En Seine-Saint-Denis aussi, les électeurs choisissent Benoît Hamon et expliquent pourquoi

POLITIQUE lundi 30 janvier 2017

Par Ilyes Ramdani

[PRIMAIRE DE LA GAUCHE] Vainqueur à une large majorité (58%) de la primaire de gauche, Benoît Hamon l’a également emporté haut-la-main en Seine-Saint-Denis. Dimanche, les reporters du Bondy Blog ont écouté, aux quatre coins du département, ces électeurs qui ont donné leur voix à l’élu de Trappes pour comprendre les raisons de leur vote. Revenu universel, propos sur l’identité et l’islam, position anti-Valls : celles-ci sont nombreuses.

Cela fait partie des choses difficiles à quantifier. Mais la candidature de Benoît Hamon semble avoir bénéficié, dans les quartiers populaires, d’un appui non négligeable au premier comme au second tour de la primaire de gauche. Cela n’est probablement pas étranger aux efforts faits en ce sens par l’ancien ministre de l’Éducation, comme l’illustre sa journée de jeudi passée, à quelques jours du scrutin, en Seine-Saint-Denis. Résultat : Hamon est arrivé, dans le 93 comme à l’échelle nationale, en tête des suffrages lors des deux tours.

À Bondy, Saint-Denis, Aubervilliers, Drancy ou encore Montreuil, nous avons cherché à comprendre les raisons du vote Hamon dans les quartiers. Car celui-ci était loin d’être évident. En plus de souffrir d’un déficit de notoriété (certains habitants rencontrés ces derniers jours ignoraient qui il était), l’élu de Trappes a réussi à percer dans des territoires où l’abstention et la déception envers le Parti socialiste restent les marqueurs politiques les plus partagés. Je n’avais pas été voter depuis 2012, explique par exemple Nacira, gestionnaire dans un établissement public de Saint-Denis. Je me suis inscrite sur les listes électorales à quelques jours du 31 décembre, spécialement pour voter Hamon”.

“Depuis pas mal de temps, on votait pour le moins pire. Aujourd’hui, j’ai voté pour celui qui portera les vraies valeurs de la gauche”

Dans la même ville, Bouchaïb, un cadre supérieur d’une cinquantaine d’années, affirme lui aussi avoir voté par adhésion et conviction. “Depuis pas mal de temps, on votait pour le moins pire, dit-il. Aujourd’hui, j’ai voté pour celui qui portera les vraies valeurs de la gauche. Je n’avais plus eu ce sentiment depuis Jospin.” Benjamin, un jeune actif de 31 ans, renchérit. Il y a de la fraîcheur dans son programme. Il pose des sujets dans le débat politique, il fait des propositions”.

Une méthode qui a donc visiblement plu à ses électeurs. “Je le trouve très à l’écoute, apprécie Marie-Pierre, une Dyonisienne de 52 ans. J’ai l’impression qu’il est vraiment attentif à ce que pensent les citoyens, qu’il y a chez lui une notion de collectif qui est très présente”. Nacira a également apprécié le “style” Hamon. “Il est sûr de lui sans être arrogant, il a l’air de croire en ce qu’il dit et en ce qu’il veut faire. Et puis, son programme était clair, élaboré, bien préparé. Il a une vision et des idées”.

“Sa conception de la laïcité, c’est celle du vivre-ensemble, celle de la loi de 1905, celle que l’on vit tous les jours ici. Pas celle qui nous angoisse”

Parmi elles, de nombreuses propositions écologistes qui ont séduit des électeurs séquano-dyonisiens. “J’avais envie de faire pencher la balance pour une gauche ouverte, une gauche forte, explique Marie-Pierre. Hamon a mis l’écologie au centre de son programme. Il m’a convaincu là-dessus lors du débat”. Morgane, 26 ans, ne dit pas autre chose. “Il propose une vision globale qui change de ce qu’on a pu entendre, notamment en abordant des sujets comme la transition écologique. Il nous fait un peu croire au changement”.

En Seine-Saint-Denis, le discours de Benoît Hamon sur les questions identitaires semble également avoir fait mouche. L’ancien ministre de l’Éducation s’est principalement intéressé aux questions sociales et écologiques, au détriment des polémiques sur l’islam ou la sécurité par exemple. Il a remis au cœur du débat des sujets de gauche : l’école, la formation, le revenu universel, salue Mehdi, un banquier d’Aubervilliers. Il n’a pas fait de l’identité et de l’islam une priorité de sa campagne. Ça fait du bien.” A Saint-Ouen, Aïssa partage le même avis. “Sa conception de la laïcité, c’est celle du vivre-ensemble, celle de la loi de 1905… Bref, celle que l’on vit tous les jours ici. Pas celle qui nous angoisse.

“Valls, je viens pour le sanctionner”

En creux, il faut aussi entendre dans ce discours une critique de l’obsession de Manuel Valls sur ces thématiques. Et, plus globalement, de la personnalité politique de l’ancien Premier ministre. Je n’ai pas voté au premier tour, mais je suis venu aujourd’hui pour faire payer le gouvernement, assure Mamadou, un chauffeur de taxi de 52 ans. Valls, je viens pour le sanctionner. On ne peut pas concilier les deux gauches. Manuel Valls l’a dit lui-même: il y a deux gauches irréconciliables. C’est lui qui différencie, il va payer ce qu’il a semé”.

A Aubervilliers, on croise Fethi Chouder. Ancien militant socialiste, passé par le Parti de gauche, le trentenaire est maire-adjoint à la jeunesse de cette ville dirigée par une maire communiste. Ce qui ne l’a pas empêché de voter à la primaire de la Belle Alliance Populaire. “Il y avait une nécessité de sanctionner Manuel Valls, explique-t-il. Mais j’ai aussi voté pour le projet économique et social de Hamon, très ancré à gauche, sa vision sur le revenu universel d’existence et sur la planification écologique, sa conception très claire de la laïcité”. La logique politique voudrait que l’élu se range à présent derrière Jean-Luc Mélenchon, pour qui il avait fait campagne en 2012. Mais lui préfère parler rassemblement. Pour l’instant, ce que je sais, c’est que je veux pousser un mouvement large pour que l’un se mette derrière l’autre. Peu importe lequel ! Ce qui compte, ce sont les idées“. Sinon, “ce serait peut-être pour Mélenchon, son programme étant plus poussé sur la partie sociale… mais je suis largement Hamon-compatible ! Sur le terrain, le rassemblement de la gauche prôné par Benoît Hamon est peut-être mieux engagé que dans les arcanes des partis.

Ilyes RAMDANI

Crédit photo : June RODRIGO