A un coup de RER du coeur de la capitale, Gif-Sur-Yvette et ses 20 000 habitants, dans la Vallée de Chevreuse, semble bien calme. Surplombée par son église dont certaines parties datent du XIe siècle, la commune a des airs de campagne. Si le ciel était bleu, on s’attendrait presque à voir apparaître la figure de Mitterrand, en fond et en « force tranquille » auprès du clocher. Le soleil est aux abonnés absents. Pas un chat dans les rues dans cette petite commune résidentielle, hormis quelques courageux bravant les gouttes. Ces mêmes gouttes n’ont pas eu raison des giffois lors des deux derniers scrutins pour les élections cantonales.
C’est dans le canton de Gif (avec Bièvres, Boullay-les-Troux, Bures-sur-Yvette, Gometz-la-Ville, Les Molières, Pecqueuse, Saclay, Saint-Aubin, Vauhallan, Verrières-le-Buisson, Villiers-le-Bâcle), qu’a été enregistré le plus haut taux de participation d’Ile de France. 54% des inscrits se sont déplacés au premier tour et près de 51% au second.
« Les gens ici sont conscient qu’il est important de voter, alors que dans les autres départements ils ne le sont pas forcément » affirme Carole, 37 ans, employée dans une mairie. La fleuriste qui vient d’emménager, n’a pas trouvé le temps de s’inscrire sur les listes, mais elle note que « les Giffois sont très attentifs à la vie associative ». « Ce n’est pas une secte hein, ajoute t-elle malicieusement, mais les gens se connaissent, il y a un engagement ».
Gif-sur-Yvette est une commune riche. En 2006, le taux de chômage local atteignait 6,7%, et 45% des emplois relevaient du statut cadre. La ville accueille un important centre du CNRS, 290 chercheurs sont répartis sur 13 unités et plusieurs formations d’enseignement supérieur sont proposées dans le quartier du Moulon. A deux pas de la mairie, des collégiens sont en visite dans la seule librairie de la commune. Dans le brouhaha, Pierre, le libraire de 46 ans, revient sur le taux de participation. Selon lui la composition sociale de la ville joue un rôle important : « Ici, la plupart des emplois, ce sont des chercheurs. Globalement, ce sont des gens éduqués et assez riches. L’immobilier est vraiment cher. Moi je suis de Bures, la ville d’à coté et on est toujours au top au niveau de la participation ».
Gif-sur-Yvette est une commune rurale, 40% de sa surface est boisée et 110 hectares, sur le plateau de Saclay, sont dédiés à la culture agricole. C’est ce plateau qui est au cœur des enjeux locaux. Dans le cadre du Grand Paris, un pôle technologique et scientifique lancé en 2010 doit s’y implanter. Il représente une forte pluvalue culturelle et économique pour le territoire, mais aussi une menace écologique. « Ces forts enjeux environnementaux ont contribué à faire sortir les gens,  une partie étant pour le développement du plateau et l’autre non », affirme Hélène, également libraire.
Catherine, restauratrice de 55 ans est satisfaite de la réélection de Michel Bournat (UMP) pour un troisième mandat consécutif de conseiller départemental : « c’est quelqu’un qu’on aime beaucoup. Il est toujours à notre écoute. Il est souvent présent, on le voit partout ». Maire de la ville de Gif depuis 2001, il semble faire l’unanimité au delà des couleurs, comme le souligne Pierre : « Je ne suis pas vraiment de son bord politique, mais c’est un bon maire. C’est grâce à lui que la librairie est là. C’est une chose qu’il a fait pour sa ville ». Si la commune semble plutôt ancrée à droite, elle a pourtant voté socialiste lors des dernières présidentielle, à 50,65% des suffrages au second tour. Le capital sympathie du maire et conseiller départemental semble donc clairement être la raison de sa longévité. Qu’il pleuve ou qu’il vente, proximité et accessibilité, seraient-ils les maîtres-mots d’une carrière réussie d’édile local ?
Mathieu Blard

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