2005-2015 : SOUVIENS-TOI ? Les blogueurs se rappellent de leur octobre et novembre 2005. 
Le jeudi 27 octobre 2005, Zyed Benna et Bouna Traoré ont respectivement 15 et 17 ans lorsqu’ils trouvent la mort dans un transformateur électrique, poursuivis par la police, à Clichy Sous Bois.
J’en ai alors 14 et je suis en quatrième dans un coin tranquille de Colombes, une banlieue du 92. J’y coule des jours paisibles, entre Pro Evolution Soccer 5, sur PlayStation 2, le square d’à côté et les filles après lesquelles je cours, sans grande réussite. Mais je m’en fous, depuis peu, j’ai la permission de 7 heures et un téléphone portable, alors je me sens libre. Une vie assez similaire à celle de Zyed et Bouna. Sur le petit terrain où tout le monde joue à deux pas de chez moi, on aurait même pu taper la balle ensemble. Mais « on n’est pas nés du même côté de la bourgeoisie » aurait dit Renaud. C’est peut être pour cela que je ne me rappelle pas de ce jour. Je ne suis pas les infos. Je préfère amplement lire en boucle les mêmes BD ou appeler des potes jusqu’à point d’heure.
Quand leur mort est annoncée, je prends cela pour un fait divers. Je ne vois pas un instant que les banlieues vont s’embraser. D’ailleurs, lorsqu’elles s’embrasent, je ne m’intéresse pas à l’affaire, trop occupé que je suis à ne pas faire mes devoirs. Je n’ai aucun souvenir de ce jour tragique, où deux jeunes garçons qui auraient pu être des « grands » de mon collège sont électrocutés. Là où je vis, la police, on lui demande son chemin. On s’en moque gentiment dans la cour, pour être « street crédible », en reprenant les vannes médiocres de « Taxi 2 », mais personne n’est dupe. Quand on va aux boums organisées par des habitants du quartier pavillonnaire de Colombes, on ne court pas devant un Képi. Et puis d’ailleurs, dans le film, à la fin, les flics ils bossent avec Sami Naceri pour arrêter les vrais méchants. Les tensions sociales, on les voit à la télé, ou dans les opus de « Grand Theft Auto » sur console.
Depuis mon cocon petit bourgeois, bien protégé de la vraie vie, je n’ai pas conscience que ce pays est fracturé et violent. J’ai l’adolescence insouciante que tentaient de vivre Zyed Benna et Bouna Traoré. Sauf qu’eux, ils ont été rattrapés par la vie dans un territoire où les rapports entre la jeunesse et les forces de l’ordre sont en permanence tendus. Et hélas, ils en sont morts.
Mathieu Blard

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