clés de la ville et elle en a fait de même pour moi. » Erolia, étudiant en cinéma, dit qu’il a maintenant l’intention d’ouvrir un atelier photo pour les jeunes de sa ville.

Sa sœur a aussi participé au projet, elle s’appelle Alexandra, elle a 15 ans, ce qui fait d’elle, la benjamine du groupe. « Je me suis rendu compte que la photo, ce n’était pas si facile que ça en a l’air, il faut parfois recommencer plusieurs fois ses clichés, mais sinon, j’ai vraiment trouvé ça sympa. » Nina, 18 ans, fait déjà de la photo et aimerait en faire son métier. Le projet lui a permis de se forger un peu plus et d’affronter l’autre : « Lorsque l’on prend des photos en extérieur, les gens vous regardent en voulant savoir ce qu’il se passe, j’ai trouvé ça intéressant d’être confronté à ces regards. » Pour l’exposition, Nina a fait de superbes photos dans le Marais, quartier juif et gay qu’elle trouve « très vivant ».

Après avoir discuté avec les photographes en herbe, je me suis intéressée aux spectateurs. Diane, Juliette et Julien, 18 ans tous trois, sont d’accord : « C’est très actuelle comme exposition et ça montre bien qu’il y a des bonnes choses à Paris comme en banlieue, ou que Paris ce n’est pas que des monuments mais aussi de la vie. Ça casse un peu les préjugés et puis, le jeu de mots Diverses cités, on le ressent bien dans les photos. C’est sympa comme expo ! » Marc, un ingénieur de 37 ans est aussi sous le charme : « Ça m’a aussi donné envie d’aller à Drancy pour aller voir cet ancien camp de travail de plus près. C’est fou, c’est à côté mais on n’y va pas forcément. »

Vous l’aurez compris, l’exposition a plu et parvient à rendre l’atmosphère de Paris et de sa banlieue nord : un couple d’homosexuels bras-dessus bras-dessous, un gentleman par excellence pris de dos, des visages, des rues, des sols, des tombes, ou encore arrêts de bus… L’histoire d’amour qui unit Paris et son périph avec ses hauts et ses bas, racontée en quelques clichées. L’accrochage des photographies fait que le cimetière du Père Lachaise côtoie le cimetière franco-musulman de Bobigny ou que Notre-Dame de Paris jouxte la basilique de Saint-Denis entre autres. On ressort de cette expo le sourire aux lèvres.

Ndembo Boueya

*Les photos sont/seront visibles :
Confluences, 190 bld de Charonne dans le 20eme jusqu’au 16 novembre
Café Expo à l’université Paris 13 (Villetaneuse) du 24 novembre au 5 décembre
Mairie d’Aubervilliers courant janvier
Sur http://ww.diversescites.blogspot.com

Ndembo Boueya

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