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Le jour de l’investiture d’Obama, Oncle Sam était à Villiers-le-Bel. Dans le cadre d’un projet artistique, l’ambassade des Etats-Unis à Paris a jeté son dévolu sur trois communes : Bondy et Bagnolet dans le 93 et Villiers-le-Bel dans le 95. Dans chacune de ces villes, une fresque sera réalisée par trois artistes américains, en coopération avec les habitants du quartier concerné. A Villiers-le-Bel, une chargée de mission de l’ambassade US, Sophie Nadeau, a organisé à cet effet des rencontres entre les trois artistes « muralistes », des représentants associatifs de la ville et des membres du conseil municipal. Les Beauvillesois conviés ont eu un aperçu sur écran géant des œuvres des trois artistes américains avant que ne s’installe un débat.

L’adjoint au maire prend la parole, avec le ton d’un domestique face à son maître : « Je tiens à remercier l’ambassadeur qui a choisi notre ville pour débuter ces œuvres artistiques. Je suis honoré et fier de recevoir des Américains dans notre ville, sachez que nous vous soutiendrons dans ce projet, le conseil municipal sera toujours présent à vos côtés, ainsi que le maire… » Alléluia !

Farid, animateur social, se démarque de cette langue de bois, et dit : « Villiers-le-Bel, depuis les émeutes (de novembre 2007, ndlr), c’est devenu une marque déposé, en France et dans le monde. Notre ville véhicule une image négative, on espère que votre initiative n’est pas opportuniste et qu’elle s’inscrit dans la durée. Notre commune a besoin de renouveau et surtout pas d’opération ponctuelle. »

La responsable de la jeunesse à la municipalité abonde : « Notre ville a besoin de contributions sur le long terme et la durée. Franchement, le fait de faire participer les habitants du quartier de la Cerisaie à votre projet de fresque, d’où sont originaires Larhamy et Moushin (décédés en novembre 2007 dans une collision avec une voiture de police, ndlr), c’est génial. Les jeunes sont traumatisés par la mort de leurs amis, ils ne comprennent toujours pas ce drame. L’art pourra peut-être les aider à faire leur deuil. Mais il ne faut surtout pas trop attendre de ce projet, il n’est pas la solution des problèmes de fond que traversent notre commune. »

Premiers touché par les « problèmes » (inactivité, chômage, échec scolaire, violence entre bandes…), les jeunes de la Cerisaie étaient absents de la réunion. « Il faut les faire adhérer à ce projet, et tous les jeunes, pas seulement ceux de la Cerisaie, car en ce moment, il y a des tensions entre les jeunes des différents quartiers de la ville, fait remarquer avec véhémence une animatrice d’une association. La fresque doit exprimer avant tous les idées de ces jeunes, je pense qu’ils voudront que la peinture soit un hommage à Larhamy et Moushin. »

La chargée de mission de l’ambassade américaine et les artistes s’empressent de rassurer les inquiets : ce projet s’inscrit dans la durée et les jeunes auront bien entendu leur mot à dire. Ils insistent sur le fait que la peinture sera l’expression des habitants et en particulier des jeunes. Comme toujours, quand il s’agit de promouvoir la parole de l’Oncle Sam, les Américains savent y faire. Et quelle coïncidence ! La fresque sera peinte sur le mur du collège Martin Luther King… Elle est pas belle, la vie, à Villiers-le-Bel ?

Chaker Nouri

Chaker Nouri –

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