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Emmanuel Macron refuse de faire de la politique au sens noble du terme, de préserver l’intérêt général, le bien commun et la cohésion sociale. Il assume une vision de la société, avec des gagnants et des perdants, au risque d’ouvrir un conflit démocratique permanent. Il remplace la politique par la communication et le maintien de l’ordre pour faire croire à l’illusion de l’État de droit.

Ce qui change avec la nouvelle génération politique, dont Emmanuel Macron est le digne représentant, ce n’est ni son âge ni sa tête bien faite. C’est son école, au sens de l’apprentissage. Ces nouveaux golden boys ne viennent plus des mairies, des conseils départementaux, des syndicats ou des associations. Ils viennent du privé, des écoles de commerce, des cabinets de conseil, des directions marketing du CAC 40. C’est leur matrice. Leur façon de gouverner s’appuie sur les techniques du néomanagement, de la culture du PowerPoint et du média training ventriloqué !

Pour eux, la politique n’est pas une affaire de compromis territorial, de consensus local ferraillé pendant des heures en conseil municipal. C’est une affaire d’offre et de demande : tester un produit, mesurer son acceptabilité, ajuster le discours comme on ajuste un prix. Si ça ne passe pas, il s’agit de proscrire la négociation et d’organiser le passage en force. Macron est l’archétype parfait de cette école. Le pays vu comme une multinationale cotée en bourse, le politique un marché, l’électeur un consommateur, l’opposant un concurrent à affaiblir ou à écraser.

L’ancien monde politique avait au moins appris une chose : dans une mairie, on ne gouverne pas 30 000 habitants par le rapport de force permanent. On cherche un accord, sinon la ville ne tourne plus. Cette culture de l’expérience locale, où se forgent la recherche du consensus et le respect du contradictoire, ces nouvelles élites ne l’ont jamais eue. Elles n’ont connu que la compétition et les concours d’éloquence. Résultat, une fois au pouvoir, seul compte le bras de fer. Elles ne savent pas ce que veut dire une gestion politique d’une colère sociale.

Quand on refuse de traiter la vie chère, la pauvreté, la précarité étudiante, l’effondrement de l’école, la crise du logement et la dégradation des services publics, ce n’est pas neutre : cela s’appelle la destruction de l’État social. Macron dit aux gens dans la souffrance et l’angoisse de l’avenir que leur détresse n’est pas un sujet politique, mais une affaire de police.

Quand des pilleurs et des casseurs s’invitent par effraction et profitent du chaos pour dépouiller des commerçants, les images de violence déplacent le curseur et neutralisent toutes les analyses objectives, avec un focus non-stop sur les conséquences et une absence pernicieuse d’observations sur les processus.

Cette lecture des événements transforme une question sociale en question autoritaire, voire ethnoreligieuse, avec la désignation de boucs émissaires. Elle anesthésie la liberté d’expression, polarise le débat public et favorise une justice expéditive. Les casseurs deviennent l’arbre qui cache la forêt et c’est tout le système qui bascule.

La posture autoritariste n’est donc pas un accident ou un excès de caractère. Elle est la conséquence logique de l’absence d’une politique sociale, du refus de la redistribution des richesses et du manque d’empathie vis-à-vis des vulnérabilités de millions de Français dans le logiciel idéologique du macronisme. Un pouvoir qui refuse de mettre l’ensemble des enfants de la République sur un pied d’égalité et qui sème les graines de la division entre les catégories sociales récolte, tôt ou tard, la colère du bitume.

Macron n’a ni majorité politique ni marge de manœuvre économique pour régler les causes à l’origine du malaise social. Sa parole n’imprime plus auprès des Français, ses opposants sont dans les starting-blocks pour lui succéder dans six mois, ses derniers soutiens préparent leur atterrissage dans le privé. Autrement dit, Macron marche seul !

Depuis son élection, Emmanuel Macron a enfermé les forces vives du pays dans sa nasse narcissique. PS, EELV, LFI, PC fonctionnent comme des mandataires testamentaires, incapables de construire une alternative ; LR est en dépôt de bilan ; le RN gère sa rente et attend son heure ; les partenaires sociaux et les acteurs de la société civile sont étouffés et considérés comme de vagues débris du vieux monde.

À présent, il est obligé de gérer les conséquences à coups de matraque, de 49.3, de décrets, de dissolution, d’interdictions de manifester, de « je ne céderai rien » face caméra, au lieu de remettre le mot « politique » à l’endroit.

Dire que la sécurité des citoyens est un droit, mais que l’ordre oppressif comme seul horizon n’est pas une politique. Pour transformer la souffrance et la colère en matériaux de débats démocratiques et entrevoir une sortie de crise, l’urgence est de reconnaître son erreur de jugement, de redescendre de son piédestal, de repolitiser, de redonner du pouvoir aux mots, de remettre du conflit démocratique, du vote, de la justice, des procédures qui disent le réel et qui respectent la dignité des citoyens.

Parce que la suite logique d’une politique répressive et aveugle aux revendications des citoyens, ce n’est pas l’apaisement ou le respect des institutions, si l’on prend en compte le conseil avisé d’Albert Camus : « Faites attention, quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet, mais ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles. » L’adage populaire lui répond que « le pire n’est jamais certain si la raison l’emporte sur l’orgueil… »

Au fond, nous vivons une fin de règne révélatrice de la vraie nature du macronisme, avec ses méthodes toxiques et ses accointances avec certaines idées du RN, impatient de prendre le relais du chaos actuel pour solder les comptes de la République.

Nordine Nabili

Photo : Sofiane Zerouala

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