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Ce qui suit n’est pas un argumentaire, c’est un cri. Je l’écris dans l’émotion et l’indignation face au vote du Sénat retirant l’AME, l’Allocation Médicale d’État, à ses bénéficiaires, les personnes en situation irrégulière, mais présentes  sur le sol français depuis au moins trois mois.

À ce vote accablant s’ajoute le rejet de l’article 3 du projet de loi immigration, qui aurait permis la régularisation de milliers de travailleurs sans papiers dans les secteurs en tension de main d’œuvre. Qu’on me pardonne ce jeu de mot, mais, avec ce vote, la France a perdu son âme. Une fois encore, la droite a frappé fort et cette fois-ci, la barre a été mise plus haut que jamais.

On croyait avoir tout vu, tout entendu : le traitement humiliant des étrangers, la violence continue des discours et même la violence physique qu’ils subissent. Mais décider de refuser à un humain le droit de se soigner lorsqu’il est malade, c’est inédit.

Mesdames et messieurs les sénateurs, je m’adresse à vous en tant qu’étranger, migrant, et pour tous les sans-papiers

Mesdames et messieurs les sénateurs, je m’adresse à vous en tant qu’étranger, migrant, et pour tous les sans-papiers, sans-rien, réfugiés, exilés, appelez-nous comme vous voulez.

Les idées de la droite et de l’extrême droite sur l’immigration existent de longue date. Mais avec ce vote, même si elle s’inscrit dans la progressive banalisation de leurs idées et des présupposés racistes sous-entendus, c’est un tournant dangereux qui se produit. Le Sénat, par la voix des sénateurs Les Républicains et des trois sénateurs du Rassemblement National, affiche clairement et sans réserve sa volonté d’exclure, littéralement d’annuler, les personnes en situation irrégulière.

C’est l’honneur de la France qui a été sali et pour une question extrêmement mineure puisque l’AME représente un petit 0,5 % du budget de la Sécurité sociale. Cela ne devrait même pas faire débat pour un pays comme la France, septième puissance mondiale. Et prétendre remplacer l’aide médicale d’État par une aide médicale d’urgence aux conditions d’accès restrictives, est médicalement et financièrement absurde.

Un virus ne distingue pas qui est en situation régulière et qui ne l’est pas

Il est bien sûr plus efficace et moins coûteux de prendre en charge une maladie bénigne, avant qu’elle ne se transforme en pathologie grave, ou avant qu’elle ne se propage, car un virus ne distingue pas qui est en situation régulière et qui ne l’est pas. Une pétition de plus de 3 000 médecins vous a rappelé cette évidence. Votre choix est symbolique, en aucun cas logique ou même financier. Il est absurde et criminel.

Nous connaissons bien la rengaine, mesdames et messieurs les sénateurs. À intervalles réguliers et même maintenant quasiment tout le temps, l’immigration refait surface, et nous restons tous dans l’impasse. La réflexion n’ayant pas progressé d’un millimètre depuis tant d’années de polémiques stériles et de questions faussement posées. Aucune réflexion d’ensemble, juste une escalade foncièrement raciste, inhumaine et immorale. Car ces sans-papiers  « parasites »,  « profiteurs », et autres propos dénigrants dont vous les accablez, ils bossent matin, midi, soir. Ils payent des impôts et des cotisations sociales. Et ils n’auraient même plus le droit de se soigner ? C’est honteux ! C’est ignoble !

Au lieu de vous interroger sur la situation kafkaïenne qu’ils vivent, sur leur condition dégradante d’humains exploités, exposés à la précarité, à la vulnérabilité alimentaire et souvent violentés, vous, sénateurs de droite et d’extrême droite, de manière opportuniste et irresponsable, vous alimentez la phobie anti-migrants, haine et peur mêlées.

Votre stratégie est d’autant plus irresponsable qu’elle est inefficace

Pour de basses considérations électorales, vous prenez les immigrés comme boucs-émissaires afin de masquer votre échec en matière d’accueil migratoire. Votre stratégie est d’autant plus irresponsable qu’elle est inefficace. Certains vous croient et craignent ce qu’ils appellent « le grand remplacement ». Certains attaquent violemment des migrants, comme ce commando de groupe identitaire qui s’en est pris récemment à un camp dans le 3ᵉ arrondissement de Lyon.

Mais aujourd’hui, beaucoup de Français comprennent bien votre musique, et il serait urgent pour vous de changer de disque. Non, mesdames et messieurs les sénateurs, les exilés, les réfugiés, les migrants, les sans-rien, les sans-papiers, ne sont pas venus en France pour l’aide médicale d’État. Non, l’aide médicale d’État ne représente pas un « appel d’air » pour ceux qui arrivent chaque jour sur le sol européen. S’ils viennent s’installer en France, c’est poussé par la misère, la guerre, les régimes autoritaires, les catastrophes climatiques et si leurs corps sont malades, c’est au bout de tant et tant d’épreuves dont vous ignorez tout.

Kab Niang

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