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Les insultes racistes pleuvent sur les joueurs de l’équipe de France depuis le début de la Coupe du monde. C’est un feu d’artifice !

Mariano Rajoy, ancien Premier ministre espagnol, verse lui aussi dans le racisme d’atmosphère pour parler des Bleus. Il a déploré que l’équipe de France « ne compte aucun joueur français dans ses rangs ». Ces propos racistes ont choqué y compris au sein de la Roja. L’ignominie de la déclaration de Rajoy renvoie à la fameuse formule « français de papier », made in RN, recyclée sans modération dans les jacasseries quotidiennes des plateaux TV.

Le poison

Rajoy se fout du football comme de la couleur de sa première chemise. Il surfe sur un événement pour se rappeler au bon souvenir des électeurs espagnols qu’il considère comme des oies à gaver de discours haineux.

Lorsque la politique se joue avec des punchlines racistes, dont l’objectif est uniquement l’impact viral, cela démontre la profondeur du gouffre intellectuel à l’œuvre. Ce spectacle orchestré par un leader politique est à l’image de ce que sont devenus les leviers du débat contemporain : polarisation, stigmatisation, insultes, postures identitaires, vidéos virales, deepfakes. Tout est permis pour amuser la galerie et faire oublier le plus important : l’absence coupable de programmes solides.

Mais revenons au football malgré ce crachat. Faisons le pari d’inverser l’effluve malodorante de l’haleine de Rajoy en parfum de fleur de jasmin puissant et suave, selon les lois des arts martiaux en captant l’énergie de l’adversaire pour la rediriger contre lui. Les joueurs de l’équipe de France s’apprêtent à jouer une demi-finale de Coupe du monde. Cette phrase, à elle seule, contient l’enjeu de l’événement et sa principale source de motivation. Deschamps s’occupe du plan de jeu, pendant que les joueurs évacuent la pression et se concentrent au calme.

Le carburant

Viendra le temps de la causerie d’avant-match pour un dernier briefing, pour ne pas laisser les âmes se distraire ou s’éparpiller dans le flot des déclarations assassines. Rajoy n’a aucune chance de perturber la concentration des Bleus. Il va plutôt la renforcer. Les joueurs de l’équipe de France ont appris, depuis leur plus jeune âge et au fil de leur carrière, à transformer le racisme en carburant. C’est la routine indispensable pour survivre, pour avancer, pour franchir les étapes. Rajoy ne peut pas comprendre l’intimité de cette douleur ni la manière dont on apprend, malgré tout, à l’apprivoiser.

« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », by Nietzsche. Ils connaissent la musique. Le racisme est consubstantiel à leurs parcours. Si tu nommes le poison, il devient une force et te rend libre. Les insultes racistes ou les provocations des joueurs paraguayens ont fait sourire Mbappé. Chaque giclée xénophobe réveille chez lui et ses coéquipiers les conseils des éducateurs et des parents à ne pas sauter à pieds joints dans le piège et la fosse septique des prisonniers des pages sombres de notre histoire.

À chaque fois que votre adversaire vous aiguille sur le terrain du racisme, « cette conception carcérale de l’identité », selon la formule d’Aimé Césaire, répondez par le noble idéal de l’universel et du respect de la dignité humaine. Et poursuivez votre marche en avant.

Nordine Nabili

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