Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Chaque tendance a ses excès et la cuisine ne déroge pas à la règle. Après avoir traversé la tempête culinaire que fût la pâte à tartiner algérienne « El Mordjene », c’est au tour de la pistache de conquérir nos papilles, nos comptes Instagram et même nos boulangeries. Mettons d’ores et déjà les choses au clair. Non, ce n’est pas parce qu’un dessert contient de la pâte de pistaches ultratransformée qu’il est forcément originaire de Dubaï.

Comme une écrasante majorité des tendances, tout a commencé par quelques vidéos virales sur Tiktok. Sur les écrans se dessinent alors une généreuse tablette de chocolat fourré à la pistache et au Kunefe que l’on ne trouverait qu’à Dubaï, plus précisément à la chocolaterie FIX Dessert. Et même sur place, il était très difficile de s’en procurer, avec une file d’attente interminable devant la boutique.

D’entrée, cette tablette fourrée s’est placée au rang de légende urbaine (un peu comme la pâte à tartiner Fluff disponible uniquement sur les sites de commandes de snacks américains en France en 2013). Et comme nos Français ont du talent, ils se sont mis à la reproduire à coup de tutoriels sur Tiktok.

Ni une, ni deux, les boulangeries à la pointe de la communication sur les réseaux sociaux et les comptes de recommandations culinaires ont saisi l’opportunité de faire naître un business alimentaire lucratif.

Avec la boulangerie et pâtisserie Maison Marquise, reconnus pour être à la pointe en termes de tendances sucrée ou encore Tema’s Cake, considérée comme la référence des trompes l’œil qui nous régalent à un prix raisonnable, la tendance s’est très vite répandue dans toutes les stories. Si bien que l’aubaine de fixer des tarifs parfois défiant les limites de la décence est très vite saisie avec des tablettes de chocolat en boulangeries vendues à 15 euros l’unité.

Un succès confirmé par la reprise de ces desserts prétendument émirati par les grandes multinationales qui se sont également lancées sur le marché. En France, il faut compter pas moins de 10 euros pour se procurer une tablette Lindt pas si consistante que cela, qui plus est, vendue dans un boîtier anti-vol tel le prochain jeu GTA 6. Lidl s’est pareillement positionné sur le marché en lançant jeudi, en grande pompe, sa tablette « Dubaï Style » à moins de 5 euros avec des ruptures de stocks à l’échelle nationale.

Et si vous pensez que seul le chocolat fourré à la pistache est concerné par le phénomène de “dubaïsation de la pâtisserie” et bien, détrompez-vous. Aujourd’hui, il suffit d’ajouter une garniture à la pistache et au Kunefe, enrobé de chocolat, à n’importe quelle pâtisserie pour qu’on lui attribue cette provenance. Dès lors que l’on ajoute un coulis pistache à notre gobelet de fraise ou notre milk-shake, le prix est drastiquement revu à la hausse pour les beaux yeux des commerçants ayant rendu la pistache, dubaïote à son insu.

Une tendance qui s’inscrit dans le paysage culinaire et qui touche même le plus simple des desserts : les fraises au chocolat. Avec la “Dubai Strawberry Cup” dans laquelle vous retrouverez tout au plus une poignée de fraises découpées et saupoudrées de cheveux d’ange émietté et surplombé le tout d’un inévitable coulis à la pistache.

Il est important de dire que cette supposée appartenance de la pistache et du Kunefe aux émirats, n’est en réalité due qu’à l’influence des réseaux sociaux. Car oui, Dubaï n’est pas la ville de la plus grande production de pistaches. En effet, les plus grands producteurs au monde sont les États-Unis, l’Iran et la Turquie qui, jusqu’à présent, était la référence en termes de dessert à la pistache. Les cheveux d’anges appelés Kunefe sont également victimes de cette mauvaise association géographique. En effet, c’est à la gastronomie ottomane, qu’encore une fois, nous devons son existence.

Au regard du succès des sucreries façon Dubaï, certains bars à desserts se sont spécialisés dans la pistache en proposant une carte étendue de Fraises Dubaï, Brownies Dubaï, Crêpes Dubaï ou encore la Crème Dubaï. C’est le cas du Myamor dans le 20ᵉ arrondissement à Paris, qui, au regard des longues files d’attente s’étendant dans les rues, prévoit l’ouverture d’une deuxième boutique pour accueillir cette forte affluence.

Cette omniprésence agace les internautes qui dénoncent cette association systématique entre Dubaï et la pistache. Pour finir, on vous conseille ce coup de gueule salutaire et hilarant du créateur de contenus Enzo reads.

Hamama Temzi

Articles liés

  • Criblés de propos haineux

    Après l’attentat raciste de Trappes, Nordine Nabili, ancien directeur du Bondy blog, interroge la responsabilité des médias et des responsables politiques dans la banalisation des discours de haine. Derrière la mécanique de l’audience et de l’instrumentalisation politique, il dénonce une industrie qui prospère sur la stigmatisation et appelle à mettre fin à l’impunité de ceux qui l’alimentent.

    Par Nordine Nabili
    Le 28/10/2026
  • Leurs mots, nos morts

    Au lendemain de l'attentat raciste et islamophobe de Trappes, les condamnations politiques se multiplient. Mais derrière l'indignation de façade, il y a des années de discours racistes, de lois discriminatoires et de complaisance médiatique. Billet.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 24/10/2026
  • Sous les décombres, la rage !

    Face à la colère sociale, Emmanuel Macron semble n’avoir plus qu’une réponse : le maintien de l’ordre. En substituant la répression au dialogue et le rapport de force à la politique, le macronisme nourrit une crise démocratique profonde, tout en préparant le terrain à l’extrême droite. Édito de Nordine Nabili.

    Par Nordine Nabili
    Le 23/10/2026