A Aubervilliers, commune de 82 000 habitants historiquement ancrée à gauche, de plus en plus minée par l’abstention, la perspective de la primaire de la droite et du centre des 20 et 27 novembre, ne passionne pas encore les foules mais remue le microcosme politique local.

La section « Les Républicains » d’Aubervilliers est loin d’avoir choisi en bloc son candidat. Ses membres se sont même dispersés au gré des annonces de candidature des leaders politiques de leur camp. Le responsable de section et candidat déjà déclaré aux prochaines élections législatives, Geoffrey Carvalhinho, a par exemple jeté son dévolu sur Nicolas Sarkozy. “C’est une histoire assez personnelle pour moi, explique celui qui est aussi secrétaire général national des Jeunes Républicains. En 2005, j’avais 15 ans et c’est lui qui m’a donné envie de faire de la politique. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit mais j’adhère aux valeurs qu’il porte et à son énergie. C’est pour ça que j’ai choisi de faire sa campagne, cette fois encore.” Faire sa campagne, c’est distribuer des tracts devant certains lycées du département, au Raincy, à Tremblay-en-France ou à Saint-Denis récemment, “faire les marchés” le dimanche matin ou organiser des réunions publiques. Avec un impact parfois limité. Franchement, cette primaire, je n’entends personne en parler ici, commente Karim, qui boit ce jour-là son café devant la mairie d’Aubervilliers. C’est un sujet qui concerne les militants de l’UMP (sic), pas les citoyens, non ?”

A vrai dire, non, pas tout à fait. La primaire de la droite et du centre est ouverte au-delà des limites du parti. Il suffit de payer 2 euros et de signer une charte attestant qu’on “adhère aux valeurs” de la primaire pour pouvoir y participer. Une ouverture qui va permettre à Fabien, un militant humaniste de centre-droit”, d’y participer. Le quinquagénaire avait pourtant voté pour François Hollande en 2012. “Mais c’était pour faire barrage à Sarkozy, dont je ne supportais plus le discours”, explique-t-il. “J’ai regardé un peu tous les programmes, poursuit Fabien, par ailleurs très engagé dans la vie associative locale. Comme le centre-droit n’a inscrit personne à cette élection, je vais voter pour Alain Juppé. La retraite à 65 ans, ça me fait chier parce que je serai en plein dedans, mais je pense que c’est nécessaire aujourd’hui. Sur le plan national comme international, Juppé me semble être le mieux armé pour diriger le pays.

Copé, Sarkozy, Juppé et Le Maire

Au sein même de la section, les positions divergent encore plus. Si l’on englobe la totalité de la circonscription d’Aubervilliers et Pantin, “Les Républicains” locaux comptent parmi leurs rangs la responsable « jeunes » de Jean-François Copé, Sophia Bahri, plusieurs soutiens de Nicolas Sarkozy, le responsable national “diversité et quartiers” d’Alain Juppé, Ali Hamza… et même un soutien de Bruno Le Maire ! Ce dernier s’appelle Jonas Poussineau et a 22 ans. “En 2012, je soutenais Sarkozy sans pouvoir voter, raconte celui qui est étudiant en webmarketing. Et puis j’ai écouté Bruno Le Maire et il m’a décidé à m’engager en politique. Je suis le responsable des “jeunes avec BLM” dans le 93. J’essaie d’avoir accès aux fichiers des militants, de les contacter, de prendre rendez-vous avec eux, d’expliquer son programme… Ça se passe très bien, c’est passionnant !Pour sa première campagne majeure, le jeune homme reconnaît que “c’est difficile à Aubervilliers et Pantin, deux villes qui ne sont pas du tout à droite”. Mais il tente tout de même de voir du positif. Malgré tout, pas mal de personnes s’intéressent à la primaire parce qu’ils sont déçus du hollandisme. Moi, je ne m’intéresse pas aux profils, cette primaire est ouverte et j’en parle à tout le monde, même des gens qui ont l’habitude de voter à gauche.”

Du côté de Nicolas Sarkozy, Geoffrey Carvalinho se concentre, lui, sur la reconquête de l’électorat qui avait porté son favori au pouvoir en 2007. Avec un argumentaire parfois directement tourné vers son public. Nicolas Sarkozy le dit souvent : il est un Français de sang-mêlé qui est arrivé à la présidence. Dans les cités, c’est quelque chose qui parle. Il n’avait aucun réseau, ne connaissait pas la politique et pourtant, il a réussi. Au-delà des clivages, son énergie, sa détermination, sa combativité sont admirées dans les quartiers populaires. Même s’il ne fait pas l’unanimité, c’est quelqu’un qui ne laisse pas indifférent.

Pas suffisant pour rafler la mise, pourtant, dans le 93. En plus du centre-droit incarné par Jean-Christophe Lagarde, le maire de Drancy, dont l’UDI est bien implantée en Seine-Saint-Denis, plusieurs leaders locaux ont choisi de soutenir Alain Juppé. Dans sa tribune parue ce mois-ci dans le journal local, Aubermensuel, la conseillère municipale Nadia Lenoury ne cite pas son nom mais écrit : “Seul un homme d’expérience et de sagesse qui mûrit ses décisions peut sortir la France du marasme”, dans une allusion assez claire pour qu’on comprenne de qui elle parle.

Climat moins agressif qu’à Paris

Pour autant, malgré les divergences d’opinion, le climat semble loin des scuds que s’envoient, à Paris et dans les médias, les différents candidats. “Je crois que le 93 est une des fédérations où le débat de la primaire se passe le mieux, avance Jonas Poussineau. Cela m’arrive même d’assister à des réunions d’autres candidats en toute amitié. C’est vraiment le débat d’idées qui nous anime, sans aucune animosité.” Même discours dans la bouche de Geoffrey Carvalinho, qui chapeaute l’organisation locale du scrutin. “Je suis très content que tous les camps soient représentés, explique-t-il. Sur le terrain, ça nous permet de rassembler toutes les franges de droite. C’est une très bonne chose. Et à l’échelle locale, tout se passe vraiment très bien. On se connaît depuis des années, il n’y a pas de guerre interne. Les jeunes veulent surtout éviter de reproduire le psychodrame Copé-Fillon. Ici, on est tous amis.”

Comme les candidats, leurs relais locaux jurent qu’ils soutiendront sans aucune réserve le gagnant de la primaire, peu importe son identité. Du côté des sympathisants, toutefois, quelques divergences plus profondes apparaissent, parfois. Moi, je ne suis plus encarté parce que la politique ne me plaît plus, détaille Fabien. Si Sarkozy gagne la primaire, je voterais blanc à la présidentielle. A moins qu’un candidat comme Lagarde ne représente le centre-droit… Mais je ne voterai pas Sarkozy, c’est sûr. Ses positions sur le voile, sur l’islam, tout cela m’a dégoûté ».

Ilyes RAMDANI

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