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#LESBÂTISSEURS Le soir du 24 décembre, Nawel Djerbi et sa famille, propriétaires du restaurant Home’lette au Raincy (Seine-Saint-Denis), ont ouvert les portes de leur établissement à toutes les personnes sans-abris qui le souhaitaient. Dans une ambiance chaleureuse, conviviale et généreuse, chacun a pu commander le repas de son choix. Reportage.

Au restaurant Home’lette Raincy, la soirée du 24 décembre était placée sous le signe de la convivialité et du partage. Plutôt que de fermer leur établissement, Nawel Djerbi et sa famille ont décidé d’accueillir des personnes sans domicile fixe et de leur offrir un bon repas. « Leur situation nous touche. Toute l’année on offre à manger aux sans-abris, alors pour le réveillon, on s’est dit qu’il fallait les aider de cette manière », raconte Nawel Djerbi, une pointe d’émotion dans la voix. Confiseries et boissons diverses sur les tables, musique festive et boules de Noël suspendues aux étagères, chaque détail a été soigné pour que les personnes présentes passent un bon réveillon.

« Permettre à nos invités de choisir leur repas »

Pour mettre en place cette belle initiative, trois jours ont suffi à ces restaurateurs au grand cœur. Ils ont installé un réchaud au-dessus des tables disposées à l’extérieur, et prévenu le plus de personnes possibles via Internet ou grâce au bouche-à-oreille. « L’association « Les colis du cœur » a relayé l’information sur les réseaux sociaux. On a aussi été très touché de voir que des clients nous appelaient pour nous proposer leur aide », poursuit Nawel.

Plutôt que de composer un menu spécial, l’équipe du Raincy a préféré laisser à chacun la possibilité de choisir son plat. Bagel, omelette, salade, viande ou poisson : tous les repas inscrits sur la carte de l’établissement étaient proposés. En plus de ces plats chauds, des cookies, brownies, muffins et autres desserts gourmands étaient offerts aux invités du jour. « Tout a été organisé pour eux, peu importe ce que cela nous coûte », résume Nawel.

Entre émotion et reconnaissance, des sans-abris « touchés par la démarche »

Guillaume, 40 ans, à la rue depuis 6 mois, en compagnie de Nawal Djerbi, co-gérante du restaurant

Guillaume, 40 ans, à la rue depuis 6 mois, en compagnie de Nawal Djerbi, co-gérante du restaurant

Attablé au fond de la salle, Guillaume, qui vit dans la rue depuis six mois, vient de commander un bagel au poulet et des frites. Cet ancien barbier-coiffeur, âgé de 40 ans, se dit « impressionné par la générosité des restaurateurs. Sans cette initiative, j’aurais passé Noël seul, dans la rue ». Touché de constater que « certaines personnes, s’inquiètent pour lui », il pense à son projet de « partir à Dakar pour ouvrir un restaurant avec Amadou, un ami sénégalais avec qui il vit dehors ». Un rêve auquel il s’accroche courageusement pour montrer à Martin, son fils de 11 ans, qu’il « ne se laisse pas aller malgré les multiples barrières qu’il doit franchir ».

René Vanelle, 45 ans, vit dehors depuis plusieurs années. Ici, aux côtés de la maman de Nawal Djerbi.

René Vanelle, 45 ans, vit dehors depuis plusieurs années. Ici, aux côtés de la maman de Nawal Djerbi.

Comme lui, René Vanelle, 45 ans, se dit « très touché par la démarche de Nawel et sa famille ». Lui qui vit dehors depuis plusieurs années avec son fidèle berger-allemand affirme n’avoir jamais vu un restaurant faire ça. Fatigué par le froid et par des années d’une vie sans confort, il « rêve d’un logement, qu’il réclame depuis très longtemps » et dans lequel il pourrait accueillir son fils Matthias.

« Nous sommes musulmans, nous ne fêtons pas Noël mais nous voulions montrer que l’on peut s’entraider »

Quelques tables plus loin, Bernard, un sans-abri âgé de 63 ans, mange une crêpe bretonne avec appétit. A ses côtés, Yassine et Laura, deux bénévoles des Restos du Cœur, l’écoutent attentivement évoquer ses origines. Né en Egypte, il a grandi au sein de la communauté copte avant de rejoindre la Bretagne et vit désormais dans les rues de Bobigny, en banlieue parisienne.

Comme lui, une centaine de personnes ont répondu à l’invitation des restaurateurs. Parmi eux, une famille d’origine africaine, une autre de confession musulmane, des sans-abris de différentes cultures et religions, jeunes ou plus âgés, seuls ou en famille. Pour Nawel, le plus important était « de montrer que nous sommes tous égaux. Nous accueillons tout le monde, peu importe les croyances ou non. Nous-mêmes, nous sommes musulmans, nous ne fêtons pas Noël mais nous voulions montrer que l’on peut s’entraider ». Un message particulièrement fort et émouvant dans le contexte de tensions sociales et identitaires actuel.

Une expérience que la restauratrice compte renouveler

Heureuse d’avoir pu organiser ce bel événement, la restauratrice confie « avoir l’intention de réitérer l’expérience. Je pense qu’on ouvrira à nouveau notre restaurant aux sans-abris l’année prochaine, et peut-être pas que pour Noël ». Une perspective séduisante pour Bernard, qui aimerait « beaucoup que cette expérience se renouvelle. Ce serait super de pouvoir revenir le soir du 31 ! ».

Optimiste, la restauratrice espère que cette initiative « incitera d’autres commerçants et restaurateurs à faire un geste pour les plus démunis » comme l’onglerie voisine qui a choisi de proposer une manucure gratuite aux femmes qui n’ont habituellement pas les moyens de s‘en payer une. « Si tout le monde faisait de même, ne serait-ce que pour une soirée, la situation des sans-abris s’améliorerait considérablement ».

Cette initiative aura finalement permis à plusieurs dizaines de personnes dans le besoin de passer un Noël festif et convivial. Reconnaissants et heureux malgré les difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent, les invités ont évoqué leurs rêves, leurs espoirs mais aussi leurs « coups de blues ». Entre plaisanteries, émotions et rencontres, cette belle soirée a rappelé à tout le monde que Noël doit avant tout être un moment de partage et de solidarité.

Maëva LAHMI

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