[#LÉGISLATIVES2017] La cinquième circonscription du Val-d’Oise, qui compte les villes d’Argenteuil et de Bezons, représente un fort enjeu pour les législatives des 11 et 18 juin prochains : lutte fratricide entre le Parti communiste et la France insoumise, le Parti socialiste qui souhaite garder cette circonscription et En Marche qui compte faire une percée dans le territoire. La bataille électorale promet d’être serrée. Reportage.

C’est un air de regret amer que l’on ressent chez les sympathisants de gauche de la cinquième circonscription du Val-d’Oise. La crainte ici : que l’absence d’accord lamine la gauche dans une zone électorale encore dans les mains des socialistes. « Je suis un peu inquiet que ça divise les voix des deux côtés et que ça fasse le jeu d’autres personnes », s’alarme Zachary Aïch, étudiant en informatique de 25 ans.

« Je pense qu’on aurait dû faire en sorte qu’il puisse y avoir, parfois, des candidatures unitaires à la gauche du Parti socialiste, pour s’opposer au libéralisme ambiant, au capitalisme ambiant, et tout ce que ça peut vouloir dire », analyse, pour sa part, Omar Slaouti, sensible à la candidature de Dominique Lesparre, candidat communiste. Mais pour le prof de lycée de 50 ans et militant antiraciste, l’élection ne suffit pas, surtout dans le contexte actuel. « Concrètement, tout va se jouer dans le rapport de force au quotidien. Et c’est ça qui est l’essentiel », ajoute-t-il, appelant à ce que le mouvement social soit intégré dans une recomposition à la gauche du Parti socialiste, en prenant pour exemple Podemos en Espagne. D’autres misent sur une victoire de la gauche radicale au vu des scores de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle, arrivé largement en tête dans la circonscription – 33,89% à Argenteuil et 32,23% à Bezons. « Tout est permis, tout est autorisé« , se croit à espérer Sylvie, une habitante d’Argenteuil.

Bisbilles entre communistes et « Insoumis »

Dominique Lesparre, maire de Bezons, candidat communiste en meeting à l’espace Jean Vilar d’Argenteuil le 18 mai 2017.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les forces de la gauche radicale partent divisées dans cette campagne. D’un côté, la « France Insoumise » a investi Françoise Pacha-Stiegler. Cette ancienne directrice de la bibliothèque d’Argenteuil de 62 ans, habitante de la commune depuis 1988 mène ici son premier engagement politique. De son coté, le Parti communiste a lancé, dans la course à la députation, Dominique Lesparre, 70 ans, maire de Bezons.

Dans son meeting du 18 mai 2017 à l’espace Jean Vilar d’Argenteuil, les présents sont en majorité des quinqua et sexagénaires. L’atmosphère est chaleureuse, l’audience faite de fidèles attentifs au discours de l’élu candidat. Qu’il s’agisse des communistes ou des insoumis, chacun des deux camps revendique le discours de Jean-Luc Mélenchon et chacun se renvoie aussi la responsabilité sur l’absence d’accord sur une candidature commune. « Un accord national a été proposé, consistant à ce qu’il y ait un accord de désistement mutuel sur un certain nombre de circonscriptions. Et cet accord qui était très favorable au Parti communiste, a été refusé par le PC » justifie Benjamin Ball, militant insoumis d’Argenteuil de 32 ans. « Il y a des candidats communistes qui ont intégré la France Insoumise, je pense à Marie-George Buffet, je pense au maire de Saint-Denis, Stéphane Peu, mais M. Lesparre n’a pas souhaité rejoindre la France insoumise » ajoute Pacha-Stiegler.

Du côté des communistes, les responsabilités, forcément, sont inversées. « On a vu l’attitude de M. Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis du Parti communiste en le traitant de moribond, voire pire,  déclare Dominique Lesparre. Reste l’optimisme de certains comme Benjamin Ball qui voit déjà dans la France insoumise un Podemos à la française et rêve au dépassement du clivage traditionnel.

Une candidate de la République en Marche, peu connue et qui veut rassembler 

Fiona Lazaar, candidate de La république En Marche en compagnie de militants du mouvement, Argenteuil, le 18 mai 2017.

