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« You’re the one that I want ouh ouh ouh honey », chantonné-je lors de mon épopée vers la gloire, dans le bus 146, direction les Bosquets, à Montfermeil. Ces paroles tournent en boucle dans mon iPod. Enthousiasmée par la venue de John Travolta, j’avais déjà préparé la chorégraphie de « Grease », qui a électrisé toute ma jeunesse. Je me voyais être déjà la nouvelle Olivia Newton John du 9-3. Arrivée au terminus, j’ai l’impression de poser le pied dans un pays au lendemain d’une guerre : immeubles en ruine, débris, quartier délabré. La musique de « Grease » disparaît peu à peu de mon esprit, remplacée par celle du « Bon, la brute et le truand ». J’entre dans les Bosquets et appréhende mon excursion. Pourquoi Travolta s’intéresse-t-il à ce lieu ?

J‘aperçois un jeune habitant, il m‘interpelle : « Vous n‘êtes pas d‘ici, vous. » « Ça se voit tant que ça », me dis-je tout bas. « Vous êtes là pour Travolta ? », poursuit-il. Je lui demande comment il est au courant de la venue, ici, de la star américaine. « Ça se passe chez nous et tu crois qu’on va pas être au courant ? » Ce jeune nommé Farid accepte d’être mon guide touristique, il me conduit sur le lieu du casting de figurants. La cité ressemble à ces quartiers vétustes d‘Alger.

Gentleman, Farid m’accompagne jusqu’à l’entrée du casting : les candidats figurants ont un formulaire à remplir et posent pour une photo en pied. Ça ne prend que quelques minutes. Mais où est John ? « John Travolta ne sera pas là avant la mi-octobre », me répond une jeune femme. « Pour la choré, ajoute-t-elle, je crois ne pas qu’il y en ait une de prévue. » Comment ? Pas de danse ! Aurais-je passé la semaine à réactualiser mes pas de twist en vain ? À mon grand désespoir, je demande à la jeune femme quelles scènes vont être tournées aux Bosquets. Elle m’explique que « plusieurs scènes seront tournées ici, beaucoup dans des cages d’escaliers et au pied de l’immeuble de dix étages qui va bientôt être démoli, on aura également des scènes d’explosions de voitures ». Quel dépaysement pour les Montfermellois !

La fièvre du samedi soir version 93, ça donne « From Paris With Love », un thriller signé Luc Besson, qui n’a sûrement pas pris par hasard les Bosquets pour décor. Ce choix s’inscrit dans la continuité de ses actions visant à dynamiser les quartiers sensibles, et certains jeunes placent beaucoup d’espoir dans ce tournage.

C’est le cas de Mourad, qui souhaite que ce film lui permette d’être repéré pour ses talents d’acteur : « Il y a tellement de talents ici, que personne ne voit jamais, c’est l’occasion de prouver ce que l’on vaut. » Julie aussi profite de l’occasion pour se faire connaître : « Je fais des études en cinéma et je suis super contente de cette opportunité, j’ai apporté des CV, je les donnerai au plus de personnes possibles. » Les figurants recevront 100 euros pour chaque jour de figuration, « avec un budget de 38 millions d’euros encore heureux qu’on soit payés ! », lance Farid.

Sur le chemin du retour, mon « guide » me raconte un peu la vie aux Bosquets. Il se sent mis à l’écart du monde extérieur. « Montfermeil ne possède pas sa propre gare, pour prendre le RER, il faut aller à la gare de Raincy-Villemomble-Montfermeil. C’est normal, tu trouves, qu’on ait une gare pour trois villes ? On doit prendre le bus plus de 20 minutes pour arriver à la gare. Et si on veut aller au centre commercial le plus proche, Rosny 2, on doit aller jusqu’à Noisy-le-Sec pour prendre le RER. On préfère rester là la plupart du temps. Travolta, il va peut-être nous aider à avoir une gare, qui sait ? »

En attendant la gare, c’est à partir du 16 octobre que les Montfermellois pourront peut-être apercevoir John Travolta dans leurs cages d’escaliers, si bien sur celles-ci sont encore praticables… 100 euros pour brûler des voitures… Merci, Luc!

Widad Kefti

Widad Kefti

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