À l’occasion des élections législatives, l’Organisation en Mouvement des Jeunesses d’Aubervilliers (OMJA) a co-organisé avec le Bondy Blog une soirée de débat avec les candidats de la 6e circonscription de Seine-Saint-Denis, mardi au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Propositions et piques ont alimenté le débat, qui a duré trois heures. Compte-rendu.

Connaissez-vous le programme des candidats de votre circonscription ? C’est dans cette optique que l’OMJA a co-organisé avec le Bondy Blog un débat au Théâtre de la Commune, à Aubervilliers, entre la majorité des candidats de la 6e circonscription de Seine-Saint-Denis, qui comprend Aubervilliers et Pantin.

Pendant près de de trois heures, 11 des 15 candidats se sont succédé sur scène face à plusieurs jeunes de l’OMJA qui les ont questionné sur leur parcours, le coin qui leur marque le plus dans la circonscription et exigé des réactions face à des reportages qu’ils ont réalisé dans le cadre de ce débat, sur diverses thématiques (emploi, logement, intérêt de voter aux législatives, etc.). 11 seulement car Lines Valles (Front national) et Eric Andraud (Parti ouvrier indépendant) n’ont pas souhaité y participer ; Alexandre Aïdara, candidat pour La République en marche (LREM), tenait un meeting à Pantin et a envoyé sa suppléante Lucie Dimino. Enfin, Karima Rahouhi, candidate pour l’Union populaire républicaine, initialement prévue, n’est jamais arrivée. La soirée a commencé sous une atmosphère studieuse. Dans le public, une centaine d’électeurs et militants écoutent attentivement les discours des candidats, en accord avec l’appel au respect, à la courtoisie, demandés par l’OMJA. Mais sur la fin, applaudissements et huées se sont enchainés en fonction des prises de parole de certains candidats.

Nouveauté versus expérience

De gauche à droite : Bastien Lachaud (FI), Nadia Azoug (EELV), Rezk SCHEHATA, Karine Franclet (UDI-Les Républicains), à Aubervilliers.

La sixième circonscription du 93 est une circonscription où figurent des têtes d’affiche telles la socialiste Élisabeth Guigou, députée sortante, le communiste Patrick Le Hyaric, eurodéputé, la trotskyste Nathalie Arthaud, candidate à l’élection présidentielle, l’écologiste Nadia Azoug, ancienne maire adjointe à Pantin ou Karine Franclet, conseillère régionale UDI. Face à ces candidats rompus à l’exercice électoral, il y a des nouveaux visages comme celui de Philippe Milia, un candidat indépendant qui se réfère à Jacques Salvator, ancien maire socialiste d’Aubervilliers (2008-2014), décédé en 2016 ; Rezk Schehata, un candidat indépendant pour qui « le clivage gauche-droite n’existe plus » ; Bastien Lachaud, candidat de la France insoumise, qui compte capitaliser le score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle (41,1% à Aubervilliers, 37,26% à Pantin) ; Christophe Mendes, candidat du Parti Libéral-démocrate ; Florie Marie, candidate du Parti pirate ou Caroline Fons-Battesti, candidate du Parti antispéciste citoyen pour la transparence et l’éthique.

Qui de la nouveauté ou de l’expérience l’emportera les 11 et 18 juin prochains ? Selon Élisabeth Guigou, il faut privilégier l’expérience, en raison des projets gouvernementaux, notamment sur la réforme du code du travail. « Il faut des députés qui connaissent les choses. Il va falloir rentrer dans les détails », déclare-t-elle. Christophe Mendes espère, lui, l’emporter dans la circonscription pour être « un caillou dans la chaussure » des députés. Le candidat libéral considère ces derniers comme membres d’une « bourgeoisie d’État » qui voudrait gérer les vies des citoyens « du berceau au cercueil ».