À La République En Marche (LREM), on a fait de ce dépassement des clivages une thématique phare en réponse aux besoins de changement exprimés par les électeurs. « Les Français en ont ras-le-bol d’être figés avec des dogmes » croit savoir Mohammed El Kahodi, cadre financier de 53 ans revenu en France après 12 ans d’expatriation, et qui milite pour la première fois en politique. Un discours porté ici par la candidate du mouvement, Fiona Lazaar, 31 ans, installée à Argenteuil depuis 2009. « On est là pour incarner quelque chose de nouveau et rassembler des gens de la gauche et de la droite » clame-t-elle.

Et pour cause, chez les militants rassemblés autour de sa candidature, on trouve des militants de gauche comme Michel Mikaelian, retraité de 70 ans et trotskyste durant sa jeunesse. Il se dit déçu de la gauche durant le dernier quinquennat, notamment sur l’attitude des frondeurs. « La gauche a un certain génie de la division. Elle sait parfaitement se diviser quand elle le veut », ironise-t-il. Il s’est penché vers Macron au moment où le meneur d’En Marche s’est positionné contre le multiculturalisme. « Le multiculturalisme, je l’interprète comme ayant des droits différents selon l’origine. Je refuse complètement ça« , précise-t-il. Reste que pour l’instant, à l’instar de Pacha-Stiegler, Fiona Lazaar est relativement méconnue des habitants.

Socialistes déboussolés

Car comme souvent dans ce genre d’élections, c’est la prime aux candidats identifiés du plus grand nombre. A ce compte-là, une candidature est au centre de l’attention : celle de Philippe Doucet, le député PS sortant. Il est la cible principale de ses adversaires, qui le craignent volontiers, tout en soulignant d’éventuels travers dans son action politique en tant que maire ou député. « Il a fait ce qu’on appelle du clientélisme« , s’indigne franchement Elisabeth Saïh, militante de la France insoumise. « Le clientélisme, c’est aussi un autre mot pour parler du mépris des classes populaires » réplique l’ancien maire d’Argenteuil de 2008 à 2014.

Dans le camp socialiste, on s’inquiète des désaffections. Plusieurs militants PS ont décidé de soutenir le maire de Bezons, candidat communiste, Dominique Lesparre. Parmi eux, Frédéric Faravel. Surnommé « la taupe communiste au sein du Parti socialiste« , (ambiance !) ce membre du conseil national du PS de 43 ans n’hésite pas à rappeler que Philippe Doucet, porte-parole de Manuel Valls durant la primaire a critiqué le candidat choisi par les électeurs, Benoit Hamon, et appelé à voter Emmanuel Macron avant le premier tour. « Philippe Doucet avait sérieusement envisagé de demander l’investiture En Marche » précise-t-il. Ce que ne nie pas l’intéressé qui assume la volonté en raison notamment de ses liens avec l’actuel ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, au sein du courant des « réformateurs » au PS. Philippe Doucet, qui se définit comme « social-démocrate », semble bénéficier d’une bonne image au sein de la population. Plusieurs Argenteuillais rencontrés au marché du boulevard Héloïse saluent sa personnalité ainsi que son travail pour Argenteuil, avec l’exemple d’Argenteuil-plage. Sylvie B., elle, ne partage pas cet enthousiasme, considérant que sa réélection serait « regrettable« . « Je pense qu’il est opportuniste, profiteur. Il cherche à tout prix à aller là où il trouve son propre intérêt » juge quant à elle, Zaïna Ochargue,  habitante d’Argenteuil et sympathisante de Lesparre.

L’ombre de l’abstention

Tous vont devoir relever un défi : celui de convaincre les électeurs de se déplacer. « On est conscient qu’il y a moins de gens qui vont voter aux législatives qu’à la présidentielle », reconnaît Fiona Lazaar. L’ombre de l’abstention s’accompagne d’une épée de Damocles : celui du plancher de 12,5% des électeurs inscrits nécessaire pour se qualifier au second tour. « Avec 50% d’abstention, ce qui n’est pas impossible, cela rend très difficile une qualification pour le second tour », analyse Dominique Lesparre. Encore plus, quand la gauche part divisée.

Jonathan BAUDOIN

Crédit photo : Rokas MORKUNAS

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