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Kahina était une femme indépendante, passionnée de stylisme et de mode. Son chemin vers le prêt-à-porter haut de gamme était tout tracé. A 34 ans, elle se retrouve avec une sandwicherie à gérer dans le 92. Elle rêvait de beaux tissus et d’invention de belles tenues, mais c’est friture et steak haché au quotidien. « Sans m’en rendre compte, dit-elle, j’ai laissé filer mon rêve pour réaliser celui de mon adorable maman. » Sa mère, arrivée d’Algérie dans les années 60, a connu toute sa vie les ménages et les petits boulots pénibles. Son plus grand souhait était de devenir patronne afin de ne plus être commandée par un patron.

Kahina, elle, a monté son affaire il y a plus de huit mois et ne se verse pas encore de salaire pour le moment. Sur les documents officiels, c’est elle la patronne mais sur le terrain une autre personne s’est autoproclamée responsable. Il s’agit de sa maman possessive kabyle. Elle ne s’occupe pas des corvées ni de la préparation des plats car son rôle c’est de donner des ordres. Dire aux employés ce qu’ils doivent faire, c’est son dada. Depuis quelques temps, Kahina en a marre. Elle a décidé de virer sa mère et de lui dire « stop maman ». Une première, pour Kahina, car elle ne s’est jamais permis de s’opposer à sa mère.

Celle-ci, choquée par la réaction de sa fille, est donc interdite de sandwicherie jusqu’à nouvel ordre. Frustrée, bloquée à la maison, elle ne peut plus intervenir directement dans le resto. Un bonheur tout neuf pour Kahina. Le stress que créait la présence de sa mère sur son lieu de travail lui était insupportable. Mais c’est oublier le téléphone. Il ne se passe pas « une minute » sans que la mère appelle la fille pour savoir si tout va bien. La seule solution qui reste à Kahina est de changer de numéro ou de débrancher. Mais vous imaginez bien que la maman va trouver d’autres moyens d’apporter ses services.

Ce cas ne m’est pas étranger puisque moi aussi je suis sous l’emprise d’une mère. Il y a deux mois de cela, après plusieurs semaines de réflexion, j’ai décidé d’annoncer à ma mère que j’allais quitter la maison. Je pensais qu’elle serait plus compréhensive que le papa. Nous étions assis autour d’un café et je lui ai avoué mon envie de voler de mes propres ailes. Gros silence. Elle m’a regardé fixement sans expression sur le visage. Après quelques secondes, un cri soudain. Le sien.

Par cet aveu, j’avais provoqué chez elle une crise entre colère et larmes. J’ai bien compris qu’elle n’était pas d’accord. Puis j’ai culpabilisé d’avoir provoqué sa colère. La discussion avait tourné court. Je me suis excusé plusieurs fois et elle s’est enfin calmée. Depuis cette tentative d’émancipation ratée mon ambition de quitter la maison est tombée à l’eau. Malgré cette possessivité de la maman maghrébine, certes difficile à vivre, on les aime nos mamans et leur dire « non », c’est toujours un moment qui peut s’avérer catastrophique. Maman je t’aime, mais laisse moi vivre ma vie.

Idriss K

Idriss K

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