Sélection en master : "Pour nous, étudiants, le bilan est plutôt amer"

AMBIANCE jeudi 28 septembre 2017

Par Ferial Latreche

Souvenez-vous, en juin dernier, le Bondy Blog évoquait les difficultés de ces étudiants à la recherche d’un master. Après avoir été décidée en 2016, la sélection en première année de master a été appliquée pour la première fois cette année. L’occasion de prendre des nouvelles de Sarah, Oumayama et leurs camarades. Où en sont-ils ? Ont-ils décroché le précieux sésame ? Et quel premier enseignement peut-on tirer de cette réforme ?

“Déception et désillusion”. Voilà les premiers mots de Sarah, 22 ans, diplômée d’une Licence d’Histoire à l’Université Paris-Sorbonne, que nous avons interrogée cet été alors qu’elle recherchait un master pour la rentrée. Après un long soupir, elle enchaîne : “J’ai postulé à quatre masters, tous à l’université. J’ai été très déçue de n’avoir été acceptée dans aucun d’entre eux”, rapporte la jeune fille. Elle s’est alors dirigée par défaut vers une formation payante, en optant pour un master gestion des ressources humaines dans une école privée de Rambouillet. “À défaut d’avoir été admise à l’université, je me suis dit : ‘et pourquoi pas se tourner vers des écoles ?’ Mais cette alternative est un luxe que la majorité des étudiants ne peuvent pas se permettre, reconnaît Sarah.

Pour la première fois cette année, les étudiants sont triés à l’entrée du master. Les universités ont sélectionné les étudiants qui souhaitaient entamer le second cycle d’études en fixant des critères d’admision et une capacité d’accueil. “Je veux qu’on réforme ce master pour organiser une orientation maîtrisée dans l’intérêt de tous”, avait annoncé Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’éducation, il y a un an, lorsqu’elle a présenté son projet de loi sur la sélection en master, pour la rentrée 2017. La réalité s’est finalement révélée tout autre pour nombre d’étudiants en dernière année de licence. C’est ce que certains d’entre eux nous racontaient en juin dernier : manque d’informations, procédure complètement floue, sentiment d’abandon, difficulté à faire valoir le droit à la poursuite d’études…

“Toutes mes candidatures ont été refusées. Je suis tombée de très haut”

L’issue est bien plus heureuse pour Oumayama, qui comme les autres étudiants interrogés requiert l’anonymat. L’étudiante de 21 ans a trouvé chaussure à son pied. “Après avoir passé le concours et les entretiens, j’ai été acceptée à l’IAE de Paris (Institut d’administration des entreprises, ndlr). Bilan positif donc puisque j’ai eu l’école que je voulais avec l’alternance qui va avec”.

Dans le lot des témoignages que nous avons recueillis, le cas d’Oumayama fait presque figure d’exception. En cette fin septembre, des étudiants attendent toujours dans une certaine confusion. Pour beaucoup, la recherche d’un master a été un parcours du combattant, qui a duré tout l’été et qui s’est terminé par un échec cuisant. C’est le cas de Mélissa 22 ans, licenciée ès Lettres Modernes Appliquées (LMA) à l’Université Paris-Sorbonne. Toutes mes candidatures ont été refusées. Je suis tombée de très haut. J’espérais être prise dans au moins un de mes choix, relate-t-elle, dépitée. Pour nous, étudiants, le bilan est plutôt amer”.

Même désillusion pour Rayanne, 23 ans, ancien étudiant parisien en licence d’ingénierie mécanique à l’UPMC (université Pierre et Marie Curie), et Rebecca, 22 ans, étudiante en commerce international à l’université de Créteil. Cinq dossiers de candidature, cinq échecs pour le jeune homme. Quant à Rebecca, elle nous confie avoir postulé à plus de 9 masters, dont 6 dans des établissements parisiens. “Je n’ai été acceptée dans aucun de ces établissement parisiens. Pourtant je présente un parcours académique cohérent et complémentaire avec ces masters, mon dossier est loin d’être mauvais… Je n’ai même pas eu la chance d’avoir, ne serait-ce, qu’un entretien”, explique-t-elle, encore très agacée. Son avenir se joue désormais sur les trois formations restantes. En attendant, elle ne suit aucune formation, quand ses amis ont repris les cours sur les bancs de la fac.

Un droit à la poursuite d’études déficient

Pour autant, Rebecca et Rayane ne sont pas restés les bras croisés. Les deux étudiants ont saisi le rectorat de leur académie pour trouver une formation. En effet, la réforme prévoit un droit à la poursuite d’études : si un étudiant n’est admis dans aucun master auquel il a postulé, il peut déposer un recours en ligne auprès du rectorat de sa région afin que celui-ci lui assigne une place en master, en prenant en compte son projet d’études et ses aspirations professionnelles.

En théorie du moins. Car en réalité, cette procédure tarde à aboutir d’après nos deux étudiants. “J’ai saisi mon recteur fin août. Je suis toujours sans réponse aujourd’hui malgré des relances”, lâche Rebecca. Même situation pour Rayane qui a formulé un recours auprès du recteur au mois de juillet. En vain.

Fin juillet, ils étaient déjà 1 016 à avoir saisi le recteur de leur académie alors que le nombre de candidats à l’entrée en master 1 est d’environ 96 000, selon le ministère de l’enseignement supérieur. Ils sont désormais 2 257, a annoncé la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, dans son discours de rentrée du 28 septembre. Un chiffre qui peut paraître faible si l’on oublie d’inclure les étudiants qui n’ont pas pu saisir le recteur dans les temps, ou encore ceux qui ont vu leur recours refusé

Alors, que faire ?

Mélissa conseille d’anticiper : “Il faut commencer à effectuer des recherches sur les masters dès le début de la licence 3 et non à la fin parce que les délais pour déposer un dossier sont très courts”.

Autre option : “Faire un break dans ses études supérieures, recommande Oumayma, ce n’est pas la mort ! L’année dernière, j’ai lâché mon master 1 en cours de route car cela ne me correspondait pas. Cela m’a permis de me recentrer sur moi-même, m’interroger sur ce que je voulais vraiment”. Ou alors refaire une licence en troisième année, une alternative souvent suggérée par les universités afin de réadapter le parcours de l’élève et augmenter ses chances d’entrer en master l’année suivante. En somme, des cache-misère en guise de “solutions”, en attendant de régler le fond du problème.

Ferial LATRECHE