Dimanche, hippodrome de Longchamp. Plus que quelques heures avant la clôture de la dixième édition de Solidays. Mais pas question de mettre les voiles trop tôt. La fête se consomme et se consume jusqu’à la dernière minute, sans modération. Alors que les festivaliers se déchaînent encore et que la file d’attente est interminable pour l’attraction du saut à l’élastique, Wendy et Marie dessinent calmement. Etrange activité en plein brouhaha et sous le soleil chauffant, mais les adolescentes n’oublient pas la cause principale du festival, la lutte contre le VIH. Elles dessinent pour l’association Sol-en-si.

Pour ces deux demoiselles de 17 ans, qui « ont pris connaissance de cette maladie grâce à la télé » et qui estiment que « c’est une maladie vachement médiatisée », le festival « arrive à changer les mentalités de certains ». Mais à l’intérieur de la petite tente blanche installée pour l’occasion, la présidente de Sol-en-Si, Marie-José Mallet, n’a pas le même point de vue. Elle se désole que les jeunes « ne connaissent pas assez le problème ». Est-ce à dire que les avis sur la prévention du Sida varient selon les âges ?

L’Orchestre National de Barbès monte sur l’une des scènes. Le soleil tape toujours, les poubelles débordent de canettes et certains s’affalent à même la pelouse (plus jaune que verte), profitant des derniers moments. Au stand de Ni putes Ni soumises, dans le village associatif du festival, on pense aussi que les jeunes ne sont pas assez informés. « Il faut faire un guide pour les 8-11 ans », lance Noémie, une militante de l’association. Hacina Zermane* approuve. Cette mère de famille de Villiers-le-Bel, « séropositive depuis octobre 84 » et militante, dit « tout » à ses enfants. L’un a 14 ans, l’autre 18. « Dès l’âge de 8 ans, ils savaient que j’étais malade et était au courant de la maladie », affirme cette femme, qui a écrit son histoire de séropositive dans un livre.

Qui croire ? Les jeunes jurent en savoir assez sur le VIH. Léo, 11 ans : « J’en connais beaucoup grâce à la télé, l’école et l’entourage. » Les associations, elles, se désolent du déficit d’information sur une maladie qui semble pourtant largement médiatisée.

20 heures : IAM entame son show, le dernier de ces trois jours enflammés. Les tentes disparaissent. Mais, pour tout le monde, « la lutte continue ».

Mehdi Meklat

*Hacina Zermane, auteur, avec Myriam Mascarello, de « Sheh ! Bien fait pour toi ! », Ed. Des femmes.

Mehdi Meklat

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