Économie et chômage au coeur du débat

De gauche à droite : Nathalie Arthaud (LO), Philippe Milia (indépendant), Patrick Le Hyaric (PC), Elisabeth Guigou (PS)

Au fil du débat, les discussions sur l’économie ont pris une place importante, notamment la question du chômage qui concerne lourdement la Seine-Saint-Denis. Un chômage qui, selon Nathalie Arthaud, est lié aux intérêts des capitalistes, ne suivant que la loi du profit et poussant à la pauvreté, à la guerre, au racisme. Désaccord de Christophe Mendes, le candidat libéral, qui argue que « le capitalisme sort de la pauvreté ». Une des propositions économiques phares du candidat est de légaliser le cannabis, en se basant sur l’exemple de l’État américain du Colorado, afin de créer plusieurs milliers d’emplois, de bénéficier de nouvelles rentrées fiscales et d’ainsi mener des politiques de prévention. De même qu’il défend l’idée d’un mécénat de la part d’une entreprise vers un lycée professionnel car source d’embauche à long terme.

Sur ce sujet, pour Patrick Le Hyaric, il faut améliorer les conditions d’accès à un stage ou un emploi pour des jeunes de la circonscription, où sont installés des bureaux de grandes entreprises, avec une école des métiers du numérique par exemple. Le candidat communiste tient à ce qu’il y ait une sécurisation de l’emploi et de formation pour s’adapter à la transition technologique, environnementale. Quant à Bastien Lachaud, candidat de la « France insoumise », il défend l’idée d’une réduction du temps de travail, avec un passage à 32 heures. Ce qui a fait bondir Rezk Schehata, candidat indépendant, déclarant qu’il avait dû fermer son entreprise à cause de l’application des 35 heures.

« Plus on est pauvre, plus on a le droit d’être pollué »

Une centaine de participants dans le Théâtre de la Commune, à Aubervilliers.

Suite à une interpellation d’une personne du public menacée d’expulsion avec toute sa famille, la députée sortante rappelle que des chantiers de rénovation urbaine ont été lancés dans le quartier des 4 chemins, qui est partagé par Aubervilliers et Pantin, et qu’il faudra continuer à avoir des crédits de la part de la région ou de l’État pour mener à son terme la rénovation du quartier. Un quartier traversé par l’avenue Jean Jaurès, que traverse la nationale 2 et qui fait office de frontière entre les deux villes. Une zone populaire où se concentre du bruit, de la pollution selon Nadia Azoug. « Plus on est pauvre, plus on a le droit d’être pollué », ironise la candidate EÉLV. En matière d’écologie, proposition de passage à une régie publique de l’eau pour Lachaud, moins coûteuse pour les habitants d’Aubervilliers et de Pantin selon lui. De même qu’il relance la proposition de cantines 100% bio. Fons-Battesti emboîte le pas en proposant des repas végétaux, apportant une solution laïque à la question des repas de substitution.

Autre sujet primordial abordé : la sécurité. La majeure partie des candidats soutient l’idée d’un renforcement des forces de police dans la circonscription, notamment depuis la mort de Chaolin Zhang, en août 2016, avec une proposition d’adopter des dispositifs de vidéosurveillance pour Karine Franclet, conseillère régionale UDI, qui regrette d’ailleurs que la ville d’Aubervilliers « n’ait pas saisi cette main tendue » au sujet de crédits de la région Île-de-France sur la vidéosurveillance. Christophe Mendes fait exception à ce consensus sur la sécurité. « Le tout-répressif, je n’y crois pas », affirme-t-il, reprenant ainsi sa proposition de légalisation du cannabis, afin qu’elle puisse redéployer l’activité des policiers sur autre chose que la lutte contre le trafic. À défaut de les mettre tous d’accord, ce débat aura au moins eu l’intérêt de présenter aux futurs électeurs les programmes et possibilités qui s’offrent à eux.

Jonathan BAUDOIN

Crédit photos : Rouguyata SALL

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